Barthélémy Boganda - Mémoire & Archives

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En 1949, Barthélémy Boganda est un homme blessé dans sa dignité profonde. Frappé par les sanctions de l’Église parce qu’...
31/05/2026

En 1949, Barthélémy Boganda est un homme blessé dans sa dignité profonde. Frappé par les sanctions de l’Église parce qu’il aime une femme française, il choisit de briser le silence et de refuser l’hypocrisie.

Refusant les faux-semblants d’une institution qui dissimule ses propres failles derrière des règles rigides, il assume pleinement sa vie amoureuse et déclare : « J’estime qu’il est plus digne de vivre avec une femme, suivant en cela les normes de la nature humaine, que de faire un vœu auquel on manque constamment. Car le peuple aéfien n’est pas dupe ! ». C’est donc la tête haute et guidé par sa seule conscience qu’il choisit de rompre avec l’apparence pour sauver l’essentiel : « Me considérant comme officiellement suspendu, j’ai suspendu ma soutane (...) pour moi l’habit ne fait pas le moine, la soutane ne fait pas l’apôtre ni le prêtre. Je reste l’apôtre de l’Oubangui et de l’Eglise ».

Pour Barthélémy Boganda, l’engagement spirituel n’a jamais pu se dissocier de la lutte pour la dignité de son peuple, une certitude qu’il rappelle avec force face à ses supérieurs : « Pourquoi suis-je entré dans le clergé sinon pour sauver mon pays par la doctrine sociale de l’Eglise et par le sacerdoce ? ». C’est ce même idéal de justice qui le pousse à rejeter le silence complice et l’oppression coloniale, affirmant haut et fort : « Je suis contre la domination d’un peuple par un peuple, contre l’exploitation de l’homme par l’homme, fût-il prêtre, et surtout prêtre ».

[Les citations incluses dans ce texte sont toutes tirées de la lettre de Barthélémy Boganda à Monseigneur Cucherousset datée du 1er Décembre 1949 - Une retranscription de Balaôbêafrîka ]

Boganda a été ordonné prêtre en 1938. À ce titre, il connaît parfaitement les rouages, les qualités, mais aussi les déri...
27/05/2026

Boganda a été ordonné prêtre en 1938. À ce titre, il connaît parfaitement les rouages, les qualités, mais aussi les dérives racistes de certains missionnaires. À cette époque, l’Église en AEF est souvent un pilier de l’ordre colonial. Certains de ses membres partagent les préjugés de l’administration et exigent des Africains — même éduqués — une soumission totale.

Ce texte met en lumière la rupture idéologique et personnelle de Boganda avec l’Église catholique coloniale, incarnée ici par le Révérend Père H. (identifié comme l’abbé Albert Hemme, 1881-1953) : « Un missionnaire, un négrophobe incorrigible, connu dans tout l'AEF, me disait, il y a quelques semaines à mon retour de Paris : "Vous avez grossi mais vous n'avez pas blanchi". Non, RP. H... je n'y tiens pas, je ressemblerais à un cochon gratté, je sentirais le cadavre, je perdrais ma franchise et ma logique, je serais un tissu de contradictions ; je ne vous envie pas d'être blanc.»

Balaôbêafrîka

Cet extrait puissant est tiré du quatrième numéro de « POUR SAUVER UN PEUPLE », la publication militante et visionnaire ...
26/05/2026

Cet extrait puissant est tiré du quatrième numéro de « POUR SAUVER UN PEUPLE », la publication militante et visionnaire de Barthélemy Boganda. Nous sommes à la fin de l’année 1948. Barthélemy Boganda, alors premier député de l’Oubangui-Chari à l’Assemblée nationale française, mène un combat de front contre les abus administratifs et le racisme systémique sur le terrain. Le point de bascule de cette période se joue le 16 novembre 1948 à Bangui, lors d’un entretien mémorable et électrique entre Boganda et le Chef de Territoire (le gouverneur colonial). Face au représentant en chef du pouvoir colonial, Boganda est venu lister les griefs de son peuple : travail forcé déguisé, spoliations, et violences psychologiques ou physiques subies par les populations locales. Devant la fin de non-recevoir ou le paternalisme de l’administration, Boganda comprend que le dialogue institutionnel feutré a atteint ses limites.

Écrit dans un contexte colonial oppressant et publié en fin 1948 ou début 1949, ce texte transcende son époque pour poser les bases universelles de la liberté et de la dignité humaine. Ce n’est plus le député qui négocie à Paris ; c’est le leader africain qui prend à témoin l’opinion publique et rappelle à l’appareil colonial que sa domination n’a aucune légitimité morale ou juridique : « Quand nous demandons ce qui vous appartient, c’est l’aumône que nous vous demandons. Vous êtes libres de disposer de ce qui vous appartient. Mais lorsque nous revendiquons notre droit à la dignité humaine, ce n’est plus la charité que nous vous demandons mais la justice la plus stricte. Et sur ce point vous n’êtes plus libres. Aucun individu, aucun peuple ne peut être la propriété d’un autre individu, d’un autre peuple.» Barthélémy Boganda, POUR SAUVER UN PEUPLE, n•4, Éditorial.

