31/05/2026
En 1949, Barthélémy Boganda est un homme blessé dans sa dignité profonde. Frappé par les sanctions de l’Église parce qu’il aime une femme française, il choisit de briser le silence et de refuser l’hypocrisie.
Refusant les faux-semblants d’une institution qui dissimule ses propres failles derrière des règles rigides, il assume pleinement sa vie amoureuse et déclare : « J’estime qu’il est plus digne de vivre avec une femme, suivant en cela les normes de la nature humaine, que de faire un vœu auquel on manque constamment. Car le peuple aéfien n’est pas dupe ! ». C’est donc la tête haute et guidé par sa seule conscience qu’il choisit de rompre avec l’apparence pour sauver l’essentiel : « Me considérant comme officiellement suspendu, j’ai suspendu ma soutane (...) pour moi l’habit ne fait pas le moine, la soutane ne fait pas l’apôtre ni le prêtre. Je reste l’apôtre de l’Oubangui et de l’Eglise ».
Pour Barthélémy Boganda, l’engagement spirituel n’a jamais pu se dissocier de la lutte pour la dignité de son peuple, une certitude qu’il rappelle avec force face à ses supérieurs : « Pourquoi suis-je entré dans le clergé sinon pour sauver mon pays par la doctrine sociale de l’Eglise et par le sacerdoce ? ». C’est ce même idéal de justice qui le pousse à rejeter le silence complice et l’oppression coloniale, affirmant haut et fort : « Je suis contre la domination d’un peuple par un peuple, contre l’exploitation de l’homme par l’homme, fût-il prêtre, et surtout prêtre ».
[Les citations incluses dans ce texte sont toutes tirées de la lettre de Barthélémy Boganda à Monseigneur Cucherousset datée du 1er Décembre 1949 - Une retranscription de Balaôbêafrîka ]