07/09/2026
đ€đ€đ€ QUAND LâAFRIQUE SâACCUSE ELLE-MĂME, LâUNION AFRICAINE EST INTERPELLĂE. LE PASSAGE Ă UNE VĂRITABLE COMMUNAUTĂ DES ĂTATS AFRICAINS DEVIENT IMPĂRATIF.
Les Ă©vĂ©nements rĂ©cents au Niger viennent une nouvelle fois nous rappeler une rĂ©alitĂ© prĂ©occupante : lâAfrique demeure profondĂ©ment divisĂ©e. Des Ătats africains aujourdâhui se comportent comme des adversaires alors mĂȘme quâils appartiennent Ă la mĂȘme organisation continentale, lâUnion africaine.
Ă la suite de la mutinerie survenue Ă Niamey fin aoĂ»t 2026, un officier nigĂ©rien a publiquement Ă©voquĂ© lâexistence dâun complot international et mis en cause plusieurs pays, dont le Tchad. Ces accusations, rapportĂ©es dans la presse, ne sont toutefois pas, Ă ce jour, accompagnĂ©es de preuves publiques et vĂ©rifiables permettant dâĂ©tablir la responsabilitĂ© du Tchad. Cette mise en cause est dâautant plus surprenante que le Tchad a, au cours des derniĂšres annĂ©es, engagĂ© ses forces dans plusieurs opĂ©rations africaines de lutte contre le terrorisme et dâappui Ă la paix au sahel, au prix de la vie de plusieurs de ses soldats. Comment des Ătats africains, membres dâune mĂȘme organisation continentale, peuvent-ils en arriver Ă sâaccuser publiquement de dĂ©stabilisation sans quâune vĂ©ritable institution africaine ne soit immĂ©diatement saisie ou que l'Union Africaine ne se saisisse de l'affaire pour Ă©tablir les faits et entendre les parties?
Que se disent rĂ©ellement les Ătats africains au sommet de lâUnion africaine ?
LâUnion africaine a prĂ©cisĂ©ment Ă©tĂ© créée pour favoriser la paix, la solidaritĂ©, la coopĂ©ration et lâintĂ©gration du continent. Lorsquâun Ătat africain accuse un autre de soutenir une mutinerie, une insurrection ou une tentative de coup dâĂtat, il ne sâagit plus dâune simple querelle diplomatique. Une telle accusation touche Ă la souverainetĂ© des Ătats, Ă leur sĂ©curitĂ© nationale et potentiellement Ă la paix entre nations africaines. Dans ces circonstances, lâUnion africaine ne devrait pas seulement observer. Elle devrait ĂȘtre capable dâagir, dâenquĂȘter, de rapprocher les parties et de contribuer au rĂšglement du diffĂ©rend. Car si chaque gouvernement peut accuser publiquement un autre gouvernement africain de soutenir une insurrection sans quâune vĂ©ritable instance continentale puisse intervenir efficacement, lâAfrique risque de devenir un espace permanent de suspicion, de mĂ©fiance et de rivalitĂ©s, y compris entre les peuples appelĂ©s Ă vivre, travailler et voyager sur le mĂȘme continent.
LâUnion africaine doit ĂȘtre le lieu oĂč les diffĂ©rends africains sont examinĂ©s par les Africains, et non simplement un espace oĂč les dirigeants se rĂ©unissent pĂ©riodiquement pour prononcer des discours.
NOS DIRIGEANTS DOIVENT AUSSI REGARDER NOS PROPRES RĂALITĂS
Lorsquâune mutinerie, une tentative de coup dâĂtat ou une insurrection survient dans un pays africain, la tentation est souvent de rechercher immĂ©diatement une main Ă©trangĂšre. Certes, les ingĂ©rences Ă©trangĂšres existent et appartiennent Ă lâhistoire de nombreux Ătats. Mais devons-nous continuellement expliquer nos crises politiques uniquement par lâaction des puissances Ă©trangĂšres ?
Imaginons un instant quâune puissance Ă©trangĂšre souhaite dĂ©stabiliser les Ătats-Unis, P
pourrait-elle simplement appeler quelques militaires amĂ©ricains et leur demander de renverser leur gouvernement ? Ce serait quasiment impossible, parce quâun Ătat solide repose sur des institutions fortes, une armĂ©e rĂ©publicaine, une administration efficace, une Ă©conomie capable de crĂ©er des perspectives et un systĂšme politique suffisamment lĂ©gitime pour rĂ©sister aux chocs.
En fait, plus nos Ătats sont fragiles, plus ils dĂ©pendent des hommes plutĂŽt que des institutions fortes et plus ils deviennent vulnĂ©rables aux crises internes. Le vĂ©ritable combat ne doit donc pas seulement consister Ă rechercher qui se trouve derriĂšre chaque tentative de dĂ©stabilisation. Il doit aussi consister Ă construire des Ătats avec des institutions suffisamment fortes pour que personne, de lâintĂ©rieur comme de lâextĂ©rieur, ne puisse les dĂ©stabiliser.
