27/12/2025
Je viens de terminer ce soir la dernière phase de la rénovation de la cour du chef de Yako, juste à temps pour accueillir les célébrations du Napuusem. Cette restauration symbolise le renouveau et la perpétuation des institutions traditionnelles pour offrir un cadre digne pour les cérémonies ancestrales qui s'apprêtent à se dérouler.
Le Napuusem s'ouvrira ce soir par le "Kelengo" (coup d'envoi), une cérémonie inaugurale qui se déroule devant la cour royale. C'est le chef lui-même qui, par un geste rituel dirigé vers le ciel, donnera officiellement l'ouverture des festivités. Le terme « Napuusem » provient de la langue mooré et résulte de la combinaison de deux vocables : « Naaba », signifiant « chef » ou « souverain », et « Puusem », désignant les salutations ou l'hommage. Ainsi, le Napuusem constitue la cérémonie au cours de laquelle l'ensemble des chef et populations du royaume de Yako viennent rendre hommage à leur Dima ou renouveler leur allégeance.
Cette célébration revêt une importance particulière dans le calendrier traditionnel de la chefferie de Yako, puisqu'elle marque le début de la nouvelle année. Sa date n'est pas fixe : elle est déterminée en fonction de deux cérémonies préalables, le "Kĩnkirga" et le" Bougsalé" , qui servent de références calendaires. Le Napuusem se déroule généralement entre mi-décembre et début janvier.
Contrairement à certaines assertions circulant sur la toile qui présentent le Napuusem comme enraciné dans des « croyances animistes vénérant de nombreuses divinités », il convient de rétablir la vérité sur la spiritualité moaga. Dans les cultes traditionnels de la chefferie de Yako, il n'existe pas de polythéisme ni de vénération de multiples divinités. Tous les rituels se déploient autour de "Naaba-Wendé" (Dieu en mooré), l'Être suprême unique.
Pour le Moaga, les ancêtres jouent le rôle d'intermédiaires entre Dieu et les hommes, à l'instar de figures comme Jésus-Christ, Mohamed, Bouddha et d'autres dans leurs forespectives. Cette conception diffère fondamentalement de l'occultisme ou de pratiques comme le vodou, où l'homme s'unit à des divinités pour obtenir des pouvoirs. Le Napuusem doit donc être compris au-delà de ces stéréotypes réducteurs qui obscurcissent sa véritable nature.
Le Napuusem est avant tout une cérémonie d'allégeance qui s'étend sur neuf jours, alternant moments solennels et festivités populaires. Elle comprend des cérémonies d'hommage au chef, des rituels ancestraux préservant les traditions séculaires, ainsi que des périodes festives animées par des danses traditionnelles.
La cérémonie culmine avec le "Vadg", une excursion durant laquelle le chef sort du royaume pour être honoré par d'autres communautés qui n'ont pas pu se déplacer au royaume. C'est la dimension inclusive et rayonnante du Napuusem que beaucoup ignorent et qui dépasse les frontières strictes de la ville de Yako touchant l'ensemble des populations liées à la chefferie.
Ce soir donc, le tam-tam et le griot uniront leurs voix pour effleurer l’oreille des ancêtres, sous la bienveillance silencieuse de la lune, dont seuls les initiés savent lire les signes. Dans l’attente de votre venue pour partager la liesse, je me laisse déjà porter par la quiétude du "Maasem" , ombre tutélaire de Naaba-Gigmdé.
Gérard Tago