09/02/2026
Joseph face à Djogbénou
Suite au verdict des urnes, les deux principaux partis de la mouvance présidentielle, seuls partis éligibles au partage des sièges, se sont répartis les cent-neuf sièges de l’Assemblée nationale. L’UP-R, avec ses soixante sièges, devance le BR, qui a quand même pu arracher quarante.
En l’occurrence, la présidence de l’Assemblée nationale semblait naturellement acquise au chef du parti majoritaire, mais il n’en a rien été. Au contraire, les appétits se sont aiguisés et il s’est engagé une véritable bagarre dans les couloirs du parlement et les coulisses du pouvoir, pour le contrôle du perchoir.
A la fin, Joseph Fifamin Djogbénou, président de l’UP-R s’est retrouvé seul candidat en lice. Il est élu à l’unanimité des cent-neuf députés présents. Plus qu’un plébiscite, c’est un couronnement. Une prime à l’intelligence politique, à la pugnacité, à la patience et à la loyauté. Parce que face à Joseph Fifamin Djogbénou, il y avait des vétérans de la classe politique, avec des kilomètres de titres et références à faire valoir, ainsi qu’une loyauté non moins grande envers le chef de l’État.
Ce n’était donc pas gagné d’avance. Parce que les contingences liées à la passation prochaine du pouvoir ainsi que les impératifs de la continuité des réformes, nécessitent un engagement particulier. Et c’est là où Joseph Djogbenou, du haut de ses cinquante-six ans, tient la concurrence.
Un parcours élogieux
Lorsque, à la veille des élections législatives de 2015, ce brillant Avocat, agrégé des facultés de droit privé et de sciences criminelles basculait dans l’univers politique avec le mouvement « Alternative citoyenne », entraînant ses camarades de la société civile dont il était une figure emblématique, on vendait peu chère sa peau. Pourtant, il fut élu député et eut le privilège de présider la Commission des lois.
Dans la foulée il contribua activement à la victoire de Patrice Talon à l’élection présidentielle de 2016 et entama une course f***e dans les arcanes du pouvoir, comme si sa présence était indispensable partout. Nommé ministre de la Justice, il ne gardera les sceaux de la République que pendant deux ans, avant de passer à la présidence de la Cour constitutionnelle. Rien que ça !
Mais alors qu’on le voyait s’éterniser dans ce prestigieux fauteuil, le voilà qui démissionne pour prendre les rênes du plus grand parti de la mouvance présidentielle, l’UP, des mains du patriarche…Bruno Amoussou. Il réussit à provoquer la fusion de ce parti avec le PRD.
Un acte que le triple ancien président de l’Assemblée nationale, Avocat de notoriété et patron incontestable de son parti et de son fief électoral, Adrien Houngbédji, va saluer avec force admiration, comme un exploit. Depuis, l’UP devenu UP-R n’a cessé de grandir. Le plébiscite de Joseph Djogbénou à la présidence de l’assemblée nationale n’est donc pas fortuit. C’est une promotion amplement méritée.
Voici Joseph face à Djogbénou
Et maintenant, que va t-il se passer après cette élection à la présidence de l’Assemblée Nationale du Bénin ? D’abord on s’attend à ce que le mandat de Joseph Djogbénou soit remarquable en termes de management et de représentativité. On se doute que des lois utiles et constructives seront votées, dans la continuité de la rupture et dans la dynamique du nouveau départ.
En somme, on pourrait imaginer une législature peinarde et lisse. Mais rien n’est moins certain dans les faits. Parce que Joseph Djogbenou a des ambitions personnelles et des projets pour son parti. Ses adversaires ne lui dresseront sans doute pas le tapis rouge pour l’aider à parvenir à ses fins et le Bloc Républicain, parti rival qui siège au parlement, n’y est pas pour chanter Alléluia et accompagner Joseph Djogbenou dans la réalisation de ses ambitions.
Même s’il démissionnait de la tête de l’UP-R, il resterait toujours, en filigrane, cette course au pouvoir qui se jouera autour du prochain chef de l’État. Un combat fratricide est donc envisageable dans une Assemblée qui paraît n’avoir en apparence qu’une seule couleur. Les péripéties ayant précédé l’élection de Joseph Djogbénou le présagent. Il s’ensuit que l’homme sera souvent écartelé entre son devoir de loyauté et l’accomplissement de son propre destin.
Un face à face avec lui-même, inévitable, lorsqu’il se rasera tous les matins, devant son miroir, en pensant à son avenir. Devra t-il pour autant se résoudre à s’appliquer à répliquer invariablement PAN, à chaque fois que le train de l’exécutif sonnera PIN ? Question embarrassante, à un ange tiraillé, qui cherche ses repères dans le ciel clair-sombre de la Rupture.
Anicet Oké