26/08/2026
🚨 54 VOIX : UNE PUISSANCE OU UNE MONNAIE D’ÉCHANGE ?
J’ai écouté attentivement Samuel Eto’o sur CNN.
Je respecte le footballeur. Je respecte aussi le président de fédération qui dit défendre les intérêts de son continent.
Mais son raisonnement me laisse perplexe.
Samuel Eto’o nous explique très bien ce que l’Afrique pourrait recevoir du projet avorté d’Infantino : plus d’argent, plus d’infrastructures, plus de moyens pour développer nos talents.
Soit.
Mais il oublie une question essentielle :
Qu’allons-nous céder en échange ?
Car un investisseur privé n’entre pas dans le football mondial pour développer le football camerounais, sénégalais ou africain.
Il investit pour gagner de l’argent.
C’est aussi simple que cela.
On nous parle donc beaucoup de ce que l’Afrique pourrait recevoir aujourd’hui. Beaucoup moins de ce que le football devra céder demain.
Et avant d’en réclamer davantage, il y a une autre question, plus dérangeante, que nos dirigeants devraient se poser :
Cela fait des années que l’argent de la FIFA arrive en Afrique. Qu’en avons-nous réellement fait ?
Où sont nos championnats professionnels puissants ?
Où sont nos clubs financièrement autonomes ?
Où sont nos académies structurées ?
Où sont nos centres techniques performants ?
Où est cette industrie africaine du football capable de créer elle-même de la richesse ?
Voilà le vrai problème.
Le développement du football africain ne se mesure pas seulement à l’argent que nous recevons.
Il se mesure surtout à ce que nous sommes capables d’en faire.
Et puis il y a ces fameuses 54 voix africaines.
54 voix, c’est une puissance électorale considérable.
Mais une puissance pour quoi faire ?
Pour négocier davantage d’argent auprès de la FIFA ?
Pour soutenir Gianni Infantino aujourd’hui en espérant davantage de redistribution demain ?
Ou pour imposer enfin une véritable vision africaine du football ?
Parce que l’indépendance du football africain ne viendra pas de sa capacité à tendre davantage la main.
Elle viendra de sa capacité à produire, à construire et surtout à mieux gérer.
Nos 54 voix devraient être un levier d’émancipation. Pas une monnaie d’échange.
À force de croire que recevoir plus d’argent signifie forcément se développer, on finit par passer à côté de l’essentiel.
L’argent arrive depuis des années.
Notre dépendance, elle, est toujours là.
Et si, pour obtenir encore davantage aujourd’hui, nous devons commencer à céder une partie du patrimoine économique du football mondial, alors posons-nous la vraie question :
Qu’est-ce qu’il nous restera demain ?
Parce qu’on ne construit pas son indépendance en vendant, petit à petit, ce qui devrait justement nous permettre de l’acquérir.
Et au fond, Samuel Eto’o n’est pas le véritable sujet.
La question s’adresse aux 54 fédérations africaines :
Que voulons-nous faire de notre poids électoral ?
Construire notre indépendance ou négocier notre dépendance ?