27/08/2025
Journaliste hier, "Influenceur" aujourd'hui ? Le grand malaise de la presse haïtienne sur les réseaux.
On les a connus sur les ondes des grandes radios d'Haïti. Leurs voix rythmaient nos matinées, leurs analyses décortiquaient l'actualité. Aujourd'hui, beaucoup de ces journalistes ont migré vers YouTube et Facebook, créant leurs propres plateformes avec des audiences parfois bien plus larges.
Pourtant, un phénomène étrange s'est installé. Quand on les appelle "journalistes", beaucoup se récrient. Ils ne veulent plus de ce titre.
Pourquoi ce rejet ? En "dézippant" la situation, on trouve plusieurs raisons, parfois contradictoires :
Le Discours de l'Aide "Yon kout men map bay" : Certains se positionnent comme de simples citoyens engagés, des activistes qui donnent un "coup de main" à la société. C'est une façon de se présenter comme plus proche du peuple, moins élitiste, loin de la tour d'ivoire des grandes salles de rédaction.
Le Bouclier contre la Critique : Pour d'autres, refuser le titre de "journaliste" est une stratégie de défense. Face aux critiques sur leur manque de rigueur, d'éthique ou de préparation, ils répondent : "Mais je ne suis pas journaliste !". C'est un moyen de s'affranchir des responsabilités et des règles déontologiques qui accompagnent la profession.
Le Rejet d'un Système Corrompu : Il faut le dire, beaucoup rejettent le titre parce qu'ils l'associent à une presse haïtienne souvent gangrénée par la corruption et la complaisance. Refuser le titre, c'est clamer son indépendance face à un système qu'ils dénoncent.
Mais la question centrale demeure : peut-on faire le travail d'un journaliste tout en refusant le titre et les responsabilités qui vont avec ?
Car les faits sont là. Ils mènent des interviews, ils commentent l'actualité, ils partagent des informations et, surtout, ils influencent l'opinion de milliers, voire de centaines de milliers de personnes. Ils occupent l'espace du journaliste.
Alors, quelle est la conclusion ?
Le problème n'est peut-être pas le titre, mais la fonction. Que l'on s'appelle journaliste, animateur, créateur de contenu ou "travailleur de la presse", à partir du moment où l'on prend la parole sur la place publique pour informer et influencer, on hérite d'une responsabilité immense. La responsabilité de vérifier ses sources, de préparer ses sujets, et de respecter son audience.
Le débat n'est pas de savoir s'ils SONT des journalistes, mais s'ils AGISSENT avec la rigueur que la fonction exige.