12/08/2026
Manifestations anti-ONU à Butembo : après l'échec des négociations à l'amiable, les victimes portent plainte contre la MONUSCO
Les représentants des familles des personnes tuées lors des manifestations anti-MONUSCO du 26 juillet 2022 à Butembo (Nord-Kivu) annoncent leur décision de saisir la justice après l’échec des démarches engagées pour obtenir une réparation à l’amiable auprès de la MONUSCO. Ils affirment avoir privilégié le dialogue pendant plusieurs mois, sans parvenir à un accord avec la Mission des Nations unies en RDC.
Dans une déclaration rendue publique ce mercredi 12 août, les familles expliquent que les démarches menées auprès de la MONUSCO et du Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU n’ont pas permis de trouver une issue. Elles indiquent avoir constitué un dossier regroupant notamment des rapports de la police, de la mairie de Butembo, de la société civile et différents témoignages sur les événements.
L’affaire est portée par maître Djimmy Peruzi, avocat-conseil mandaté par l’Association des victimes des manifestations anti-MONUSCO (AVMAM), qui représente les familles de 11 personnes tuées lors de ces échauffourées. Il estime que le refus de la voie amiable oblige désormais les représentants des victimes à se tourner vers les juridictions compétentes pour faire examiner les circonstances des décès.
"Les familles des victimes, conformément à la culture nande et pour éviter le luxe de porter l’affaire en justice, n’avaient pas immédiatement opté pour la voie contentieuse. Elles ont, au contraire, privilégié une démarche de dialogue et de règlement amiable avec la MONUSCO. Au cours de l’année 2025, elles ont saisi la Mission afin de solliciter la réparation des préjudices subis à la suite de la perte de leurs proches. Cette démarche s’inscrivait dans une logique de paix, de responsabilité et de recherche d’une solution équitable", mentionne la déclaration.
Selon le collectif, la MONUSCO a finalement rejeté les demandes de réparation et n’a pas reconnu sa responsabilité dans les tirs mortels du 26 juillet 2022. Les familles veulent désormais que la justice examine les circonstances précises de chaque décès et détermine les éventuelles responsabilités.
"Nous prenons acte du refus de la MONUSCO. En conséquence, les représentants des victimes exerceront leur droit de saisir les juridictions compétentes afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances des décès et que les responsabilités éventuelles soient établies. Nous n’appréhendons pas le débat judiciaire. Au contraire, nous en revendiquons la nécessité", renchérit le document.
Le collectif conteste également l’argument de la légitime défense avancé par la MONUSCO pour justifier l’usage de la force. Pour les avocats des familles, cette justification ne suffit pas à déterminer si les tirs ayant causé la mort de civils étaient nécessaires et proportionnés. Ils réclament ainsi un examen indépendant et contradictoire des faits.
Les représentants des victimes proposent notamment la mise en place d’un comité international ou mixte d’experts chargé de contre-expertiser le rapport interne de la MONUSCO. Ils demandent que soient analysées les armes utilisées, que les Casques bleus impliqués soient entendus et que les différents rapports disponibles soient exploités.
"Si la MONUSCO affirme sa volonté de coopérer avec la justice, cette coopération doit être effective, complète et transparente. Elle doit inclure l’accès aux éléments pertinents détenus par la Mission, notamment les rapports opérationnels, les chaînes de commandement, les règles d’engagement, les rapports internes d’enquête, les données relatives aux armes et munitions utilisées, ainsi que tout autre élément utile à la manifestation de la vérité", avance le collectif des victimes.
Les familles rappellent par ailleurs avoir obtenu, le 27 mars 2025, une décision judiciaire sous RC 6068 reconnaissant et organisant la désignation de leurs représentants habilités à agir en justice au nom des victimes. Cette décision leur permet désormais de poursuivre leur démarche devant les juridictions compétentes.
Le collectif assure ne pas rechercher une confrontation avec les Nations unies. Il demande plutôt que les faits soient établis, que les responsabilités éventuelles soient déterminées et que les familles puissent bénéficier d’une réparation lorsque celle-ci est juridiquement fondée.
Les événements remontent au 26 juillet 2022, lorsque Butembo avait été le théâtre de manifestations réclamant le départ de la MONUSCO. Un dispositif de sécurité avait été déployé autour des installations de la Mission, notamment son bureau situé dans le quartier Belle Air. Des tirs avaient ensuite fait au moins 11 morts selon les représentants des familles.
Après ces événements, les familles avaient privilégié le dialogue et engagé des démarches auprès de la MONUSCO pour obtenir réparation. Après l’échec de cette tentative de règlement à l’amiable, elles annoncent désormais leur passage devant la justice, avec l’objectif de faire toute la lumière sur les circonstances des décès et d’obtenir réparation pour les préjudices subis, précise à RUK FM, maître Djimmy Peruzi.
Radio Upendo Kivu, RUK FM Butembo