10/09/2026
🇨🇩 RDC : LE CONGO A-T-IL TOUT POUR DEVENIR L’« ALLEMAGNE DE L’AFRIQUE » ?
Parler au Congolais que nous sommes, c’est parfois rappeler une évidence : notre pays possède des atouts exceptionnels. Mais ces richesses ne deviendront une puissance que si nous savons les transformer en infrastructures, en industries, en emplois et en sécurité.
Depuis longtemps, je défends une idée simple : la République démocratique du Congo possède pratiquement tous les atouts nécessaires pour devenir l’une des grandes puissances économiques d’Afrique.
Félix Tshisekedi a lui-même évoqué une ambition particulièrement forte : faire de la RDC « l’Allemagne de l’Afrique ».
Mais une telle ambition ne peut pas rester un slogan. Elle doit commencer quelque part. Et cette transformation commence notamment par les infrastructures.
LE CORRIDOR DE LOBITO : UNE OPPORTUNITÉ À SAISIR
Cette semaine, le président Félix Tshisekedi a annoncé à Kinshasa la signature d’un contrat de concession relatif à la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, dans le cadre du corridor de Lobito.
Il s’agit d’une infrastructure ferroviaire d’environ 1 004 kilomètres, destinée à relier Dilolo à Sakania, en passant notamment par Kolwezi, Tenke et Lubumbashi.
Selon les chiffres annoncés, l’investissement prévu s’élève à environ 1,258 milliard de dollars, pour les études, la réhabilitation, la modernisation, l’extension, l’exploitation et la maintenance de cette infrastructure.
Pour moi, c’est exactement la direction que le Congo doit prendre.
Un pays aussi vaste que la RDC ne peut pas prétendre devenir une grande puissance économique sans disposer d’un réseau d’infrastructures capable de relier ses différentes régions.
Il faut construire et moderniser les routes.
Il faut réhabiliter et développer les chemins de fer.
Il faut moderniser les aéroports.
Il faut développer les voies fluviales.
Il faut connecter les provinces entre elles.
Et surtout, il faut permettre aux marchandises et aux produits agricoles de circuler rapidement et à moindre coût à travers le territoire national.
POURQUOI PAS 26 GRANDS AÉROPORTS MODERNES ?
Récemment, une question avait été posée ici sur Africa Flash : pourquoi un pays aussi vaste que la RDC ne pourrait-il pas disposer, à terme, de grands aéroports modernes capables de mieux connecter ses 26 provinces ?
Pourquoi pas ?
La question mérite d’être posée.
Parce que lorsqu’on regarde objectivement les caractéristiques du Congo, on comprend immédiatement l’immense potentiel du pays.
Le territoire ? La RDC est l’un des plus grands pays d’Afrique.
La population ? Plus de 100 millions d’habitants, représentant à la fois un immense marché intérieur et une force humaine considérable.
Les minerais ? Cuivre, cobalt, or, diamants, lithium et de nombreuses autres ressources stratégiques.
Dans un monde marqué par les véhicules électriques, les batteries, les nouvelles technologies et la transition énergétique, certaines de ces ressources prennent une importance encore plus grande.
Mais le Congo possède bien plus que ses minerais.
Il possède des terres cultivables, un potentiel agricole exceptionnel, d’immenses ressources en eau, des fleuves et des rivières, des forêts, une biodiversité remarquable, des parcs naturels et un potentiel énergétique considérable.
Ajoutez à cela sa position géographique stratégique au cœur du continent africain.
Alors, qu’est-ce qui manque réellement au Congo ?
Le potentiel est là.
Le véritable défi est de savoir comment transformer ce potentiel en richesse durable pour la population.
LE CONGO DOIT TRANSFORMER SES RICHESSES
Imaginez un instant toutes ces ressources connectées par des routes modernes, des chemins de fer performants et des aéroports modernes.
Vous commencez alors à comprendre pourquoi la RDC peut devenir une puissance économique majeure.
Mais il existe une condition essentielle : le Congo ne doit pas seulement extraire ses richesses. Il doit les transformer.
C’est là que le corridor de Lobito devient particulièrement stratégique.
Cette infrastructure ne doit pas devenir simplement un immense « tuyau » permettant de sortir plus rapidement le cuivre et le cobalt du Congo pour les transformer ailleurs.
Ce serait une occasion manquée.
Le véritable objectif doit être beaucoup plus ambitieux.
Il faut profiter de ces infrastructures pour :
* développer les industries congolaises ;
* construire des usines de transformation ;
* créer des zones industrielles le long du corridor ;
* développer l’agriculture commerciale ;
* faciliter l’accès des entrepreneurs congolais aux marchés ;
* créer des emplois ;
* développer des chaînes de valeur locales ;
* augmenter la valeur ajoutée produite directement au Congo.
