05/06/2026
WADAGNI: LE CHOIX DU COURAGE DE L'ENTENTE CONTRE LA PASSION DE LA DIVISION ....................................
Jules Léandre Kiti ..............................................
L'Afrique de l'Ouest traverse une reconfiguration tectonique de ses alliances, marquée par des fractures idéologiques profondes et des replis souverainistes. Depuis les réactions empreintes de légalisme constitutionnel d'une CEDEAO un peu affaiblie et contrariée par l'instinct de survie, un peu trop radical des pays sahéliens ( Niger, Burkina, Mali), le ciel de la coopération s'est assombri dans la sous-région ouest-africiane. Avec, à la clé, des passe-d'armes particulièrement forts sur l'axe Cotonou-Niamey. L'évolution vers un adoucissement diplomatique du côté béninois n'a pas rencontré de bémol nigerien. L'ancien
Chef d'état béninois aura donné tout ce qu'il pouvait. En vain. Mais il n'est jamais tombé dans un quelconque désamour pour son homologue nigerien, tombeur de Bazoum. Entre temps, il y a eu alternance au pouvoir au Bénin.
C’est précisément au cœur de cette tempête que le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, fraîchement investi en mai 2026, a choisi de poser son premier acte géostratégique majeur. En tendant ostensiblement la main aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), et en effectuant son tout premier déplacement officiel au Nigeria chez Tinubu ( qui ne connaît que trop bien ce climat de division), puis au Niger (le même Niger de Tiani), aussi au Burkina de Traoré ( oui le bouillant Traoré), le jeune Chef de l’État béninois, ne traîne pas à descendre dans l'arène. Il va plus loin en s'offrant le kôkôkô réussi chez le voisin de l'ouest, Faure, et, plus encore, chez le doyen Ouattara de la Côte d'Ivoire, un autre dinausore de la CEDEAO. Le nouvel homme fort de Cotonou semble dire, . Entre annonce, signes avant-coureurs et actes concrets, le temps passe vite. Et les actions s'enchaînent. Wadagni assène un sacré coup à la diplomatie des muscles pour imposer celle de la raison. Face à la « passion de la division » qui menace de balkaniser la sous-région, Cotonou fait le pari audacieux et courageux de « l’entente constructive ».
À l'allure où vont les choses, la diplomatie de la main tendue porte ses premiers fruits gros stratégiquement significatifs. Cerise sur le gâteau, la volonté d'allumer le calumet de la paix et du bon voisinage semble s'afficher de tous les côtés. Ça sent par exemple la réouverture prochaine des corridors Bénin-Niger. L'heure est au pragmatisme économique contre les dogmes de la radicalité bilatérale et multilaterale. Le Bénin et le Niger partagent bien plus qu'une frontière : ils partagent un cordon ombilical économique incarné par le port de Cotonou et le pipeline géant reliant Agadem à Sèmè-Podji.
L'escalade des tensions passées avait gelé ces infrastructures vitales, pénalisant les économies des deux pays. Les cœurs des deux peuples battent pour le rétablissement de l’impératif des flux. Pour Romuald Wadagni, ancien ministre de l'économie, des Finances et de la Coopération, la géopolitique ne peut se nourrir de rancœurs. La preuve obtenue à Niamey que la tête du nouveau locataire du palais de la Marina ne déplaît pas à Tiani est confirmée par l'annonce fiermement assumée, avec le communiqué conjoint des deux pays, qui mentionne noir sur blanc, que le Général Tiani ( oui lui-même !) sera bientôt en visite officiel à Cotonou.
Le renforcement de l’intégration avec le géant nigérian et la réouverture du corridor nigérien s'inscrivent dans une même logique : faire du Bénin une zone économique spéciale incontournable en Afrique de l'Ouest. Le réalisme sécuritaire face à la menace asymétrique est, par ailleurs, la voie idéale pour une vraie synergie d'actions contre ce fléau.
La poussée des groupes extrémistes violents du Sahel vers les pays côtiers (notamment le nord du Bénin) démontre les limites des réponses isolées. Les frontières administratives sont poreuses face aux menaces terroristes transfrontalières. Un centre de coopération sécuritaire, insufflée par la nouvelle administration béninoise vise à mutualiser le renseignement et les capacités opérationnelles directement avec les armées de l'AES, au-delà des clivages politiques. Vivement que tout ce dispositif fonctionne à merveille. Tellement cela paraît pertinent.
En refusant de s’enfermer dans le confort d'un bloc contre un autre, le Bénin de Wadagni inaugure une diplomatie de médiation et de pont. C'est un choix courageux, car il implique de naviguer entre les exigences de la CEDEAO et les susceptibilités des régimes militaires du Sahel. Mais c’est le seul choix viable pour éviter l'asphyxie régionale. La diplomatie béninoise se positionne désormais comme un tiers de confiance, capable de parler à Niamey, Ouagadougou et Bamako sans renier son encrage au sein de la CEDEAO et ses partenariats stratégiques hors du continent (France, Chine, États-Unis, Émirats).
En définitive, cette offensive diplomatique est le reflet d'un changement de paradigme. Romuald Wadagni prouve que la véritable souveraineté ne réside pas dans l'isolement ou l'invective, mais dans la capacité à bâtir des alliances pragmatiques pour la paix. Face aux passions identitaires et divisionnistes, le Bénin choisit la géostratégie des ponts. Reste à savoir si Niamey et ses alliés sahéliens saisiront cette main tendue pour transformer ce courage politique en une paix rentable pour chacun et pour tous.
Jules Léandre Kiti,
Chroniqueur politique,
Consultant associé au Centre de Recherches-actions pour la Participation Citoyenne (CRPC)
[email protected], tel +2290192191515
RÉPUBLIQUE DU BÉNIN