18/11/2025
Le requiem pour Les Démocrates ?
Le monde s’interroge sur cette nouvelle trouvaille des Béninois. Un Sénat sans élus, créé à la faveur d’une révision constitutionnelle qui demeure fortement querellée par ce qui reste de l’opposition au pouvoir de Patrice Talon.
Les griefs enregistrés après le vote sont nombreux. Ils font état de tripatouillages, de l’insincérite du vote et du passage en force du pouvoir pour faire adopter des dispositions scélérates.
Au regard des résultats du scrutin, on est en droit de s’interroger sur la pertinence et la crédibilité des récriminations enrégistrées ça et là, en attendant de revenir sur le contenu encore bouillonnant des modifications apportées à la Constitution. Car, à l’analyse, et jusqu’à la dernière minute, les députés LD avaient la minorité de blocage pour renvoyer cette révision constitutionnelle sine die.
Mais alors, que s’est-il passé pour que cette validation soit finalement acquise ? Et pourquoi, au lieu de trouver le ver qui est dans le fruit, on cherche à cacher une duplicite évidente, avec des accusations puériles et risibles ?
𝐑𝐢𝐞𝐧 𝐧’𝐞́𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐩𝐨𝐬𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐥’𝐨𝐩𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧
Six deputés Les Démocrates ont récemment démissionné et rejoint la grande mouvance présidentielle avec la bénédiction du chef de la majorité. On se disait néanmoins que la mouvance présidentielle qui avait besoin de mobiliser quatre-vingt-huit députés pour faire passer sa révision constitutionnelle etait plus que jamais en difficulté, parce que vingt-deux vaillants soldats de l’opposition s’etaient barricadés dans une forteresse imprenable et ne risquaient pas d’être pris en défaut de traîtrise dans la défense des idéaux du parti.
Des assurances etaient d’ailleurs données par le porte-parole que, nul assaut n’ébranlera l’édifice démocrate. Mieux, onze guerriers qui paraissaient les plus fidèles et les plus loyaux au président du parti ont été soigneusement identifiés pour detenir et utiliser, aux fins d’un rejet sans concession de la révision constitutionnelle, les procurations arrachées à onze autres combattants, dont la loyauté était sujet à caution, pour différentes raisons.
Ainsi, des personnalités comme le premier vice président du parti ainsi que le président du groupe parlementaire Les Democrates n’ont pas eu droit à une confiance aveugle, et ont dû laisser procuration et disparaître à l’heure du vote. Et pourtant, au decompte final, trois députés Les Démocrates ou peut-être davantage (si l’on suppose que possiblement, un ou plusieurs députés de la mouvance présidentielle se sont rebiffés, dans le secret de l’urne), ont permis de décompter quatre-vingt dix bulletins pour le OUI.
Ce qui signifie que Les Démocrates ont fait plus que de rester imperméables aux arguments des révisionnistes. Ils y ont adhéré et ont validé le vote par une participation active au scrutin. Car, il y avait moyen de faire autrement.
𝐋𝐚 𝐦𝐢𝐧𝐨𝐫𝐢𝐭𝐞́ 𝐧’𝐚 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐛𝐥𝐨𝐪𝐮𝐞́
Après le premier vote pour la recevabilité de la proposition de loi portant révision de la Constitution, le bloc des vingt-deux députés de l’opposition s’était clairement dessiné. À ce stade, il suffisait au groupe de décider de surseoir à sa participation pour la suite du scrutin, et le sort de cette proposition de loi était scellé. Car, sans au moins une voix de l’opposition, la majorité présidentielle aurait ravalé tout sa fierté et se serait retrouvée au pied du mur.
D’ailleurs, le stress était si grand, que le vote s’était achevé par l’hymne national. Ce qui traduisait un énorme soulagement. Que dis-je, une véritable délivrance. Pour dire qu’au début, les « mouvanciers » n’étaient pas rassurés pour un sou.
Mais lorsque l’opposition avait commencé par insister pour demander un vote à main levée, la peur avait changé de camp. Les vétérans de Les Démocrates, qui sont rompus aux subtilités du jeu parlementaire et savaient donc quoi faire à cette étape, n’ont rien décidé. Ils ont préféré laver l’affront de l’humiliation dans un ponce-pilatisme fatal au parti.
Mais voulaient-ils seulement empêcher le vote de cette révision ? On peine à le croire car, au lieu de rejeter la proposition en bloc et de retourner à leurs pénates, ils ont assidument travaillé en commission à amender et améliorer la loi. Et ils ont participé aux travaux de bout en bout, avant de disparaitre à l’heure du vote.
En considérant les résultats issus des urnes, on peut déduire de cette attitude, deux hypothèses. Soit Les Démocrates sont en phase avec l’esprit et le contenu de la loi et nous prennent pour des demeurés, soit le requiem du parti a été dit aux premieres heures du samedi 15 novembre 2025.
Anicet Oké