12/10/2025
Extrait du livre des sortilèges
∞∞∞ Tanissa EDAYE ∞∞∞
J’accourus pour rejoindre Nelson dans la chambre où était Léna, suivies de Sira et Ayélé.
— Elle a bougé, nous fit-il savoir ou plutôt son ventre, je ne sais plus.
Il semblait si paniqué, à l’idée qu’il arrive quelque chose à son épouse qu’il réussit à communiquer cette angoisse à Ayélé.
— Elle a quoi ma nièce ? Que lui arrive-t-il ? Regardez ! Son ventre bouge vraiment.
— Nelson, s’il te plaît, Sira fit à l’endroit de ce dernier, tu vas devoir nous laisser seules avec ta femme. Elle est sur le point d’accoucher et nous ferons tout ce qu’il faut…
— Accoucher ? S’époumona-t-il. Alors qu’elle est toujours inconsciente ? Vous ne pensez tout de même pas que je vais la laisser seule ? Ce bébé, nous l’avions fait à deux et je ne vais sûrement pas vous laisser avec elle alors qu’aucune de vous n’est qualifiée pour l’aider. Ou auriez-vous un diplôme de médecine ? Il indexa directement Sira. Et vous n’étiez pas partie, vous ? Ne comptez pas sur moi pour vous laisser user votre sorcellerie sur ma femme.
— Aucune de nous n’a de diplôme de sage-femme, Nelson, je lui répondis. Tu as raison mais là, nous avons le dos au mur. Et si Sira est revenue et avec tes enfants, c’est parce que Léna le lui a demandé. C’est elle qui l’a renvoyé parmi nous afin qu’elle l’aide à mettre son bébé au monde et la ramener elle, à la vie. Maintenant, dis-moi ce que tu veux toi ; retrouver ta femme en nous laissant faire ce qu’il faut ou t’opposer à nous et nous obliger tous au pire ?
Il ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit. Il avait peur pour son autre moitié et c’était compréhensible. Ces cinq derniers mois, il était resté à son chevet, à la veiller de jour comme de nuit au point de s’oublier lui-même.
— Nelson, je m’approchai de lui et lui pris ses deux mains. Laisse-nous prendre soin d’elle. Tu me fais confiance n’est-ce pas ?
Il secoua la tête, totalement désemparé.
— Je n’ai pas de diplôme d’accoucheuse mais j’avais assisté mamie, paix à son âme à mettre Dokpè au monde le jour même où j’ai rencontré ta femme. Il faut juste croire que l’histoire se répète sauf que cette fois, ce sera plus complexe et je ne voudrais pas que tu amenuises nos chances de réussite en t’opposant.
— D’accord, il capitula en versant une larme qui me brisa le cœur. Faites ce que vous avez à faire mais ramenez-la-moi ! Il s’adressa directement à Sira ; je vous en supplie.
— Je te promets sur ma vie de faire tout ce qu’il faut et crois-moi Nelson, nous avons tous besoin qu’elle nous revienne saine et sauve ou ce sera la fin de tout.
Avec Ayélé, nous échangeâmes un regard suite aux propos de Sira et elle traîna Nelson hors de la chambre.
— Ramène-nous de l’eau chaude et des serviettes propres, Sira demanda ma belle-sœur. Commençons par sanctifier la chambre, émit-elle en se tournant vers moi.
Pendant qu’elle s’occupait de Léna, j’allai chercher des bougies et des encens pour remplir la chambre d’ondes positives et de clarté divine ; tout ce dont nous avions besoin pour accompagner Léna. Nous étions prêtes quand Ayélé fit son entrée avec le nécessaire pour l’accouchement.
— Je n’ai pas vu mon frère en arrivant, où est-il ? demanda Ayélé.
— Parti au restaurant avec James. J’ai préféré ne rien lui dire afin qu’il ne stresse pas.
— Tu as bien fait. Nelson qui tourne tel un lion en cage dans le séjour, c’est largement suffisant.
— C’est bon, nous pouvons y aller, Hounon Sovi et les enfants ont réussi à barricader tout le manoir. Nous sommes désormais dans un bunker mystique, aucun esprit ne peut entrer ni sortir, annonça Sira.
Sans réciter une seule incantation ni procéder à des rituels, je la vis activer les éléments, faisant gronder d’un coup, le tonnerre alors que nous étions en pleine matinée et que le temps était plutôt beau.
— La vie, est un don des Dieux à l’humanité, je l’entendis dire dans un état de transe, les yeux révulsés ; j’aurais juré entendre Léna si je ne gardais pas toute ma lucidité. Toi, Dieu de la terre, de la fertilité et de la procréation, toi, déesse Mami wata, mère de l’abondance et de la vie, je vous exhorte à m’assister, aidez-moi à mener cet être innocent jusqu’à la vie. Rendez-le à la terre, donnez-lui la force de vie, guidez-le jusqu’à nous !