Le Congo ne doit pas seulement être le pays qui extrait les richesses. Il doit devenir le pays qui les transforme.
Le président Tshisekedi a d’ailleurs présenté le corridor comme devant servir non seulement au transport des minerais, mais également aux produits agricoles, aux intrants industriels, aux hydrocarbures, aux conteneurs et aux biens de consommation.
C’est cette vision globale qu’il faut poursuivre.
RECONNAÎTRE CE QUI EST POSITIF SANS RENONCER À LA CRITIQUE
Il est également important que les Congolais apprennent à regarder objectivement ce qui se fait dans le pays.
On peut critiquer Félix Tshisekedi.
On peut demander davantage à son gouvernement.
On peut être en désaccord avec certaines décisions.
On peut dénoncer les erreurs et les insuffisances.
Mais lorsqu’une initiative va dans le sens de l’intérêt national, il faut également être capable de la reconnaître.
Le patriotisme ne devrait pas consister à applaudir tout ce que fait un dirigeant.
Mais il ne devrait pas non plus consister à rejeter systématiquement tout ce qui est réalisé par un pouvoir politique que l’on critique.
Ce qui est bon pour le Congo doit être reconnu comme tel.
MAIS IL RESTE UN IMMENSE DÉFI : LA SÉCURITÉ
Cependant, il serait irresponsable de parler de développement économique sans parler de sécurité.
Les routes, les chemins de fer, les aéroports et les milliards d’investissements sont importants.
Mais comment construire durablement une grande puissance lorsque certaines parties du territoire restent confrontées à la guerre et à l’insécurité ?
C’est ici que développement économique et sécurité nationale doivent impérativement aller de pair.
Pendant que Kinshasa travaille avec l’Angola et ses partenaires autour du corridor de Lobito et cherche à attirer davantage d’investissements, l’Est du Congo reste confronté à une grave crise sécuritaire, notamment dans le contexte du conflit impliquant l’AFC/M23 et des tensions avec le Rwanda.
On ne peut pas construire une grande puissance économique sans un État capable de protéger durablement son territoire.
UNE ARMÉE À LA HAUTEUR D’UNE GRANDE PUISSANCE
C’est pourquoi la réforme et le renforcement des FARDC restent essentiels.
Le commandant suprême doit pouvoir demander à ses responsables militaires :
Où en sommes-nous ?
Quelle est notre stratégie pour restaurer durablement l’autorité de l’État dans les territoires encore affectés par l’insécurité ?
Comment construire une armée professionnelle, organisée, équipée, disciplinée et suffisamment forte pour défendre les frontières nationales ?
Le Congo ne peut pas dépendre éternellement des autres pour assurer sa sécurité.
Une grande puissance économique doit également être capable de protéger son territoire, ses infrastructures et ses intérêts stratégiques.
LE VRAI DÉFI DE FÉLIX TSHISEKEDI
Le défi est donc immense.
Il faut continuer à construire les routes.
Il faut poursuivre la modernisation des chemins de fer.
Il faut développer les aéroports.
Il faut renforcer les voies fluviales.
Il faut poursuivre les partenariats économiques avec l’Angola, la Zambie et les autres pays.
Il faut attirer les investissements.
Il faut développer l’agriculture.
Il faut industrialiser le pays.
Mais, en même temps, il faut construire une armée capable de protéger tout cela.
À quoi serviront des milliards investis dans les infrastructures si l’insécurité empêche l’État d’exercer pleinement son autorité sur son propre territoire ?
Le Congo a les ressources.
Le Congo a le territoire.
Le Congo a la population.
Le Congo a l’eau.
Le Congo a les terres.
Le Congo possède des minerais stratégiques.
Le Congo possède un potentiel énergétique immense.
Le Congo possède une position géographique exceptionnelle.
Ce qui manque surtout, c’est la capacité à transformer durablement tous ces atouts en puissance économique, industrielle et militaire au service du peuple congolais.
Faire du Congo « l’Allemagne de l’Afrique » ne doit donc pas être une simple formule politique.
Cela doit être un projet national de plusieurs décennies.
Un projet qui dépasse les présidents, les partis politiques et les clivages.
Parce que finalement, la question n’est pas seulement de savoir si Félix Tshisekedi peut réaliser cette ambition.
La véritable question est :
EST-CE QUE NOUS, CONGOLAIS, SOMMES PRÊTS À CONSTRUIRE LE CONGO À LA HAUTEUR DE SON POTENTIEL ?
Congo d’abord.