06/01/2026
🖊️---Sauvée par ce vieil homme🥀
Encore un matin, sec et fade.
Salma jeta son sac sur son épaule et grimpa dans le gbaka.
Sans dire mot, elle s’assit et posa ta tête contre la vitre cassée. Le vent du trajet lui fouettait le visage, la réveillant presque de ses rêveries. Les odeurs du matin, elles, étaient insupportables. Mais elle était prête à les supporter pour éviter le regard de ses voisins.
"Nous avons tous des problèmes", grogna-t-elle en elle-même.
— Apprenti, je descends au feu! lança-t-elle en apercevant la cathédrale Saint-André au loin.
Elle se précipita dès que l’apprenti ouvrit la portière arrière.
L’air du matin était encore lourd.
Salma ajusta son foulard et se glissa dans le rang de taxis de Cocody, au lavage de Yopougon.
Un lieu de passage. De fatigue. D’attente.
Les moteurs tournaient au ralenti, les klaxons se répondaient. Les moteurs fatigués. Les visages fermés. Les gens pressés d’aller quelque part sans vraiment savoir pourquoi.
Salma aussi allait quelque part. C’est là qu’elle le vit pour la première fois, et toutes les autres fois.
Aujourd'hui encore Il était déjà là.
Toujours au même endroit.
Un vieil homme au dos légèrement courbé, vêtu simplement, debout comme s’il n’attendait rien.
Ni taxi. Ni quelqu’un.
Quand Salma passa devant lui, tête baissée, il parla.
— Bonjour. Dieu t’aime.
Elle continua de marcher.
Elle avait entendu. Aujourd'hui encore.
Mais son cœur était trop plein pour s’arrêter sur des mots.
Ces derniers mois, Salma ne croyait plus aux phrases simples. Elles étaient creuses et vides de sens. Depuis son divorce, tout avait changé. son cœur était devenu lourd. Si lourd qu’elle se demandait parfois à quoi bon continuer à se lever. mais il le fallait, les charges ne comprenaient pas la tristesse.
Il y a 7 mois elle avait divorcé sans bruit, comme on ferme une porte qu’on n’a plus la force de maintenir ouverte.
Elle avait sombré dans la dépression peu de temps après et perdu son emploi de secrétaire dans la foulée.
Puis, presque naturellement, le soutien de sa famille s’était effrité.Les appels espacés. Les silences plus longs. Comme pour la punir de n'avoir pas écouté leurs injonctions de ne pas quitter ce foyer dans lequel elle était constamment humiliée.
Il ne lui restait que ce contrat temporaire à Cocody. A son comptoir d’accueil. Un contrat temporaire qui semblait vouloir s'éterniser. Où on lui demandait d’offrir un sourire alors qu’elle n’en avait plus pour elle-même.
Dans ce brouhaha de sentiments tortueux quotidiens, il ya avait cependant une constante. Ce vieil homme, et toujours cette phrase.
— Bonjour. Dieu t’aime.
Au début il l'agaçait, puis elle s'en était fit. Elle se surprenait parfois à le chercher des yeux.
Un matin, alors qu’elle se sentait particulièrement vide, Salma ralentit le pas.
— Pourquoi vous dites ça à tout le monde ? demanda-t-elle sans le regarder vraiment.
Il eut un petit rire doux.
— Parce que beaucoup l’ont oublié.
Elle resta silencieuse, repartit.
Ce jour-là, au comptoir, quelque chose elle y repensa et se dit en elle-même "Et moi… l’aurais-je oublié ?"
Elle s'efforça de sourire. Du moins de rendre son sourire naturel. Il était encore maladroit, mais moins lourd.
Le lendemain, elle ne le vit pas. Et le surlendemain non plus. Elle s'inquieta. Demanda à la vendeuse de sandwich. Pas de nouvelles. Toute la journée elle se demanda s'il reviendrait.
Et il fut là le jour suivant. À sa place, dos vouté, sourire toujours aussi large. Il lui dit:
— Bonjour. Dieu t’aime.
Elle lui rendit son sourire suivi d’un “bonjour” timide. Dieu vous aime aussi.
Ce matin-là, en montant dans le taxi de Cocody, elle murmura presque :
— … Dieu m’aime.
Et pour la première fois depuis longtemps, elle y crut.
Parfois, un regard sincère.
Parfois, un simple bonjour, dit avec le cœur,
ne change pas seulement une journée.
Il sauve une vie.
Et rallume une flamme.
Madame Inestimable