07/02/2026
Eau potable en RDC : une urgence sanitaire ignorée
La République démocratique du Congo (RDC) dispose de l’un des plus grands réseaux hydrographiques d’Afrique. Pourtant, pour des millions de Congolais, boire de l’eau potable reste un luxe. À Kinshasa, dans le Kongo-Central et le Grand Bandundu, l’insuffisance d’accès à l’eau traitée alimente une crise silencieuse de santé publique, aux conséquences parfois mortelles.
Un paradoxe national
Souvent qualifiée de château d’eau de l’Afrique, la RDC ne garantit l’accès à une eau potable améliorée qu’à environ 35 à 40 % de sa population. Ce déficit ne résulte pas d’un manque de ressources naturelles, mais d’un échec structurel de production, de distribution et de gouvernance du secteur de l’eau.
L’accès à l’eau potable dépend essentiellement de la Régie de distribution d’eau (REGIDESO), entreprise publique chargée de capter, traiter et distribuer l’eau dans les centres urbains. Malgré une augmentation de sa capacité de production ces dernières années, la REGIDESO ne parvient toujours pas à répondre à la demande croissante, notamment dans les zones périurbaines et rurales.
Kinshasa : une capitale sous pression hydrique
Avec plus de 16 millions d’habitants, cristallise la crise. Si certaines communes centrales bénéficient d’une desserte relativement régulière, les zones périphériques restent largement marginalisées. Dans plusieurs quartiers, plus de 70 % des ménages dépendent de puits non protégés, de sources improvisées ou de vendeurs d’eau, sans contrôle sanitaire.
Cette situation expose la population à des maladies hydriques récurrentes : diarrhées aiguës, fièvre typhoïde, dysenterie et choléra. À chaque coupure prolongée d’eau, le risque sanitaire augmente, transformant un problème technique en menace directe pour la santé publique.
Kongo-Central et Grand Bandundu : l’oubli institutionnel
En dehors de la capitale, la situation est souvent plus critique. Dans le et le Grand , moins d’un ménage sur deux a accès à une source d’eau potable améliorée. Dans certaines localités, même les hôpitaux et centres de santé manquent d’eau courante, compromettant l’hygiène des soins et favorisant les infections.
Ces provinces figurent parmi les zones régulièrement touchées par des épidémies de choléra, particulièrement pendant la saison des pluies. Les inondations contaminent les puits et les rivières, créant un environnement propice à la propagation rapide des germes.
Des risques sanitaires multiples
Sur le terrain, les conséquences sont visibles :
★ recrudescence des maladies hydriques,
★ mortalité infantile évitable,
★ infections dans les structures de santé,
perte de dignité, notamment pour les femmes et les filles contraintes de parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau.
Le choléra, souvent perçu comme une fatalité, apparaît plutôt comme un symptôme d’abandon institutionnel et d’absence de prévention.
La responsabilité de l’État
Si la Regideso opère dans un cadre contraint, la responsabilité première incombe à l’État. L’accès à l’eau potable est un droit fondamental lié au droit à la santé et à la vie. Or, le secteur souffre d’un sous-financement chronique, d’une planification urbaine insuffisante et d’une faible régulation des acteurs privés de l’eau.
La réponse publique reste majoritairement réactive, centrée sur la gestion des épidémies plutôt que sur leur prévention. Cette approche entretient un cycle de crises sanitaires évitables.
Une priorité de santé publique
Garantir l’accès à l’eau potable en ne relève pas seulement de l’ingénierie hydraulique, mais d’un choix politique et sanitaire. À , dans le et le Grand , l’eau potable conditionne la survie, la dignité et le développement humain.
Tant que l’eau ne sera pas placée au cœur des politiques publiques, les maladies hydriques continueront de faire partie du quotidien des Congolais. Dans un pays riche en eau, mourir faute d’eau potable demeure une injustice majeure.
Par Duswell Omeking Nzembele