21/04/2026
. 𝐋𝐄𝐒 𝐁𝐀𝐒𝐒𝐀 𝐃𝐔 𝐂𝐀𝐌𝐄𝐑𝐎𝐔𝐍
Le Cameroun 🇨🇲 constitue une mosaïque humaine complexe où les populations 𝐁𝐚𝐬𝐬𝐚 se sont établies entre les 𝗫𝗩𝗜𝗜𝗲 𝗲𝘁 𝗫𝗜𝗫𝗲 siècles, principalement dans le Centre, et le Littoral.
Originaires du 𝙉𝙤𝙧𝙙-𝙀𝙨𝙩 𝙙𝙚 𝙡’𝘼𝙛𝙧𝙞𝙦𝙪𝙚 (𝑯𝒂𝒖𝒕𝒆 𝑬𝒈𝒚𝒑𝒕𝒆) , les Bassa situent leur foyer originel à la 𝗡𝗴𝗼𝗸-𝗟𝗶𝘁𝗼𝘂𝗽𝗮 (« 𝗹𝗮 𝗽𝗶𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗽𝗲𝗿𝗰é𝗲 »). Cette montagne imposante, située sur la rive droite de la 𝗟𝗶𝗵𝗼𝘂𝗮, est percée d'un or***ce à son sommet.
Selon la tradition, ce site n'est pas qu'une simple étape migratoire, mais 𝒍𝒆 𝒃𝒆𝒓𝒄𝒆𝒂𝒖 𝒔𝒂𝒄𝒓é 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝒕𝒓𝒊𝒃𝒖 𝑩𝒂𝒔𝒔𝒂 et de l'ensemble des lignées bantoues du Cameroun.
𝐋𝐚 𝐃𝐢𝐬𝐩𝐞𝐫𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐂𝐥𝐚𝐧𝐬
Face à la pression démographique et à l'épuisement des ressources autour de la Ngok-Litoupa, les clans entamèrent une vaste migration :
𝐋𝐞𝐬 𝐬é𝐝𝐞𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 : Certains groupes, comme les 𝐁𝐚𝐛𝐢𝐦𝐛𝐢(Mabimbi) et les 𝑩𝒂𝒔𝒔𝒐 𝒃𝒂 𝒍𝒊𝒌𝒐𝒍, choisirent de rester sur place.
𝑳𝒂 𝒕𝒓𝒂𝒗𝒆𝒓𝒔é𝒆 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝑺𝒂𝒏𝒂𝒈𝒂 : De nombreux clans franchirent le fleuve Sanaga (Lom li poubi) sur des radeaux. Parmi eux, 𝒍𝒆𝒔 𝑩é𝒌𝒐𝒌, 𝑴𝒂𝒏𝒈𝒂, 𝒀𝒂𝒃𝒊 𝒆𝒕 𝑩𝒂𝒌𝒐𝒌𝒐 s'installèrent dans la basse vallée, suivis des 𝒀𝒂𝒃𝒂𝒌𝒂𝒍𝒂𝒈, 𝑩𝒂𝒍𝒊𝒎𝒃𝒂 𝒆𝒕 𝑷𝒐𝒏𝒈𝒐.
𝑳'𝒂𝒙𝒆 𝒅𝒖 𝑾𝒐𝒖𝒓𝒊 : D'autres lignées longèrent le fleuve pour s'établir sur les rives du Wouri (𝑳𝒆𝒑 𝒖 𝑾𝒐𝒖𝒓𝒊), après être passées par Kopongo.
𝟏. 𝐋𝐚 𝐯𝐢𝐞 𝐦𝐚𝐭é𝐫𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞
Le Bassa se nourrissait tout aussi bien des produits de cueillette, que de la chasse des cultures ou d'un élevage qui portait sur la chèvre, les moutons et les volailles. La pêche se pratiquait suivant des règles analogues et comportait diverses techniques : empoisonnement des eaux, pêche à l'épervier, pêche à la ligne, pêche à la nasse.
𝑳'𝒂𝒈𝒓𝒊𝒄𝒖𝒍𝒕𝒖𝒓𝒆, cependant, demeurait la principale occupation du Bassa. Les hommes débroussaient, les femmes cultivaient. Les principales productions étaient maraîchères. D'abord, des tubercules : les macabo, les manga, les gouo (ignames) de plusieurs variétés, masoo, mwouengè. Puis des « graines » : matop, ngond, kon (haricot vert), mogui (melon) ; et des fruits doux : djonga (ananas), popo (papaye), ngouaban (goyave), djangolo (mangue sauvage) ; enfin, des légumes : ndjango, mitsa, bombè, ikoog, etc…
Il en résultait une nourriture abondante, qui permettait deux repas par jour, le matin et le soir. Ceux-ci se prenaient en commun, le plus souvent dans la cour, de manière à pouvoir inviter les passants.