*CONSTRUIRE DES ĂTATS FORTS POUR BANNIR LES COUPS DâĂTAT*
Un jeune militaire qui voit son pays en guerre depuis des annĂ©es, une population appauvrie, des institutions fragiles, une jeunesse sans emplois, sans perspectives et une administration incapable de rĂ©pondre aux besoins essentiels peut devenir plus sensible aux frustrations et aux discours de rupture. Les dirigeants africains doivent donc travailler Ă rendre leurs Ătats bien dĂ©veloppĂ©s avec des institutions plus fortes que les hommes. Un Ătat qui fonctionne correctement, garantit la justice, protĂšge ses citoyens, offre des emplois, des perspectives Ă sa jeunesse, lutte contre la corruption et assure effectivement la sĂ©curitĂ© de son territoire devient beaucoup plus difficile voire impossible Ă dĂ©stabiliser.
LâAfrique doit, ainsi, passer dâune politique de rĂ©action aux crises Ă une vĂ©ritable politique de construction des Ătats et de consolidation des institutions. Cette transformation ne peut pas ĂȘtre uniquement nationale mais continentale. Lorsquâun problĂšme touche un pays africain, il ne devrait pas toujours ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une affaire strictement intĂ©rieure mais interpeller toute l'Afrique. Lorsquâune crise touche le Sahel, par exemple, elle concerne naturellement le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso, le Nigeria, la Libye et les autres Ătats de la rĂ©gion. Le terrorisme, les trafics, les mouvements de populations, les crises politiques, les rĂ©seaux criminels et les menaces sĂ©curitaires ignorent les frontiĂšres.
Le Tchad lui-mĂȘme a engagĂ© ses forces dans diffĂ©rents théùtres africains pour contribuer Ă la lutte contre le terrorisme et Ă la sĂ©curitĂ© collective. Alors pourquoi continuer Ă penser lâAfrique comme une addition dâĂtats isolĂ©s qui ne se sentent concernĂ©s par les problĂšmes de leurs voisins quâune fois que ces problĂšmes ont franchi leurs frontiĂšres ?LâAfrique doit changer dâĂ©chelle.
IL FAUT PASSER DE LâUNION AFRICAINE Ă LA COMMUNAUTĂ DES ĂTATS AFRICAINS
Le rĂȘve panafricain ne doit pas ĂȘtre abandonnĂ©. Il doit ĂȘtre approfondi. LâUnion africaine a constituĂ© une Ă©tape historique importante, mais lâambition panafricaine ne peut pas sâarrĂȘter Ă une organisation dont le fonctionnement demeure largement intergouvernemental et dont lâefficacitĂ© connaĂźt dâimportantes limites.
LâAfrique doit dĂ©sormais rĂ©flĂ©chir Ă une nouvelle Ă©tape de son intĂ©gration : la crĂ©ation dâune vĂ©ritable CommunautĂ© des Ătats africains, une communautĂ© des peuples africains et de non des chefs d'Etats avec, Ă terme, lâambition de parvenir aux Ătats-Unis dâAfrique. Cette Ă©volution ne devrait pas ĂȘtre un simple changement de nom. Elle devrait reposer sur des conditions dâadhĂ©sion rigoureuses, exigeant des Ătats membres des institutions nationales fortes, un Ătat de droit effectif, une justice crĂ©dible, une gouvernance responsable et la capacitĂ© rĂ©elle de respecter les engagements communautaires. En contrepartie, les Ătats doivent accepter de transfĂ©rer certaines compĂ©tences Ă des institutions communautaires fortes, indĂ©pendantes et dotĂ©es de vĂ©ritables moyens dâaction. La CommunautĂ© devrait, Ă©galement, conduire Ă une rationalisation des organisations sous-rĂ©gionales. Elle doit de les intĂ©grer progressivement dans une architecture continentale cohĂ©rente afin dâĂ©viter la multiplication des espaces de dĂ©cision et des divisions institutionnelles. Une telle organisation changerait profondĂ©ment la maniĂšre dont lâAfrique gĂšre ses crises. Lorsquâun Ătat africain accuse un autre Ătat de dĂ©stabilisation, lâaffaire ne sera plus seulement bilatĂ©rale : elle deviendra une affaire communautaire. L'institution africaine compĂ©tente devra enquĂȘter, entendre les parties, Ă©tablir les faits, prĂ©venir lâescalade et rechercher une solution. Ainsi, au lieu que chaque Ătat se tourne vers des puissances extĂ©rieures pour dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts ou rĂ©gler ses diffĂ©rends, les Africains disposeraient enfin dâune institution commune capable de traiter les problĂšmes africains. Lâobjectif est simple : passer dâune Afrique qui se rĂ©unit Ă une Afrique qui agit ; dâune Afrique qui coopĂšre Ă une Afrique qui partage une vĂ©ritable communautĂ© de destin politique, Ă©conomique, sociale, culturelle. Si cette Ă©tape est rĂ©ussie, lâambition des Ătats-Unis dâAfrique ne sera plus un simple rĂȘve panafricain, mais lâaboutissement logique dâune intĂ©gration construite progressivement, autour dâĂtats forts, dâinstitutions fortes et dâune vĂ©ritable communautĂ© politique africaine.
Me TIZI Joël, Leader de société civile