09/09/2026
LA GUERRE CHRONIQUE À L'EST DE LA RDC: changer les logiciels mentaux et Politiques pour des solutions durables
La République démocratique du Congo est un pays aux potentialités extraordinaires, son sous-sol regorge de ressources stratégiques, ses terres sont vastes et fertiles, son potentiel hydroélectrique est immense, tandis que sa population constitue une force démographique considérable. Pourtant, malgré ces atouts, la RDC peine encore à transformer ses immenses potentialités en prospérité pratique pour sa population.
Face à cette contradiction, une question mérite d’être posée sans passion, mais avec courage: le principal obstacle au développement socio-économique et technologique de la RDC se trouve-t-il uniquement à l’extérieur de ses frontières ?
Depuis plusieurs années, le nom du président Rwandais Paul Kagame revient régulièrement dans les discours politiques congolais.
À chaque crise sécuritaire dans l’Est, à chaque difficulté politique ou économique, Kigali est désigné comme l’une des principales causes des malheurs du Congo. Il serait intellectuellement malhonnête de nier les responsabilités extérieures dans les crises de l’Est de la RDC.
Les accusations concernant le soutien Rwandais au M23/AFC font partie des éléments centraux des tensions régionales et ont été au cœur des négociations diplomatiques récentes. Mais une autre question doit être posée : jusqu’où pouvons-nous expliquer les échecs du développement national par la seule responsabilité de Kagame ?
Kagame : une réalité sécuritaire, mais aussi un écran politique ?
Il existe une différence entre reconnaître les responsabilités d’un voisin dans une crise et transformer ce voisin en explication universelle de nos propres faiblesses.
Le Rwanda de Paul Kagame ne peut évidemment pas être présenté comme un acteur innocent dans les tensions des Grands Lacs. Mais l’existence d’une responsabilité rwandaise dans certaines dimensions de la crise sécuritaire ne dispense pas les dirigeants congolais de répondre à leurs propres responsabilités.
Depuis des décennies, la RDC souffre de problèmes qui ne peuvent pas être attribués exclusivement à Kigali : faiblesse institutionnelle, corruption à outrance, mauvaise gouvernance holistique, insuffisance des infrastructures, faiblesse de l'administration publique, déficit d'industrialisation dans les milieux ruraux et urbains, chômage massif des jeunes, mauvaise transformation des ressources naturelles et difficulté à garantir efficacement l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire national.
Le véritable débat devrait donc dépasser la personne de Kagame.
Pourquoi la RDC, avec ses ressources exceptionnelles, n'est-elle toujours pas capable de transformer durablement ses richesses en emplois, en écoles, en hôpitaux, en routes, en énergie et en industries ?
Le développement socio-économique ne se construit pas avec des boucs émissaires, un État qui aspire au développement doit être capable de regarder ses propres faiblesses dans le miroir. Le discours politique consistant à désigner constamment un ennemi extérieur peut être efficace pour mobiliser émotionnellement la population.
Il permet parfois de détourner l'attention des responsabilités internes. Mais il ne construit ni une économie productive, ni une administration performante, ni une justice indépendante.
Le Congo n'a pas seulement besoin d'un discours patriotique. Il a besoin d'une stratégie nationale de développement.
Cette stratégie devrait reposer sur quelques priorités fondamentales : restaurer l'autorité de l'État, renforcer l'éducation, développer l'agriculture, électrifier le pays, moderniser les infrastructures, industrialiser localement les ressources minières, professionnaliser l'administration et créer un environnement réellement favorable à l'investissement.
La question n'est donc pas de choisir entre « Kagame est responsable » et « Kagame n'est pas responsable ».
La question est beaucoup plus profonde : quelles sont les responsabilités de la RDC elle-même dans son re**rd de développement ?
Le paradoxe congolais, le paradoxe est saisissant.
La RDC possède le cobalt, le cuivre, l'or, le coltan, d'immenses réserves forestières et un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants du monde. Pourtant, une grande partie de sa population reste confrontée à la pauvreté et au manque d'accès à des services essentiels.
