17/07/2026
LA FORCE PUBLIQUE
Par Germain M’beku
Il y a environ deux semaines, j’ai lu dans notre forum de Week-end en bonne compagnie (RTNC), un article très intéressant sur la Force Publique. Cet article signalait notamment qu’à l’époque du Président Mobutu, la plupart des officiers généraux étaient des Mbuza de la Province du Grand équateur.
Je voudrais contribuer à l’enrichissement de cet article pour démontrer que ce ne sont pas seulement les généraux Mbuza qui étaient pleins dans l’armée, mais en général, les originaires de l’Equateur étaient présents dans toute la hiérarchie militaire.
Pour y arriver, il faut recourir à comment notre armée a été construite pendant l’Etat Indépendant du Congo, EIC, et toutes les idées reçues qui ont accompagné l’échafaudage de cette œuvre.
La Force Publique fut créée le 17 novembre 1885 par Camille Coquilhat, dont le nom a été attribué à la Province de l’Equateur dit Province de Coquilhatville, lorsque le roi Léopold II de Belgique, qui venait de prendre possession du pays sous le nom d'État indépendant du Congo, commanda à son ministre des Affaires intérieures de créer une force militaire et de police pour l'État.
Cette force armée et de police avait pour rôle crucial la répression et le maintien de l’ordre sous l’administration belge.
À partir de 1886, Léopold II envoya de nombreux officiers belges détachés pour mettre en place la force militaire annoncée. Pour s'assurer la maîtrise de cette force, le corps des officiers fut composé d'officiers belges ; mais il fit recours aussi aux Suédois, Danois, et autres Européens qui avaient l’esprit d’aventures à cette époque.
En 1888, les soldats étaient d'origine zanzibarite ou en provenance de zones côtières anciennement colonisées (Libéria, Nigeria…).
Comment ils en sont arrivés à recruter les soldats à Zanzibar ? Tout avait commencé avec le premier voyage de Henry Morton Stanley envoyé pour chercher le Pasteur David Livingstone resté longtemps sans nouvelle. Débarqué à Zanzibar, il lui fallut des hommes pour l’accompagner dans son aventure.
A son second voyage pour explorer le Congo pour le compte du Roi Léopold II, il procède au recrutement de mêmes zanzibaristes pour l’accompagner dans sa mission. Chaque fois qu’il était nécessaire de recruter de nouvelles unités, il fallut les chercher à Zanzibar.
L’opération s’avéra de plus en plus onéreuse du fait de l’immensité du territoire à couvrir et de la distance du lieu de recrutement. A partir de 1886, il fut décidé d'essayer de recruter les soldats au Congo et de mettre progressivement un terme à l'emploi de mercenaires étrangers.
Ce recrutement ne s’était pas fait au hasard. Pour les officiers belges, un congolais ne pouvait pas être soldat, il n’en a pas les capacités. Ce sont les grands gabarits zanzibaristes qui pouvaient être des soldats ; première idée reçue.
Léopold II pensa d’abord à acheter des esclaves à Tippo-Tipp. Les esclaves, connus dès lors sous le nom de libérés, étaient libérés s’ils acceptaient de s'engager pour quatre ans dans la Force Publique. D'autres avaient été kidnappés dans leur enfance lors de raids sur leur village, et élevés dans des missions catholiques où ils recevaient une éducation militaire proche de l'esclavage.
L’administration de l’EIC avait alors pensé aux tribus qui avaient opposé une résistance à Stanley lors de sa descente du fleuve Congo. Ces tribus ne sont autres que les Mbuza et les Ngbaka (Les Bangala). Deuxième idée reçue, les congolais ne peuvent pas être des soldats, exception faite des Bangala.
J’ouvre une parenthèse pour dire que les colonisateurs sont partis en 1960 en gardant cette idée sur les Congolais. Le Colonel Van de Walle, chef de sécurité du Congo auquel Victor Nendaka avait succédé, avait encore dit en 1980, aux 20 ans de l’indépendance du Zaïre, dans la série du documentaire ‘’Bulamatari’’, qu’un Bantu, comprenez un Muntu, ne pouvait pas être soldat. Lors de deux guerres mondiales, les Français n’appellent pas les Sénégalais et Maliens ‘’soldats’’ mais des ‘’Tirailleurs’’ ; je ferme la parenthèse.
C’est ainsi qu’en 1887, cent Bangalas (tribu guerrière du Nord du Congo) constituèrent une première compagnie opérationnelle.
Ce recrutement initial (le long du fleuve Congo) des premiers soldats congolais fit que leur principal dialecte, le Lingala, devint la langue utilisée par l'encadrement européen pour s'adresser aux sous-officiers et soldats congolais, quel que fût leur dialecte d'origine.
Ces unités arrivées à Léopoldville ne parlent que Lingala avec les Européens, lesquels Européens s’adressent à tous les Congolais indistinctement en Lingala. Ce fait agace les propriétaires du terrain, les Bakongo, que leur langue soit ainsi ignorée par les Européens. C’est pour cela, qu’entre autres raisons, fut créée l’ABAKO, mouvement d’abord culturel, ayant pour objectif la conservation de la culture kongo. Cette association se transformera en parti politique en 1956, la première formation politique du pays.
Le Rwanda-Urundi, ancien territoire de l’Afrique de l’est fut colonisé par l’Allemagne. Il fut administré par la Belgique sous mandat de la SDN ( La Société des Nations) à partir de 1923, à l’issue de la première guerre mondiale. La Belgique lance une autre idée reçue selon laquelle les Rwandais et les Burundais ne peuvent pas être des soldats. C’est ainsi que les Congolais étaient envoyés au Rwanda-Urundi comme militaires. L’évolution de la situation depuis leur indépendance jusqu’à ce jour nous a prouvé le contraire.
A l’indépendance du Congo en 1960, le nombre d’éléments de la Force Publique recruté à l’Equateur est resté plus élevé.
Mon article n’a pas pour objet de défendre le nombre élevé des généraux originaires de l’Equateur dans l’armée à l’époque du Président Mobutu ; on sait que vers la fin de son règne, la balance avait trop penché vers l’Equateur. Ce n’est pas seulement sous son règne mais les autres chefs d’état après lui n’ont pas démontré le contraire.
Je voulais seulement démontrer le pourquoi du nombre élevé des originaires de l’Equateur dans l’armée à son démarrage et la force des idées reçues qui ont prévalues dans le processus de la création de notre armée.