29/05/2026
TRIBUNE -MAIRIE DE BANGUI : Pourquoi la candidature de Portia Deya-abazene est une erreur politique et morale.
OPINION : Alors que les tractations s'accélèrent pour les élections municipales en République centrafricaine, la course à la prestigieuse mairie de Bangui cristallise toutes les attentions. Parmi les figures qui se bousculent au portillon, le nom de Madame Portia Deya-Abazene, affectueusement surnommée « DAP », revient avec insistance.
Levons d’emblée toute ambiguïté : ce texte n'est en rien une attaque ad hominem. Au contraire, il est impossible de ne pas saluer le courage, le dynamisme et l’engagement de cette femme qui, à bien des égards, a su imposer sa voix dans l'espace public pour la défense des droits et de la représentativité des femmes centrafricaines. Son parcours force le respect. Cependant, en politique, l'admiration ne doit pas aveugler la raison. Soutenir aujourd'hui sa candidature à la tête de la municipalité de Bangui serait un acte d’irrationalité et d’hypocrisie collective. Explications.
LE PIÈGE DE L'OMNIPRÉSENCE : Quand la représentativité devient un monopole
Le premier argument brandi par les partisans de « DAP » est celui de la représentativité féminine. Soit. Mais Portia Deya-Abazene est-elle la seule femme compétente de la République centrafricaine ? L'arbre ne doit pas cacher la forêt.
Inspectrice des douanes, Receveur principal des douanes, Présidente de la Fédération des Associations des Femmes pour l’Entreprenariat en Centrafrique (FAFECA), Présidente de la Fédération centrafricaine de basketball sur fauteuil roulant... La liste de ses casquettes donne le tournis. Si le combat de Mme Deya-Abazene est réellement d'ouvrir la voie aux femmes, pourquoi chercher à monopoliser tous les espaces de pouvoir ?
LE CALCUL EST SIMPLE : Si elle venait à abandonner ou à délaisser ses fonctions actuelles pour s'emparer de la mairie, cela créerait un vide immense et un véritable manque à gagner pour les structures qu'elle dirige déjà.
En s'asseyant sur le fauteuil municipal, elle n'ajouterait pas une femme de plus au sommet de l'État ; elle déplacerait simplement la même figure d'un poste à un autre. Un tel cumul, s'il se prolongeait, ou ce nomadisme institutionnel finirait par transformer un noble combat pour l'émancipation des femmes en une quête de positionnement purement personnelle et égoïste. Pour que la représentativité des femmes progresse, il faut multiplier les visages, non pas saturer l'espace avec le même patronyme.
LES ZONES D'OMBRE DE LA GESTION DE LA FAFECA : L'ALERTE ROUGE !
Au-delà de la question de principe, c'est le profil de gestionnaire de la candidate qui doit être passé au crible. La mairie de Bangui n'est pas un tremplin politique ordinaire ; c'est une institution sinistrée qui exige une transparence absolue, de la technocratie, une diplomatie fine et une capacité de lobbying de haut niveau pour capter les financements internationaux.
Or, la gestion actuelle de Mme Deya-Abazene, notamment à la tête de la FAFECA, suscite de lourdes interrogations que beaucoup n'osent murmurer qu'à voix basse, tétanisés par sa proximité apparente avec les cercles du pouvoir.
Pourtant, les langues se délient dans les couloirs :
LE FLOU DES FINANCEMENTS INTERNATIONAUX : Des subventions importantes, notamment liées aux programmes du Fonds international de développement agricole (FIDA), ainsi que la gestion des fonds alloués aux différents Salons Nationaux de l'Entrepreneuriat Féminin (SANEF), font l'objet de vives critiques internes.
L'ÉCOSYSTÈME DU CLIENTÉLISME : Plusieurs indiscrétions font état de ressources financières qui profiteraient prioritairement à un premier cercle de fidèles et à son entourage immédiat, plutôt qu’à la base des femmes entrepreneures du pays profond.
Après les années sombres et la gestion tumultueuse qu'a connue la municipalité sous l'ère d'Émile Gros-Raymond Nakombo, la capitale et le personnel municipal – trop longtemps sevrés de salaires réguliers et de considération – ne peuvent pas se payer le luxe d'une nouvelle gouvernance opaque. Le prochain maire de Bangui doit être au-dessus de tout soupçon de malversations ou de népotisme.
LE CHOIX DE LA GRANDEUR : SOUTENIR PLUTÔT DE RÈGNER.
Madame Portia Deya-Abazene a une occasion historique de donner un sens noble et désintéressé à son engagement. Si sa lutte est sincère, elle doit comprendre que le profil idéal pour redresser Bangui exige d'autres compétences managériales et une neutralité managériale qu'elle ne peut garantir aujourd'hui.
Le choix de la sagesse et de l'histoire est pourtant simple : QUE « DAP » DEVIENNE UNE FAISEUS DE REINES.
En parrainant et en soutenant une autre femme leader, technocrate, experte en développement urbain ou en finance internationale pour briguer la mairie, elle ferait double coup gagnant :
1. Elle maintiendra son influence et son efficacité dans les postes stratégiques qu’elle occupe déjà.
2. Elle propulsera une nouvelle figure féminine au sommet, prouvant ainsi que son combat n'est pas dicté par l'orgueil, mais par l'intérêt supérieur de la femme centrafricaine.
Si elle s'obstine dans cette course, le commun des mortels et l'histoire en déduiront, hélas, la pire des conclusions : que tout ce plaidoyer pour le genre n'était qu'un habile paravent pour assouvir des ambitions personnelles. Ce serait un immense gâchis pour la cause des femmes en République centrafricaine.
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