L'eau était la seule boisson pendant le repas mais, une fois celui-ci terminé, on prenait du 𝒗𝒊𝒏 𝒅𝒆 𝒑𝒂𝒍𝒎𝒆, l'𝒖𝒏𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒃𝒐𝒊𝒔𝒔𝒐𝒏 𝒂𝒍𝒄𝒐𝒐𝒍𝒊𝒔é𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝑩𝒂𝒔𝒔𝒂.
Le costume était sommaire. 𝑳𝒆𝒔 𝑩𝒂𝒔𝒔𝒂 𝒎𝒂𝒓𝒄𝒉𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒑𝒓𝒆𝒔𝒒𝒖𝒆 𝒏𝒖𝒔. Leur costume primitif consistait, en effet, en une 𝒃𝒂𝒏𝒅𝒆 𝒅'é𝒄𝒐𝒓𝒄𝒆 𝒂𝒔𝒔𝒐𝒖𝒑𝒍𝒊𝒆 que l'on passait entre les jambes. Le torse restait nu ou parfois couvert d'une peau de panthère.
Quant à la femme, elle fut d'abord entièrement nue, puis elle s'habilla d'un « 𝒄𝒂𝒄𝒉𝒆-𝒔𝒆𝒙𝒆 » 𝒆𝒏 𝒇𝒆𝒖𝒊𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒅𝒆 𝒃𝒂𝒏𝒂𝒏𝒊𝒆𝒓 et d'une sorte de chasse-mouches sur l'arrière-train.
Dans une famille, chaque homme avait sa case, chaque femme la sienne. Seules les jeunes mariées restaient pendant une ou deux années dans la case de la première femme ou dans la case de la belle-mère.
Il y avait aussi une grande case qui servait de salle aux repas en commun, pendant la nuit ou les jours de pluies, de réunions familiales, de case pour les hôtes de passage : c'était 𝐥𝐚 𝐤𝐨𝐮𝐦𝐛𝐚, au milieu de laquelle flambait un grand feu de bois mort ; tout autour, s'alignaient des lits en bambous et des nattes.
Le chef de famille avait toujours à l'intérieur de la brousse, souvent au milieu des champs, une petite case à deux pièces, 𝐥𝐚 𝐦𝐚𝐧𝐠𝐨𝐦 𝐨𝐮 𝐥𝐚 𝐧𝐤𝐨𝐧𝐠𝐨 : c'était la 𝒄𝒂𝒔𝒆 𝒅𝒆𝒔 𝒔𝒆𝒄𝒓𝒆𝒕𝒔 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝒇𝒂𝒎𝒊𝒍𝒍𝒆, la case des réunions importantes, la case où se trouvait la Tortue de la famille, la case de la femme préférée, la 𝒏𝒅𝒐𝒏𝒈𝒐 𝒐𝒖 𝒏𝒅𝒐𝒏𝒈𝒖𝒊, qui y vivait avec deux esclaves ou deux acolytes.
𝟐. 𝐋'𝐨𝐫𝐠𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞
La famille bassa était composée de toutes les personnes qui descendaient d'𝒂𝒏𝒄ê𝒕𝒓𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒖𝒏𝒔. Chez les anciens Bassa, la famille comprenait le chef de famille, « 𝑰𝒔𝒂𝒏 𝒎𝒃𝒂𝒚 », ses fils, ses filles, ses femmes, ses brus, leurs enfants, les domestiques et les esclaves.
La famille se composait de trois catégories d'individus : les hommes libres, « 𝒃𝒐𝒏 𝒃𝒂 𝒌𝒐𝒖𝒏𝒅é » ou « 𝒏𝒈𝒐𝒖𝒆𝒍𝒆𝒔 », les domestiques, généralement des orphelins ou des orphelines d'autres familles, les esclaves « 𝒎𝒊𝒏𝒌𝒐𝒍 », hommes et femmes provenant de captures lors des razzias, ou simplement achetés. Cette classification se retrouve dans toute la société Bassa.
