16/03/2026
Kolwezi, 8 mai 1950 territoire du Lualaba, il est 9 heures du matin. Dans un contexte colonial marqué par la présence administrative belge et par les débats autour de l’occupation traditionnelle des terres du Katanga, une réunion importante réunit plusieurs chefs coutumiers, autorités administratives et personnalités politiques dans le territoire de Kolwezi. Parmi les participants figurent notamment le commissaire provincial, le commissaire de district, l’administrateur territorial ainsi que plusieurs chefs traditionnels représentant différentes communautés.
Mais que cherchait réellement à établir cette réunion ? Pourquoi les autorités coloniales et coutumières décidèrent-elles de discuter publiquement de la question des origines des chefs présents dans la région de Kolwezi ? Et surtout, que révèle cet épisode sur les débats identitaires et territoriaux qui existaient déjà au Katanga bien avant l’indépendance du Congo en 1960 ? Je suis Félix Kiluya, chercheur indépendant et auteur spécialisé dans l’histoire du Grand Katanga. À travers ce récit, je souhaite partager un témoignage historique rarement évoqué, mais qui illustre les tensions, les négociations et les perceptions des origines territoriales dans la région minière de Kolwezi au milieu du XXᵉ siècle.
Selon les archives orales rapportées dans certaines traditions locales et dans les récits transmis par les notables du Katanga, cette réunion aurait été ouverte par Janson Sendwe, figure politique importante de l’époque. Prenant la parole, il déclara que la rencontre avait pour objectif de déterminer clairement qui étaient les véritables chefs originaires du territoire de Kolwezi
À la suite de cette introduction, Evariste Kimba, autre personnalité politique katangaise bien connue, intervint en appelant les participants au calme. Selon lui, il ne devait pas y avoir de querelle entre les communautés. Il proposa que chacun puisse s’exprimer sereinement afin que les rumeurs et les accusations circulant dans la région puissent être clarifiées une fois pour toutes.
Le commissaire de district interrogea ensuite plusieurs chefs présents. La première question fut adressée au chef Musoka Ntanda, à qui l’on demanda de préciser son territoire d’origine. Celui-ci répondit qu’il était originaire de Sandoa.
La même question fut ensuite posée au chef Kazembe. Celui-ci déclara qu’il provenait des régions de Dilolo et Kapanga, situées dans l’ouest du Katanga.
Face à ces réponses, une nouvelle question fut posée :
pourquoi ces chefs se trouvaient-ils alors installés dans le territoire de Kolwezi ?
Selon les témoignages rapportés, il fut expliqué que leur présence dans la région était liée à des décisions prises autrefois par le Mwant Yav, souverain de l’empire Lunda, qui aurait envoyé certains chefs pour s’établir dans différentes zones de la région.
D’autres intervenants furent également interrogés, notamment Kamimbi et Mwilu Kyata, qui affirmèrent que le territoire de Kolwezi appartenait historiquement à leur peuple et que les richesses du sous-sol, notamment le cuivre, faisaient partie de leur héritage ancestral.
Lorsque les autorités demandèrent à quelle ethnie ils appartenaient, ils répondirent qu’ils étaient Baluba. Selon leur tradition, leurs ancêtres avaient reçu une bénédiction divine liée à l’exploitation du cuivre, un métal qui occupe une place centrale dans l’histoire économique et culturelle du Katanga.
Cette affirmation suscita la surprise de plusieurs administrateurs coloniaux présents lors de la réunion. Parmi eux se trouvait Monseigneur Félix de Hemptinne, missionnaire catholique belge actif dans la région.
Celui-ci demanda comment les anciens avaient transmis l’idée que leurs ancêtres avaient participé à des événements liés à l’histoire biblique. Kamimbi expliqua que cette tradition était enseignée depuis longtemps par les anciens. Selon ces récits, une étoile aurait guidé certains ancêtres vers un événement sacré, une référence symbolique qui évoquait l’étoile suivie par les mages dans le récit biblique de la naissance de Jésus à Bethléem.
