21/11/2014
La chronique décalée de Jean Laporte 2.0, version Blues :
"On réduit souvent le blues à trois accords. C’est une erreur, une faute, une ineptie. C’est comme limiter la 5e de Beethoven à « pom pom pom pom ». C’est le pommier qui cache le verger. Croyez-moi, écoutez la suite et vous aurez des pommes, des poires, des pêches, des scoubidoubidous ; tout ce qu’il faut, en somme, pour une bonne salade de fruit. C’est pourquoi, afin de bien préparer cette chronique, j’ai écouté énormément de blues cette semaine, tant que mon voisin est venu se plaindre. Mon voisin c’est quelqu’un, mais je n’aurais jamais cru que ce clampin allait me dire :
« N’allez pas croire que je suis raciste – je bois mon café pur noir et ma boniche l’est aussi, par contre je suis fatigué d’entendre ces voix cassées, ces cris stridents, et ces plaintes lancinantes, cette musique du diable. Ajoutant, en guise d’ultime provocation : leur place est aux champs et non à la chanson. »
J’aurais voulu lui répondre qu’avec cette musique l’on brûle de l’intérieur, que l’on vit un rêve blues c’est merveilleux, et que l’on se sent appartenir à la grande chaîne de l’humanité et de ses souffrances quotidiennes, mais abasourdi par ses propos et presque aussi courageux qu’un résistant en 46, j’ai préféré ne rien dire et j’ai coupé le son… J’aurais bien écouté autre chose, mais assez vite, j’ai découvert que toutes les musiques qu’on aime, elles viennent du noir, elles viennent du blues… Comme le disait je ne sais plus qui, « quoi que je m’achète, du rock, du jazz, du disco, du rap, de l’électro, du r’n’b, c’est toujours une musique métissée, hybride, croisée, brassée, pas toujours avec sagesse mais peu importe… Bref, le blues n’est jamais loin. En outre, la musique n’est pas manichéenne.
D’ailleurs, il faut reconnaître que souvent les blancs se sont attribués les mérites des noirs et s’en sont mis plein les poches ; Elvis a dupé Crudup ; les Stones ont roulé Waters ; Les Trashmen ont ravi les Rivingstones ; même les Beatles n’étaient pas en manque avec le Chuck béribéri ; quant aux de Led Zep, les rois de l’effet l’Arsene Lupin et des larcins musicaux, ils ont fauché Willie Dixon, piqué Pickett, volé Howlin’ Wolf sans louvoyer, et bien d’autres encore… Enfin, tournons la Page, on n’est pas là pour parler Chiffons comme le disait George Harrison. Il n’empêche, c’est du vol et du plagiat. C’est du néocolonianisme pur et dur. Ceci dit, ce n’est pas limité à la musique, ainsi j’ai appris qu’en réalité Tintin au Congo n’avait pas été écrit par Hergé, mais par un n***e : un certain Georges Rémy.
Alors je suis retourné voir mon voisin et je lui ai dit qu’à l’exception de Fernandel ou Tino Rossi, voire Jean Rouquas, c’était coton de trouver une musique qui ne passe pas par le fric, par l’Afrique pardon, et qui n’a pas de près ou de loin des liens avec la musique noire. Même Michel Leeb, vous savez ce sous Jerry Lewis, qui singeait si bien la caricature de l’Africain tel qu’on se la représentait il y a 150 ans, même lui chante aujourd’hui qu’il voudrait être noir. Même Johnny Cash qui lave pourtant plus blanc que blanc a été influencé par le blues ! Même Morrico-ne dont le nom cache à peine ses origines… Sans oublier le rock sudiste qui est empreint d’emprunts à la musique noire !
Alors, il m’a répondu que, pour sa part, il n’écoutait que de la musique française en lisant un bon livre français, à la gloire de la langue et de la culture sans fraise, française pardon ! Ainsi, quand je suis arrivé chez lui, il écoutait une symphonie du Chevalier de Saint-Georges en lisant les « Trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas…
Ceci prouve que Ray Charles avait raison quand il disait : « Je suis aveugle, mais on trouve toujours plus malheureux que soi... J'aurais pu être noir». À moins que ce ne soit Lafontaine ? Lui qui a aussi écrit, ou à peu près, travaillez, prenez du le Pen, de la peine, c’est les cons qui manquent le moins.
Afin de ne pas finir sur une note noire, je vous propose de conclure cette harangue par un message de paix et d’amour que j’ai trouvé en écoutant une bluette digne des plus grands blues mes frères :
« Nous espérons sincèrement que vous appréciez l’émission, et surtout n'oubliez pas que, qui que vous soyez, et quoi que vous fassiez pour gagner votre vie, tenir le coup et survivre, il y a toujours quelque chose que nous avons tous en commun. Vous, moi, eux, tout le monde, tout le monde a besoin de quelqu’un, tout le monde a besoin d’aimer quelqu’un… Everybody Needs Somebody, Everybody Needs Somebody to Love. » "