Le Bassa se mariait très jeune. 𝑳𝒂 𝒑𝒓𝒆𝒎𝒊è𝒓𝒆 𝒇𝒆𝒎𝒎𝒆 é𝒕𝒂𝒊𝒕 𝒈é𝒏é𝒓𝒂𝒍𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒊𝒎𝒑𝒐𝒔é𝒆. En effet, c'était toujours le père, le grand frère, consanguin ou utérin, l'oncle paternel, qui choisissaient la jeune fille.
Le mariage était formellement interdit entre les jeunes gens de la même famille et aussi des familles voisines, qu'on appelait familles-sœurs. Aussi, 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒔𝒆 𝒎𝒂𝒓𝒊𝒆𝒓, é𝒕𝒂𝒊𝒕-𝒐𝒏 𝒐𝒃𝒍𝒊𝒈é 𝒅𝒆 𝒔'é𝒍𝒐𝒊𝒈𝒏𝒆𝒓 𝒅𝒆 𝒑𝒍𝒖𝒔 𝒅𝒆 𝟏𝟎 𝒌𝒊𝒍𝒐𝒎è𝒕𝒓𝒆𝒔 afin de prendre femme dans des clans lointains.
Le divorce n'existait pas. La jeune mariée était définitivement incorporée dans la famille de son mari.
𝐋𝐞𝐬 𝐁𝐚𝐬𝐬𝐚 é𝐭𝐚𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐨𝐥𝐲𝐠𝐚𝐦𝐞𝐬. La polygamie était petite, moyenne et grande. La petite polygamie comportait de 2 à 5 femmes, la moyenne de 6 à 25 et la grande de 26 à 300. C'était, à vrai dire, une institution aristocratique, car seuls les riches avaient la possibilité d'épouser plusieurs femmes.
La 𝐬𝐭é𝐫𝐢𝐥𝐢𝐭é é𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐢𝐝é𝐫é𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐦𝐚𝐥é𝐝𝐢𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧. Elle était 𝒆𝒙𝒄𝒍𝒖𝒔𝒊𝒗𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒂𝒕𝒕𝒓𝒊𝒃𝒖é𝒆 à 𝒍𝒂 𝒇𝒆𝒎𝒎𝒆. Les femmes stériles étaient vouées à toutes les injures, à tous les travaux pénibles.
𝑳𝒂 𝒍𝒐𝒄𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒅𝒆𝒔 𝒇𝒆𝒎𝒎𝒆𝒔 𝒆𝒙𝒊𝒔𝒕𝒂𝒊𝒕, c'est-à-dire qu'un mari pouvait consentir aux relations de l'une de ses femmes avec tel ou tel jeune homme. Mais 𝒍𝒆𝒔 𝒆𝒏𝒇𝒂𝒏𝒕𝒔 𝒊𝒔𝒔𝒖𝒔 𝒅𝒆 𝒄𝒆𝒔 𝒓𝒆𝒍𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 é𝒕𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒕𝒐𝒖𝒕 𝒏𝒂𝒕𝒖𝒓𝒆𝒍𝒍𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒊𝒅é𝒓é𝒔 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆 𝒇𝒊𝒍𝒔 𝒐𝒖 𝒇𝒊𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒅𝒖 𝒗é𝒓𝒊𝒕𝒂𝒃𝒍𝒆 𝒎𝒂𝒓𝒊. Le concubin-locataire devait obéissance au mari, qui pouvait disposer de lui à son gré.
Le chef de famille était donc sacré chef de village. C'était le premier « 𝐦𝐛𝐨𝐦𝐛𝐨𝐤 » ou le premier « 𝐦𝐨𝐮𝐝 𝐦𝐛𝐨𝐤 », c'est-à-dire : magistrat, chef d'armée, juriste, parlementaire.
Le 𝒎𝒐𝒕 𝒎𝒃𝒐𝒌 𝒔𝒊𝒈𝒏𝒊𝒇𝒊𝒆 𝒎𝒐𝒏𝒅𝒆, 𝒖𝒏𝒊𝒗𝒆𝒓𝒔, Etat, considéré purement au point de vue politique. C'était le moud mbok qui interprétait la coutume, rendait la justice et présidait les expéditions de razzia ou de guerre.
Le mbombok du village tranchait les litiges des villageois entre eux, mais le mbombok du clan les tranchait quand des voisins étaient en cause.