Elle récitait ces paroles en malaxant le ventre arrondi de Léna en faisant plusieurs cercles. Lorsque de ses mains, rejaillit de la lumière qu’elle fit absorber par le ventre, tout le corps de Léna fut secoué de spasmes. Elle perdit les eaux par la même occasion.
— Elle n’est pas consciente pour pousser et expulser son bébé. Comment le mettra-t-elle au monde ? Ayélé, exposa des craintes que je partageais mais me gardai d’émettre.
Le tonnerre déchira à nouveau le ciel et la pluie éclata suivie des rafales d’éclairs qui coupa l’électricité. La chambre étant préalablement éclairée par des bougies sanctifiées, nous eûmes aucun problème d’éclairage.
— Le pouvoir est donné pour sauver, le pouvoir est donné pour libérer, le pouvoir est donné pour faire exister, égrena Sira à s’en briser les cordes vocales. J’en appelle à toi, le créateur de toute chose, l'essence même de tout sur la terre, dans les cieux, dans la mer et par le feu. Je t’invoque toi, au-dessus de tout, offre à ta fille Essé, la force nécessaire pour trouver son chemin jusqu’aux siens. Offre aussi à l’enfant en son sein, ta force, accorde-lui assez de ton essence afin qu’il regagne la vie. Ne permet point au néant de les accabler et encore moins, de les acculer. Sers-toi de moi comme vaisseau pour renvoyer ta fidèle servante aux siens !
Ce fut à cet instant que je compris ce qui se passait. Léna n’avait pas seulement ancré sa vie à celle de Sira, elle avait besoin d’elle, de sa force vitale pour nous revenir. Ayant été pendant longtemps alitée et surtout enceinte, revenir au même moment qu’elle mettrait son enfant au monde, la mettrait dans un grand état de faiblesse et par conséquent, vulnérable d’où l’importance de sécuriser le manoir. Elle avait pensé à chaque détail et Sira lui servait de pont entre le monde où elle se trouvait et celui des vivants.
— Sers-toi de moi, oh ! Tout puissant ! Entend ma voix, entend mes supplications et renvoie-nous Essé ! Renvoie-la ! Renvoie-la nous !
Elle égrenait ces mots, tout en continuant à malaxer le ventre de Léna qui bougeait de plus en plus. Lorsqu’enfin, elle se tut et s’écroula sur le côté en perdant connaissance, je n’eus pas le temps de paniquer que je vis une grande trainée d’énergie de couleur blanche quitter son corps pour celui de Léna. L’énergie se dissipa dans le corps de cette dernière qui ouvrit simultanément les deux yeux, nous faisant sursauter, moi et Ayélé. Léna recouvrant la vie, émit un puissant hurlement qui déchira tout le manoir, accompagné de grands coups de tonnerre et qui coïncidèrent avec le premier cri de son enfant. Tout alla si vite et invraisemblable que j’en fus toute retournée. Ce fut Ayélé qui s’empressa d’enrouler l’enfant dans un linge propre, le temps que je récupère mes sens et aide à prendre soin de la mère. Nelson ayant entendu les cris de son enfant et le hurlement de sa femme, accourut et fut émerveillé de les voir tous deux, sains et saufs. Il sectionna le cordon à l’aide d’un coutelas qu’Ayélé avait apprêté. Sira à côté, recouvrait ses esprits mais était complètement affaiblie. Léna lui offrit un sourire de gratitude avant de tourner la tête vers son mari.
— Tu m’as fait très peur, mon cœur, il lui adressa tout ému.
— Pardonne-moi, je n’avais pas d’autre choix. Il me fallait rester là-bas pour avoir des réponses.
— Nous en discuterons plus t**d. Pour l’instant, il te faut du repos et merci pour ce magnifique cadeau. Notre fils est gracieux.
— Tani, tata !
— Bienvenue parmi nous, ma belle, je lui répondis.
Ayélé avait aidé à sortir le placenta qu’elle confia à Nelson. Tout heureux ce dernier le prit et sorti de la chambre. Nous finîmes de mettre au propre le bébé et conduisîmes Léna à la do**he pour lui donner un bon bain chaud pendant que Sira continuait de prendre des forces. Une quinzaine de minutes plus t**d, Léna était propre et surtout revigorée. Personne n’aurait cru qu’elle venait d’enfanter. C’était tout comme si c’était Sira qui avait subi toute la fatigue à sa place et ça m’en avait tout l’air.
— Où est Bignon ?
— Avec les autres en bas. C’était pour lui que tu étais restée ?
— Ils sont en chemin pour lui, les ténèbres en ont après mon garçon.
Elle émit ces mots avec une telle intensité et douleur que j’en eus froid dans le dos. Qu’est ce qui allait encore nous tomber dessus ? .. Abonnez-vous pour être informé
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