09/06/2026
AFFAIRE « GUEN » : L’ACCUSÉ EDMOND BEINA REJETTE LES CHARGES DEVANT LA COUR PÉNALE SPÉCIALE.
Les débats contradictoires se sont poursuivis ce mardi devant la Cour pénale spéciale (CPS) dans le cadre de l’affaire dite « Guen ». À la barre, l’accusé Edmond Beina a contesté l’ensemble des accusations portées contre lui, notamment les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et sa participation présumée à une attaque généralisée et systématique dirigée contre des populations civiles.
L’audience s’est tenue sous la présidence du juge Aimé Pascal Delimo, assisté des juges Émile Ndjapou et Herizo Rado Andriamanantena, en présence de la greffière Maître Marie Madeleine Touakouzou.
Après avoir décliné son identité, Edmond Beina a indiqué être originaire de Tédoua, de confession catholique, polygame et n’avoir jamais été condamné par la justice auparavant.
Le président de la Cour lui a ensuite rappelé les chefs d’accusation retenus contre lui, que l’intéressé a catégoriquement rejetés.
Revenant sur les circonstances de son arrestation, l’accusé a expliqué avoir été interpellé au marché de Tédoua à la suite d’une dénonciation.
Il a affirmé avoir subi des violences lors de son arrestation, déclarant notamment avoir perdu une dent ainsi que plusieurs effets personnels.
Devant les juges, Edmond Beina a soutenu qu’au moment des faits, il exerçait les activités d’artisan minier et de commerçant. Concernant sa présence à Guen, il a affirmé s’y être rendu dans le seul but de retrouver son épouse et non pour participer à des opérations armées.
L’accusé a également évoqué les violences dont il dit avoir été victime durant le conflit. Selon son témoignage, des éléments de la Séléka auraient causé la mort de plusieurs membres de sa famille, notamment sa fille et sa grand-mère, tout en détruisant ses biens. Malgré ces pertes, il affirme n’avoir entrepris aucune action de représailles.
Au cours des échanges, plusieurs contradictions entre les déclarations actuelles de l’accusé et celles consignées dans le dossier d’instruction ont été relevées par la Cour. Edmond Beina a notamment été confronté à un procès-verbal dans lequel il aurait indiqué avoir rejoint les groupes Antibalaka après la mort de sa fille et de sa grand-mère.
Face aux magistrats, il a contesté certains passages de ces déclarations tout en confirmant d’autres éléments relatifs à l’organisation et à la structure de ce mouvement armé.
L’accusé a notamment reconnu connaître certains responsables présentés comme chefs Antibalaka, dont un dénommé « Jeudi » et un autre appelé Bangara. Il a également évoqué l’existence de plusieurs bases dans la région de Mbaï, tout en affirmant ignorer les mécanismes de financement du groupe.
Il a cependant confirmé l’utilisation d’armes artisanales, de machettes ainsi que, selon ses dires, d’armes automatiques détenues par certains combattants venus de Bossangoa.
Interrogé sur les pratiques dites de « vaccination » attribuées à certains combattants Antibalaka, Edmond Beina a déclaré n’en avoir aucune connaissance directe et a nié toute implication dans de tels rituels.
Le président de la Cour a également relevé une autre contradiction issue du dossier d’instruction, selon laquelle l’accusé aurait affirmé s’être rendu à Guen sur instruction de François Boybanda, alias « Balhéré », présenté comme un chef Antibalaka.
Une affirmation qu’Edmond Beina a de nouveau rejetée devant la juridiction.
Enfin, concernant le transfert de civils musulmans de Guen vers Mambéré, l’accusé a expliqué avoir participé à cette opération pour des motifs humanitaires.
Selon lui, aucune rémunération ne lui aurait été versée en dehors d’une contribution destinée à couvrir les frais de carburant et de réparation du véhicule utilisé. Il a par ailleurs affirmé que cette initiative avait été saluée par la MINUSCA et les autorités locales.
Les audiences se poursuivent devant la Cour pénale spéciale, qui devra examiner l’ensemble des témoignages, des éléments de preuve et des arguments des différentes parties avant de rendre sa décision.
: Innocent Junior Yaka Nzapa-Mounambi