11/06/2026
🔴AFFAIRE KOUMASSI CAMPEMENT |
🇨🇮 JOSIASSE ASSEMON:
« Lorsqu’on lit, par exemple, le communiqué qui nous a été produit, il y a une partie qui est très intéressante. Moi, c’est la première fois que je vois l’État de Côte d’Ivoire nous dire cela.
Peut-être que certains diront que je ne fais pas attention, ou encore : “Vous êtes trop jeune”, comme on l’entend souvent. On nous dit qu’une personne est perdue lorsqu’on n’arrive plus à la retrouver.
Pour ma part, je pense que si c’était, par exemple, un influenceur qui avait tenu ces propos, on l’aurait retrouvé le même jour. Si c’était un homme politique, on l’aurait également retrouvé le même jour.
Heureusement que je suis moi-même actif sur les réseaux sociaux. Chez nous, lorsqu’une vidéo est publiée, il existe ce qu’on appelle une adresse IP. Je pense que le ministère de la Communication ainsi que les services en charge du numérique connaissent parfaitement cet outil.
L’adresse IP permet notamment de localiser l’endroit à partir duquel une publication a été effectuée. Cela signifie que, si l’on se réfère simplement à l’adresse IP ayant servi à publier la vidéo de ce monsieur, dans laquelle il expliquait être le propriétaire de cet espace, on pourrait au moins retrouver une personne proche de lui ou susceptible de permettre de le localiser.
Dire aussi facilement qu’il est disparu ou porté disparu n’est donc pas très convaincant. Cela nous laisse entrevoir quelque chose qui, pour moi, n’était pas forcément évident.
Lorsque l’État n’arrive plus à garantir certaines conditions de vie à ses citoyens, c’est son existence même qui est remise en question. Cela crée au sein de la société de la frustration, du banditisme et toutes sortes de comportements pouvant nuire à la stabilité de l’État.
C’est déjà dangereux.
La première chose que cela laisse comprendre, sur la forme, c’est que quelque chose a échappé à l’État. Pourtant, certaines situations ne devraient jamais lui échapper.
On ne parle pas ici d’Abengourou ou de Korhogo. On parle d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. C’est-à-dire un espace où l’État est censé exercer pleinement son contrôle. Et l’on ne parle même pas d’une zone éloignée : il s’agit de Koumassi, à quelques minutes seulement du Plateau.
Le pouvoir politique est ici. Le Président de la République est ici. Le Premier ministre est ici. Le ministre de l’Intérieur est ici. Le ministre de la Défense est ici. Et pourtant, on nous dit que personne n’a rien vu, rien remarqué, avant qu’une enquête ne révèle que les documents ayant permis ces expulsions n’auraient jamais dû être délivrés parce qu’ils ne reposaient sur aucune base solide.
C’est grave.
Nous ne sommes pas dans un film Netflix. Soit l’État n’arrive plus à maîtriser l’espace sur lequel il exerce son autorité, soit il y a autre chose. Pourtant, l’État de Côte d’Ivoire nous a toujours démontré qu’il était plus fort et plus puissant que cela.
Si nous en sommes arrivés là aujourd’hui, une question mérite d’être posée : que s’est-il réellement passé pendant cet intervalle ? Est-ce que l’État ne savait pas ?
Je ne le pense pas, car plus de 200 agents étaient présents sur les lieux. Ces agents agissaient sous l’autorité de l’État. L’État était donc déjà sur place. Il savait que des démolitions étaient en cours et qu’elles étaient effectuées au profit d’un individu.
Dès lors, pourquoi l’État n’a-t-il pas vérifié dès le départ, dans la forme comme dans le fond, la validité de cette opération ? Pourquoi n’a-t-il pas examiné attentivement les documents présentés afin de constater qu’ils ne justifiaient pas une telle action ?
Ce sont des questions légitimes.
Et au-delà de tout cela, une autre interrogation demeure : qui est réellement derrière ce qui est en train de se passer ?
Aujourd’hui, nous nous rendons compte que M. ALLOUI BROU n’aurait probablement pas dû agir de cette manière. Mais qui lui a fait croire qu’il pouvait procéder ainsi ? Qui l’a conseillé dans cette démarche ?
Au-delà des cinq habitations mentionnées dans le communiqué, il a rasé l’ensemble du terrain.
Lorsqu’on regarde la vidéo qu’il a lui-même diffusée, on constate qu’il agissait avec beaucoup d’assurance. Il déclarait : « Je les ai chassés, j’ai rasé cet endroit parce que je les ai envoyés devant le tribunal et ils ne m’ont pas écouté. »
Cette confiance démontre qu’il était convaincu d’atteindre son objectif. Il croyait pouvoir compter sur un soutien solide, puissant et déterminant.
Dès lors, une question se pose : quel était réellement ce soutien ? Qui était ce “gros caillou” sur lequel il pensait pouvoir s’appuyer ? Et surtout, qui en était le véritable propriétaire ? »