02/07/2026
*CENTRAFRIQUE : L’affaire Maître Crépin Mboli-Goumba, simple contentieux foncier ou nouvelle bataille politique ?*
Alors que l’attention nationale demeure largement concentrée sur les préoccupations sécuritaires dans la préfecture de la Vakaga, où des mouvements d’hommes armés continuent d’alimenter les inquiétudes, un autre dossier vient raviver les tensions sur la scène politique centrafricaine.
La mise en demeure adressée par le *ministère de l’Urbanisme à Maître Crépin Mboli-Goumba, président du Parti pour le Rassemblement, le Travail, l’Intégrité et l’Émergence (PATRIE),* ouvre un débat qui dépasse désormais le simple cadre administratif pour s’inviter au cœur du débat politique national.
*Le 2 juillet 2026, le ministère de l’Urbanisme, de la Réforme foncière, de la Ville et de l’Habitat* a officiellement demandé à l’opposant politique de libérer dans un délai de quinze jours une portion du domaine public située devant sa résidence du boulevard *Charles-de-Gaulle, le long du fleuve Oubangui.*
L’administration estime que l’espace concerné est occupé sans titre légal et rappelle les dispositions de la législation relative au domaine national.
La correspondance évoque même la possibilité d’une expulsion forcée en cas de non-respect de la décision.
Sur le plan strictement juridique, la démarche s’inscrit dans les prérogatives reconnues à l'État en matière de protection du domaine public.
Cependant, la réaction immédiate du PATRIE a rapidement déplacé le débat vers un terrain plus sensible : celui de l’impartialité de l’action publique et du traitement réservé aux figures de l’opposition.
Le PATRIE dénonce une justice administrative à géométrie variable.
Dans son communiqué, le parti de Crépin Mboli-Goumba ne se limite pas à contester la décision. Il met directement en cause ce qu’il considère comme une application sélective de la loi.
L'argument principal avancé repose sur l'existence supposée d'autres occupations similaires du domaine public dans le voisinage immédiat notamment un garage privé qui, selon le parti, empiéterait davantage sur l’espace public sans faire l’objet d’aucune mesure administrative.
Cette ligne de défense cherche à déplacer la question du terrain foncier vers celle de l’égalité devant la loi. Si des situations comparables existent effectivement et demeurent tolérées, le débat pourrait alors porter moins sur la légalité de l’occupation contestée que sur la cohérence de l’action de l’administration.
Dans de nombreux systèmes démocratiques, la légitimité d'une décision administrative ne repose pas uniquement sur sa conformité au droit mais également sur son application uniforme à l'ensemble des citoyens, indépendamment de leur statut politique.
Le *PATRIE* soutient également que les aménagements réalisés devant la résidence de son président auraient bénéficié d’une *autorisation municipale datant de 2012* , délivrée par la Mairie de Bangui.
Si cette autorisation existe et demeure juridiquement valable, le contentieux pourrait rapidement évoluer vers une confrontation d’interprétations entre différentes administrations publiques.
La question centrale deviendrait alors celle de la hiérarchie des compétences entre la municipalité, le ministère de l’Urbanisme et les autres institutions concernées par la gestion du domaine public.
L’annonce d’un recours devant le *Tribunal administratif* marque ainsi le début d’une séquence judiciaire dont les conclusions pourraient faire jurisprudence sur les conditions d’occupation temporaire des espaces publics dans la capitale.
Au-delà du cas particulier de Crépin Mboli-Goumba, c’est la clarification des responsabilités administratives en matière foncière qui pourrait être mise à l’épreuve.
La dimension la plus sensible du dossier réside toutefois dans les insinuations formulées par le PATRIE concernant l’existence de motivations politiques derrière cette procédure.
Sans désigner explicitement les personnalités concernées, le parti évoque l’arrivée régulière d’une haute autorité de l’État dans le voisinage de son président et suggère un lien entre ces visites et les difficultés administratives rencontrées par ce dernier.
Aucune preuve publique ne permet à ce stade d’étayer une telle hypothèse mais actuellement visible.
Toutefois, dans un contexte politique fortement polarisé chaque décision administrative touchant un acteur majeur de l’opposition tend naturellement à être interprétée à travers le prisme de la rivalité politique.
Cette perception est renforcée par la place qu’occupe aujourd’hui Crépin Mboli-Goumba dans le paysage politique centrafricain.
Figure critique du pouvoir et acteur régulier du débat public, il incarne une voix influente de l’opposition, ce qui confère à toute procédure le concernant une résonance politique particulière.
L’affaire intervient à un moment délicat pour la République centrafricaine.
Alors que les préoccupations sécuritaires persistent dans plusieurs régions du pays, notamment dans la Vakaga, une partie de l'Ombella Mpoko, où les récents incidents armés mobilisent l’attention des pouvoirs publics, cette polémique risque d’alimenter davantage les tensions entre le gouvernement et une partie de l’opposition.
Pour le PATRIE, il s’agit de convaincre l’opinion publique que cette procédure s’inscrit dans une logique de pression politique plutôt que dans une simple opération de régularisation foncière.
Entre droit et politique, un dossier sous haute surveillance
En attendant les décisions de justice annoncées, l’affaire Mboli-Goumba apparaît comme un révélateur des fragilités persistantes de la gouvernance publique en République centrafricaine.
Elle pose une question fondamentale à savoir : *comment garantir l’application rigoureuse de la loi tout en préservant la confiance des citoyens dans l’impartialité des institutions* ?
La réponse à cette interrogation dépassera largement les limites d’un simple litige foncier.
Elle constituera un test important pour la crédibilité de l’administration, la solidité de l’État de droit et la qualité du dialogue démocratique dans un contexte politique déjà marqué par de fortes tensions.
Jonathan Débonnaire GONISSERE*