Fragmentée en clans souvent disparates, généralement hostiles les uns aux autres, 𝒍𝒂 𝒕𝒓𝒊𝒃𝒖 𝑩𝒂𝒔𝒔𝒂 𝒏'𝒂 𝒋𝒂𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒄𝒐𝒏𝒏𝒖 𝒅'𝒖𝒏𝒊𝒕é 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆. La dispersion des clans sur une large fraction du territoire Camerounais, la différence des idiomes, la médiocrité des voies de communication en ont été les causes principales.
𝟑. 𝐋𝐞𝐬 𝐜𝐫𝐨𝐲𝐚𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐥𝐢𝐠𝐢𝐞𝐮𝐬𝐞𝐬
Les Bassa, comme tous les autres Noirs de la région, ont cru de tout temps à l'existence d'un Etre supérieur, qu'ils nommaient 𝐇𝐢𝐥𝐨𝐥𝐨𝐦𝐛𝐢, le Très-Haut, le Très-Vieux, le Ntondobè des Yaoundé. Plus t**d, les uns l'appelèrent 𝐃𝐣𝐨𝐦 𝐨𝐮 𝐃𝐣𝐨𝐛, les autres 𝐍𝐲𝐚𝐦𝐛é, ou Nyama, et dans d'autres clans : Loba, Loo...
𝐃𝐣𝐨𝐛 é𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐥'𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐨𝐬𝐞𝐬 𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐮 𝐢𝐧𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬. On ne connaissait pas sa nature exacte ; on ne pouvait ni le voir ni l'entendre ; il n'avait aucune relation avec les hommes. On savait que Djob était puissant, mais sa puissance était inactive. C'est lui qui avait créé le ciel, le soleil, la lune, les étoiles, la terre et tout ce qu'elle contenait, mais 𝒊𝒍 𝒂𝒗𝒂𝒊𝒕 𝒍𝒂𝒊𝒔𝒔é 𝒍𝒂 𝒅𝒊𝒓𝒆𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒅𝒆 𝒕𝒐𝒖𝒕 𝒄𝒆𝒕 𝒖𝒏𝒊𝒗𝒆𝒓𝒔 𝒂𝒖𝒙 𝑴𝒊𝒌𝒐𝒖𝒌𝒊, esprits des morts.
Si les Bassa ne rendaient aucun culte à Djob, Ils savaient, en effet, que la mort ne détruisait que le corps, qu'à celui-ci survivait « quelque chose » de très fort et de très puissant : 𝒍𝒆 𝑵𝒌𝒐𝒖𝒌𝒊 — 𝒍𝒆 𝒓𝒆𝒗𝒆𝒏𝒂𝒏𝒕 (𝒑𝒍𝒖𝒓𝒊𝒆𝒍 : 𝑴𝒊𝒌𝒐𝒖𝒌𝒊).
Le Nkouki restait d'abord à côté du corps dans l'endroit où celui-ci avait été enterré. Puis il revenait sur la terre pour vivre invisible auprès des hommes, des siens en particulier. Le Nkouki était craint et même trop craint. On lui rendait, en conséquence, un culte pour l'apaiser et obtenir ses faveurs. Pour le Bassa, c'était le Nkouki ou les Mikouki qui dirigeaient toute la vie des hommes et du monde.
Les 𝑴𝒊𝒌𝒐𝒖𝒌𝒊 𝒔𝒆 𝒓𝒆𝒏𝒅𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒑𝒂𝒓𝒇𝒐𝒊𝒔 𝒗𝒊𝒔𝒊𝒃𝒍𝒆𝒔, mais on les voyait toujours de dos, car quiconque les apercevait de face mourait sur place ou quelques instants après. Ainsi, lorsqu'un Bassa mourait subitement sans qu'on pût connaître la cause de son décès, on disait : « 𝒂 𝒏𝒕è𝒉è 𝑵𝒌𝒐𝒖𝒌𝒊 » — 𝒊𝒍 𝒂 𝒗𝒖 𝒍𝒆 𝑵𝒌𝒐𝒖𝒌𝒊.
Les Bassa croyaient à la réincarnation, mais pour les seules âmes des bébés et non des hommes faits. Pour ces derniers, ils pensaient qu'il y avait réincarnation animale.
Les Bassa n'avaient 𝒂𝒖𝒄𝒖𝒏𝒆 𝒏𝒐𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒅𝒖 𝒄𝒊𝒆𝒍 𝒏𝒊 𝒅𝒆 𝒍'𝒆𝒏𝒇𝒆𝒓. Car ils n'avaient pas l'idée de la récompense ou de la punition après la mort. Leur seule crainte était de manquer de feu dans l'au-delà. Ils n'avaient aucune notion d'anges ou de démons.