Balaôbêafrîka

Barthélemy Boganda s’était rendu dans la région de la Lobaye pour s’opposer aux abus de l’administration coloniale local...
26/05/2026

Barthélemy Boganda s’était rendu dans la région de la Lobaye pour s’opposer aux abus de l’administration coloniale locale, et notamment pour protester contre la mort suspecte l’assassinat d’un chef traditionnel indigène. Face à son opposition, les autorités coloniales (représentées ici par l’administrateur Mourges et le chef de région Degouy) décident de l’arrêter. Le 10 janvier 1951, Boganda est incarcéré à la prison de Mbaïki, au mépris de son immunité parlementaire de député français. Fait marquant qui soulèvera l’indignation, sa femme (une Française, Michelle Jourdain) et leur jeune enfant de six mois sont également jetés en prison avec lui.

Devant la ferveur populaire et la pression de la foule venue le soutenir au tribunal, le juge est contraint de prononcer sa mise en liberté provisoire le 12 janvier 1951. Libéré mais profondément marqué, Boganda rentre à Paris et présente ce mémorandum le 23 janvier 1951 devant ses collègues députés au Palais Bourbon : « Être prisonnier, c’est souvent une honte, c’est parfois un honneur. Je sors de la prison de Mbaïki avec ma femme et ma fille âgée de six mois et demi ; nous y sommes restés du 10 au 12 janvier et ceci pour avoir protesté contre l’assassinat d’un chef indigène. Lorsque le 12 janvier dans l’après-midi, le juge a prononcé ma mise en liberté provisoire, j’ai été accompagné par ma foule, celle-là même qui, sur l’invite des autorités, avait assisté à l’audience, qui me proclamait martyr de la Justice. Je ne puis donc qu’être fier d’avoir été emprisonné pour une aussi grande et belle cause, car toutes les grandes vérités ont eu leur apôtre, les grandes doctrines leurs martyrs. Mais je plains la Nation dont les représentants emprisonnent une femme et un bébé sans motif plausible.» Barthélémy Boganda.

Balaôbêafrîka

« Me dévouer entièrement au salut de mes frères, donner ma sueur, mon sang, ma vie elle-même pour moraliser cet Oubangui...
26/05/2026

« Me dévouer entièrement au salut de mes frères, donner ma sueur, mon sang, ma vie elle-même pour moraliser cet Oubangui que j’aime tant, c’est là cet idéal qui me hante et m’obsède. » > — Barthélemy Boganda, Lettre à Mgr Grandin, 3 décembre 1933.

Bien avant d’être le père fondateur de la Nation centrafricaine, Barthélemy Boganda portait déjà en lui, dès sa jeunesse, le feu sacré du dévouement et du sacrifice. Ces mots, écrits en 1933 alors qu’il traçait son chemin spirituel et pastoral, résonnent aujourd’hui comme une prophétie et un testament politique d’une force inouïe.

vous invite à redécouvrir cette figure majeure de l’histoire de la République centrafricaine.

Balaôbêafrîka

Boganda naît à Bobangui, en pays ngbaka, à environ cent kilomètres à l’ouest de Bangui. Son père, Swalakpe, meurt peu av...
26/05/2026

Boganda naît à Bobangui, en pays ngbaka, à environ cent kilomètres à l’ouest de Bangui. Son père, Swalakpe, meurt peu avant ou peu après sa naissance. Sa mère, Sirigbe, qui était la troisième épouse de son père, disparaît elle aussi très rapidement. Elle est tuée sous les coups d’un milicien d’une compagnie concessionnaire parce qu’elle n’avait pas récolté une quantité suffisante de caoutchouc. Boganda devient donc orphelin dès sa petite enfance.

Il existe par ailleurs plusieurs variantes orthographiques concernant les noms de sa famille, phénomène fréquent dans les documents coloniaux de l’époque. Ainsi, le nom de son père apparaît sous différentes formes telles que Sualakpe, Soualakpe ou encore Swalakpe. Quant au nom de sa mère, on rencontre plusieurs graphies : Siribe, Sirilie et Sirigbe. De même, le nom de Boganda lui-même fut parfois écrit Boccanda ou encore Gboganda, une orthographe jugée plus conforme à la langue ainsi qu’à l’orthographe figurant sur son acte de baptême, sans toutefois s’imposer dans l’usage courant.

Dans une correspondance datée du 11 mars 1956 et adressée au président du 7ᵉ bureau des Validations de l’Assemblée nationale à Paris, Boganda explique que sa date de naissance résulte d’un jugement supplétif ayant fixé officiellement celle-ci au 4 avril 1910⁹. Toutefois, comme c’est souvent le cas pour ce type d’acte administratif, cette information ne constitue pas une certitude absolue. Dans l’édition 1955-1956 de “Who’s Who in France” (Éditions Jacques Lafitte), il est indiqué : « Né le 10 avril 1910 à Boubangui ». Dans l’édition 1957-1958 du même ouvrage, on trouve : « Né le 4 avril 1910 à Bobangui ». Enfin, dans Décolonisation et problèmes de l’Afrique indépendante (Édicef, 1983), il est écrit : « Boganda Barthélémy 1919-1959 » (p. 156), ce qui constitue manifestement une erreur chronologique. Malgré ces incertitudes, le 4 avril 1910 reste la date retenue dans la plupart des références historiques, dont Wikipedia (…)

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