Ces interprétations mêlant tradition locale et symbolisme religieux illustrent un phénomène bien connu des historiens : la manière dont certaines sociétés africaines ont intégré les récits bibliques dans leurs traditions orales après le contact avec les missions chrétiennes.
Des chercheurs comme Jan Vansina, spécialiste des traditions orales africaines, expliquent que ces récits doivent être analysés comme des formes de mémoire collective où l’histoire, la religion et l’identité culturelle se mélangent pour donner du sens au passé (Vansina, Oral Tradition as History, 1985). Après ces échanges, Monseigneur Félix de Hemptinne aurait déclaré que les populations locales qui exploitaient traditionnellement le cuivre avaient acquis une réputation particulière. C’est dans ce contexte que serait apparue l’expression populaire « mangeurs de cuivre », utilisée pour désigner ceux qui travaillaient le cuivre de manière artisanale dans la région.
La discussion se poursuivit ensuite sur les questions administratives et territoriales. Bonaventure Makonga proposa notamment que certains secteurs administratifs soient rattachés différemment afin de clarifier l’organisation territoriale.
D’autres chefs, parmi lesquels Munongo Antoine et Bulaya Jean de Dieu, exprimèrent leur position sur la présence de certains chefs qu’ils considéraient comme non originaires du territoire.
Cependant, le commissaire provincial intervint pour rappeler qu’il n’était pas approprié de chasser des populations qui vivaient depuis longtemps dans la région. Il expliqua également que l’administration coloniale belge avait procédé à plusieurs réorganisations territoriales dans les années 1930 afin de structurer l’administration du Katanga.
Selon les archives coloniales étudiées par plusieurs historiens, l’administration belge avait en effet mis en place différents territoires administratifs afin de faciliter la gestion de la province minière du Katanga (Ndaywel è Nziem, Histoire générale du Congo, 1998).
Finalement, plusieurs chefs, notamment Kasongo Nyembo et Kabongo, déclarèrent que les populations présentes pouvaient continuer à vivre dans le territoire de Kolwezi à condition de respecter les autorités coutumières locales.
La réunion se termina par une référence historique importante. Monseigneur Félix de Hemptinne évoqua les premières explorations européennes dans la région du Katanga, notamment celles menées par David Livingstone, célèbre explorateur britannique du XIXᵉ siècle, qui parcourut plusieurs régions d’Afrique centrale à partir des années 1850.
La réunion prit fin après les signatures de nombreux chefs coutumiers, notables et autorités administratives présents ce jour-là, marquant ainsi un moment important de dialogue entre les autorités traditionnelles et l’administration coloniale.
À vous jeunesse katangaise, L’histoire du Katanga nous enseigne une leçon importante : les débats sur l’identité, l’origine et la terre ne datent pas d’aujourd’hui. Ils existent depuis longtemps dans l’histoire de nos sociétés.
Cependant, nos ancêtres savaient aussi se réunir, discuter et chercher des solutions pacifiques pour préserver la cohésion sociale.
La jeunesse africaine doit comprendre que connaître l’histoire de son pays n’est pas un moyen de créer des divisions, mais plutôt une manière de mieux comprendre notre passé afin de construire un avenir fondé sur la paix, la connaissance et le respect mutuel.
Pour ceux qui souhaitent approfondir ces questions historiques, j’ai rassemblé plusieurs recherches dans un ouvrage intitulé :
« Histoire générale du Katanga »
Un livre de plus de 220 pages qui retrace :
l’origine des peuples du Katanga
les migrations anciennes
les royaumes luba et lunda
les traditions culturelles et politiques de la région.
Car connaître l’histoire de nos ancêtres n’est pas seulement une curiosité intellectuelle : c’est une manière de comprendre notre identité et de transmettre aux générations futures la richesse de la mémoire katangaise.
Lualaba kolwezi kwetu.