Pour eux, les seuls ê𝒕𝒓𝒆𝒔 𝒆𝒙𝒊𝒔𝒕𝒂𝒏𝒕𝒔 é𝒕𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝑫𝒋𝒐𝒃, 𝒍𝒆𝒔 𝒉𝒐𝒎𝒎𝒆𝒔, 𝒍𝒆𝒔 𝑴𝒊𝒌𝒐𝒖𝒌𝒊 𝒆𝒕 𝒍𝒆𝒔 𝒂𝒏𝒊𝒎𝒂𝒖𝒙. Toutefois, les Bassa croyaient à l'existence d'un « lieu » très loin, où habitaient certains hommes dans l'au-delà. C'était le Ndoa dont il sera question plus loin.
Les Bassa avaient toujours cru que les animaux étaient, en grande partie, des Mikouki réincarnés. Aussi, rendaient-ils un certain culte à quelques-uns d'entre-eux. Parmi ces derniers, il faut citer en premier lieu 𝒍𝒂 𝒕𝒐𝒓𝒕𝒖𝒆, « 𝑲𝒐𝒖𝒍 », que 𝒍𝒆𝒔 𝑩𝒂𝒔𝒔𝒂 𝒏𝒆 𝒎𝒂𝒏𝒈𝒆𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒑𝒂𝒔, car, à leurs yeux, elle était le Dieu tout-puissant qui commandait les Mikouki.
C'était le Koul qui transportait au-delà de « 𝑵𝒅𝒐𝒂 » les Mikouki malfaisants et les rendait alors incapables de revenir sur la terre. Le Ndoa était considéré comme un lieu inférieur, une rivière infranchissable, sans l'aide de la Tortue qui débarquait sur l'autre rive les Mikouki néfastes. Dès lors, ils ne pouvaient plus revenir auprès des hommes.
Après la Tortue, vient le « 𝐍𝐠𝐚𝐦𝐛𝐢 ». Le Ngambi, c'est d'abord un animal : la tarentule, puis un homme : le « moud Ngambi » — le prêtre. Il y avait donc deux espèces de Ngambi. 𝑳𝒆𝒔 𝑵𝒈𝒂𝒎𝒃𝒊 é𝒕𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒍'𝒐𝒓𝒂𝒄𝒍𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒍𝒆𝒔 𝑩𝒂𝒔𝒔𝒂 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒖𝒍𝒕𝒂𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒕𝒐𝒖𝒕𝒆𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒐𝒄𝒄𝒂𝒔𝒊𝒐𝒏𝒔, avant de faire quoi que ce fût qui sortait du train normal de la vie quotidienne.
Les Bassa croyaient enfin à la puissance des essences forestières et leur rendaient un culte. Ainsi, le « 𝒔é𝒃𝒂𝒌𝒐 », 𝒍𝒆 𝒔𝒐𝒖𝒉é », 𝒍𝒆 « 𝒔𝒊𝒃𝒏𝒈𝒂𝒏 » 𝒆𝒕 𝒍𝒆 « 𝒏𝒋𝒐𝒖𝒎 𝒃𝒐𝒖𝒆𝒍𝒆 » étaient considérés comme des arbres protecteurs. On se purifiait de tous les maléfices à leur pied. On portait leurs écorces pour se protéger contre les Mikouki. L'é𝒄𝒐𝒓𝒄𝒆 𝒅𝒆 𝒔𝒊𝒃𝒏𝒈𝒂𝒏, réduite en poudre, avait, disait-on, la propriété de rendre invisible ceux qui s'en servaient comme onguent.
𝐂𝐨𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧
Telles étaient, il y a fort peu de temps encore, la vie, l'organisation et les croyances des Bassa. Mais des transformations profondes sont en cours, pas toujours heureuses au demeurant, et destructrices des anciennes traditions, dont cependant subsistent, pour l'observateur informé, de très nombreux vestiges.
Source 1 : Louis-Marie POUKA. 1949.
Source 2 : - 𝑪𝒍𝒖𝒃 𝑱𝒐𝒖𝒓𝒏𝒂𝒍 - 𝑪𝒆𝒏𝒕𝒓𝒆 𝑬𝒅𝒖𝒄𝒂𝒕𝒊𝒇 𝑩𝒂𝒔𝒕𝒐𝒔 https://centre-educatif.org/