09/02/2026
«Mon voile me couvre-t-il la tête ou le cerveau ?»
Tout avait commencé avec cette phrase qui avait résonné dans l’air comme une déclaration de guerre : « Si vous êtes retenue, porterez-vous le voile ? » Dans la salle d’entretien, la tension était palpable. Je scrutais chaque regard, chaque mot avec une attention redoublée.
Cette question du recruteur m’était tombée dessus comme une épée de Damoclès, longtemps suspendue au-dessus de ma tête. Un silence pesant s’était installé dans la pièce, alors que je cherchais les mots justes pour répondre. Mais au fond de moi, cette simple phrase interrogative était une réponse en elle-même ; une question pernicieuse cachant une réponse évidente au sempiternel préjugé qui me collait à la peau.
Était-ce une façon de me dire que je n’allais pas être retenue ? Pourquoi ma tenue vestimentaire devrait-elle me disqualifier ? Mon voile me couvre-t-il la tête ou le cerveau ? Des questions tourbillonnaient dans mon esprit, emplissant chaque recoin de ma réflexion.
Mais je refusais d’abdiquer devant les attentes et les stéréotypes imposés par la société.
À sa question, je me suis simplement contentée de répondre, en le regardant droit dans les yeux, déterminée et fière : « Je ne porte pas le voile pour les
humains. Je n’ai donc aucune intention de l’enlever. »
Ces mots, prononcés avec assurance, dégageaient une force tranquille. Dans ce moment de vérité, je refusais de sacrifier mon identité, ma liberté de choix, sur l’autel des préjugés. J’étais bien plus qu’un simple voile, bien plus qu’une apparence. J’étais une femme qu’il fallait regarder à l’aune de son humanité !
C’est ainsi que commençait mon histoire, dans cette salle d’entretien où les barrières de l’incompréhension et de la discrimination étaient subitement apparues. Une histoire de défis, de courage et de lutte pour la reconnaissance de ma particularité.
Le chemin qui s’étendait devant moi était incertain, semé d’obstacles et de préjugés à affronter. Mais j’étais prête à faire face à chaque défi, à braver les vents contraires, et à prouver, par-delà les apparences, que ma valeur ne saurait se limiter à un simple morceau de tissu.
Certes, je portais cette fierté, mais en même temps j’étais morte d’inquiétude. Allais-je trouver un emploi, me réaliser dans cette société in-tolérante ? Toutes ces réflexions ont duré le temps d’un clin d’œil, le temps que la couleur du regard de l’examinateur change. Je m’étais levée, sans lui accorder le moindre regard, et avais franchi le seuil de la porte sans me retourner.
´´Le destin de la fille voilée ´, Aïcha Ouattara. Disponible via ce lien https://wa.me/c/22556176310