19/08/2026
[POLITIQUE] Qui est Moussa KARGOUGOU dont le lycée provincial de Kaya porte le nom ?
Il y a des destins qui commencent dans les palais. Celui de Moussa Kargougou commence dans les rues de Kaya, entre les bancs d’une petite école et les brochettes qu’un jeune garçon vendait pendant ses temps libres.
Moussa Kargougou est l’une des figures qui ont marqué les premières années de la vie politique et administrative de la Haute-Volta. Son parcours est celui d’un homme parti d’un milieu modeste pour accéder progressivement aux plus hautes responsabilités de l’État. Enseignant, inspecteur de l’enseignement, homme politique, ministre, député et premier maire élu de Kaya, il aura consacré une grande partie de sa vie à l’éducation, à la défense des populations vulnérables et à la construction de la nation voltaïque.
Né le 15 octobre 1926 à Kaya, dans une famille paysanne, musulmane et polygame de sept enfants, Moussa Kargougou perd son père à l’âge de six ans. En 1934, il est inscrit à l’école régionale de Kaya. Parallèlement à ses études, il travaille les jeudis, les dimanches et pendant les vacances en vendant des brochettes. Cette activité lui vaut le surnom affectueux de « petit boucher », un sobriquet qui restera attaché à sa mémoire. Derrière ce jeune garçon qui travaille pour poursuivre sa scolarité se révèle rapidement un élève d’une grande intelligence.
Après avoir obtenu son Certificat d’études primaires, il est admis au Cours de sélection de Bobo-Dioulasso, puis poursuit ses études à l’École primaire supérieure Treich-Laplène de Bingerville, en Côte d’Ivoire. Ses excellents résultats lui permettent ensuite d’intégrer la prestigieuse École normale William-Ponty de Sébikhotane, au Sénégal, où il compte notamment parmi ses enseignants son compatriote Daniel Ouezzin Coulibaly. En juillet 1947, il achève sa formation en se classant sixième de sa promotion à l’échelle de l’Afrique occidentale française et premier de la colonie ivoirienne dans la section enseignement. À l’issue de sa formation, il fait le choix de rentrer en Haute-Volta pour mettre ses compétences au service de son pays.
Il commence alors une carrière d’instituteur dans plusieurs écoles du territoire. Pour Moussa Kargougou, l’éducation ne se limite pas à la transmission des connaissances : elle doit contribuer à transformer la société. Il s’intéresse notamment à la lutte contre l’analphabétisme à travers des programmes d’enseignement de masse abrégé, à l’émigration des jeunes Voltaïques vers les pays côtiers ainsi qu’à la condition des femmes. En 1965, il réussit le concours d’inspectorat et poursuit sa formation à l’École supérieure de Saint-Cloud, en France. Il revient ensuite en Haute-Volta comme inspecteur de l’enseignement du premier degré. Son travail est reconnu par sa hiérarchie, puisqu’il reçoit notamment la note de 18/20, accompagnée des félicitations et encouragements de l’inspecteur Grillon, responsable de la Direction de l’Enseignement à Bobo-Dioulasso. Orateur reconnu, il est également lauréat, en mai 1956, d’un concours d’éloquence récompensant les meilleurs orateurs de l’Afrique occidentale française.
Son passage de l’éducation à la politique s’inscrit dans cette même volonté d’agir sur la société. Moussa Kargougou fait ses premiers pas en politique à travers le Dorangisme, mouvement lié au Rassemblement du peuple français (RPF) animé par le capitaine Michel Dorange. Il s’impose progressivement dans la vie publique et entre au gouvernement de la Haute-Volta en février 1958. Par l’arrêté n°43/CAB du 6 février 1958, il est nommé ministre des Travaux publics, de l’Urbanisme et des Transports, en remplacement de Bakary Traoré. Il exerce cette fonction jusqu’au 24 octobre 1958. Selon des témoignages recueillis auprès de sa famille, il était alors le plus jeune ministre du gouvernement Ouezzin.
Cette première responsabilité ministérielle ouvre une longue carrière au service de l’État. Moussa Kargougou occupe par la suite plusieurs fonctions importantes, notamment celles de vice-président du Conseil de gouvernement et ministre de l’Intérieur, ainsi que de ministre de la Justice, ministre de l'éducation nationale et ministre des des Affaires étrangères. Il est également député à l’Assemblée nationale et devient le premier maire élu de Kaya, sa ville natale. À travers ces différentes responsabilités, il participe aux premières étapes de la construction institutionnelle de la Haute-Volta et s’impose comme l’un des acteurs de la vie publique de son époque.
Mais au-delà des titres et des fonctions, l'homme reste profondément attaché au monde rural et aux populations les plus vulnérables. Homme politique de terrain, il accorde une attention particulière aux paysans, aux femmes et aux personnes sans voix. Candidat indépendant en 1970 et en 1978, il bénéficie de la confiance des électeurs de sa région et est élu à l’Assemblée nationale. En 1978, sous la bannière de l’Union nationale des Indépendants, il choisit pour slogan « Le paysan au travail », une formule qui résume une partie de sa vision politique et de son attachement au développement du monde rural. Son parcours est également marqué par une volonté constante de combattre l’injustice et de défendre ceux dont la voix était souvent la moins audible.
Moussa Kargougou traverse ainsi plusieurs périodes de l’histoire politique de la Haute-Volta. Malgré les changements de contexte et les évolutions de la vie politique, ses proches retiennent de lui un homme constant dans ses convictions et dans ses engagements. Son parcours illustre celui d’une génération de Voltaïques qui, après avoir été formée dans les institutions scolaires de l’époque coloniale, a choisi de mettre son savoir et son expérience au service de la construction du pays.
Il s’éteint le 17 août 1997, à l’âge de 71 ans. À Kaya, sa ville natale, sa mémoire demeure notamment à travers le Lycée provincial Moussa Kargougou, qui porte aujourd’hui son nom. Son parcours a également été retracé dans un ouvrage par Dr Poussy Sawadogo, intitulé "Moussa Kargougou, « le petit boucher de Kaya », une vie consacrée à la nation voltaïque et burkinabè."
L’histoire de Moussa Kargougou est finalement celle d’un enfant de Kaya que l’école a conduit jusqu’aux responsabilités nationales. Le « petit boucher » qui vendait des brochettes est devenu instituteur, inspecteur, ministre, député et premier maire élu de sa ville. Une trajectoire qui rappelle qu’avant d’être un homme d’État, Moussa Kargougou fut d’abord un homme façonné par le travail, l’éducation et la volonté de servir les siens.
NB : Moussa KARGOUGOU est le père de l'actuel ministre de la santé, le camarade Robert Lucien Jean-Claude KARGOUGOU.
📷Photo améliorée par IA
✍️ Abdoul Abasse KAPIOKO