Ce paradoxe devrait provoquer une véritable révolution intellectuelle dans la classe politique et économique congolaise.
Il ne suffit plus de dire que « le Congo est riche ». Il faut répondre à la question suivante : pourquoi les Congolais restent-ils pauvres dans un pays aussi riche ? La réponse ne peut pas être uniquement Kigali.
Les processus diplomatiques récents montrent d'ailleurs que la question congolaise ne peut plus être envisagée uniquement sous l'angle militaire. Les négociations de Doha entre Kinshasa et l'AFC/M23, ainsi que les initiatives diplomatiques ayant conduit à l'accord RDC-Rwanda de Washington, témoignent de la multiplication des cadres destinés à rechercher une sortie de crise.
Mais même un accord de paix durable ne suffira pas à lui seul. La paix doit devenir un instrument de développement rural et communautaire en RDC.
Une RDC pacifiée mais mal gouvernée restera fragile. Une RDC riche en minerais mais incapable de transformer localement ses matières premières restera dépendante.
Une RDC dotée d'une immense population mais sans système éducatif performant ne pourra pas tirer pleinement profit de son dividende démographique. Le véritable défi consiste donc à passer d'une logique de survie à une logique de construction économique nationale.
Il serait injuste de faire porter aux seuls politiciens congolais la responsabilité de toutes les difficultés du pays.
La RDC fait face à des ingérences étrangères, à des groupes armés, à des intérêts économiques internationaux et à une histoire régionale extrêmement complexe. Mais la responsabilité politique congolaise demeure essentielle. Les dirigeants doivent avoir le courage de reconnaître ce qui dépend d'eux.
Un pays ne devient pas puissant simplement parce qu'il possède des ressources naturelles. Il devient puissant lorsqu'il dispose d'institutions solides, d'une justice crédible, d'une armée professionnelle, d'une économie productive et d'une classe politique capable de penser au-delà des prochaines élections.
Kagame ne doit pas devenir le programme politique de la RDC
Voilà peut-être le cœur de cette réflexion.
Kagame ne peut pas être le programme politique de la République démocratique du Congo. Le programme de la RDC doit être la construction d'un État efficace et prospert. Le programme doit être l'école de l'excellence pour lutter contre la corruption et les détournements des fonds publics. Le programme doit être l'électricité dans nos villes. Le programme doit être l'agriculture et la sécurité alimentaire. Le programme doit être l'industrie.
Le programme doit être l'emploi des jeunes. Le programme doit être la sécurité. Le programme doit être la justice.
Le programme doit être la transformation locale des ressources naturelles. Le programme doit être la construction d'une nation capable de défendre ses intérêts sans dépendre éternellement des médiations étrangères.
Il faut donc distinguer deux combats : le combat pour la souveraineté et le combat pour le développement.
Le premier est indispensable, mais il ne doit pas servir à masquer l'urgence du second.
Pour se faire, le Congo RDC doit se regarder lui-même, accuser Kagame peut parfois être légitime lorsqu'il existe des faits et des responsabilités à établir. Mais faire de Kagame la cause de tous les échecs congolais serait une facilité politique.
Le véritable patriotisme ne consiste pas seulement à dénoncer les ennemis extérieurs. Il consiste également à avoir le courage de reconnaître ses propres faiblesses. La RDC doit sortir d'une culture politique fondée sur la recherche permanente du bouc émissaire pour entrer dans une culture de responsabilité.
Le jour où les Congolais demanderont moins : « Qui est responsable de nos malheurs ? » et davantage : « Que devons-nous construire pour que notre pays devienne puissant et prospère ? », un véritable changement de paradigme commencera.
Kagame peut être un acteur de la crise régionale.
Il ne doit cependant pas devenir l'explication permanente de l'échec du développement congolais. Le Congo doit enfin devenir son propre projet.
Mwalimu Mapenzi Manyebwa
Master en santé publique, expert consultant en gestion des projets, en santé environnementale et en développement communautaire.