02/09/2020
Présidentielle : comment Ouattara joue son va-tout sur l'abstention
Le parti présidentiel projette une victoire de son champion Alassane Ouattara dès
le premier tour du scrutin présidentiel avec un score de 65%. Un calcul qui repose
essentiellement sur l'abstention des régions traditionnellement fidèles à Laurent
Gbagbo.
Alassane Ouattara le 24 août, après le dépôt officiel de sa candidature à la Commission
électorale indépendante.
A moins de deux mois de la présidentielle,
les calculs électoraux et projections en tous
genres accaparent les états-majors des
principaux candidats. Au Rassemblement
des houphouëtistes pour la démocratie et la
paix (RHDP, présidentiel), les cadres
travaillent sur un scénario dans lequel
Alassane Ouattara serait élu dès le premier
tour du scrutin avec un score avoisinant
65 %. Un score particulièrement optimiste
puisque c'est près de 5 points de plus que les
60 % sur lesquels misait le RHDP en cas de
candidature d'Amadou Gon Coulibaly. Ce
chiffre est par ailleurs très éloigné des
projections de plusieurs partis d'opposition,
qui estiment que le score d'Alassane
Ouattara au premier tour ne pourrait
dépasser les 30 %.
Pour arriver à un tel résultat, la formation
présidentielle applique la vieille règle
électorale dite de "l'abstention
différentielle", c'est-à-dire qu'elle anticipe
que près de 30 % du corps électoral ne se
rendra pas aux urnes. Le RHDP va jusqu'à
tabler sur un taux d'abstention supérieur à
30 % dans plusieurs régions du centre-ouest et du Sud, historiquement acquises à
Laurent Gbagbo, qui est originaire du
Centre. Face à un Front populaire ivoirien
(FPI) plus que jamais divisé, le RHDP
estime ainsi que moins d'un tiers des
militants de la formation politique voteront
pour l'actuel secrétaire général du FPI,
Pascal Affi N'Guessan, crédité selon les
calculs du parti présidentiel de moins de
8 % (lors du scrutin de 2015, "Affi" avait
obtenu 9,2 % des voix).
Méthode Coué ou prédiction avisée, le
RHDP calcule que deux tiers des électeurs
du FPI feront quant à eux le choix de
l'abstention. Une anticipation risquée,
puisque plusieurs pro-Gbagbo ont d'ores et
déjà appelé les militants du parti à se rendre
coûte que coûte aux urnes le 31 octobre,
pour faire "barrage au troisième mandat
Alassane Ouattara". Dans le même temps, la
formation présidentielle mise sur une très
importante mobilisation de l'électorat du
Nord au profit du président ivoirien.
L'hypothèse d'un déport des voix qui
devaient se porter sur Laurent Gbagbo vers
Henri Konan Bédié (HKB) au premier tour
est jugée peu crédible par les cadres de la
formation présidentielle. Une alliance a
néanmoins été passée entre les deux
anciens présidents pour faire front commun
contre le RHDP en cas de second round.
Selon les mêmes projections de la
formation présidentielle, le score d'Henri
Konan Bédié serait estimé à 20 %, bien en
deçà des 25 % qu'il avait réalisés en 2010.
Là encore, difficile de distinguer l'analyse du
vœu pieux : en 2015, c'est grâce au soutien
apporté par la formation d'Henri Konan
Bédié que Ouattara avait largement
remporté le scrutin dès le premier tour avec
83,7 %. Un scénario qui ne se renouvellera
pas en octobre : les relations entre les deux
hommes, qui ne s'adressent plus la parole
depuis un an et demi, sont devenues
exécrables, et des proches de Bédié sont
même dans le collimateur du pouvoir, tel
son neveu, le député Olivier Akoto.
Plusieurs cadres du RHDP accusent ce
dernier d'avoir planifié les manifestations
qui se sont tenues à Daoukro les 11 et
12 août. Ces dernières avaient été émaillées
de très violents affrontements, sur fond de
tensions communautaires entre Baoulé et
Malinké.
Enfin, les "petits candidats" à l'instar
d'Albert Toikeusse Mabri ou encore de
Marcel Amon Tanoh sont crédités à moins
de 3 % par le RHDP. L'ensemble des
scénarios de la formation présidentielle
exclut en revanche tout second tour, une
hypothèse qui pourrait favoriser un
ballottage défavorable à Alassane Ouattaraen cas de front commun contre le président
ivoirien
Source : Africa intelligence