27/06/2026
VIII
Techno Monde, présentement le 1er janvier 3099 dans le futur.
Point de vue Nicole
Bon sang, me voilà encore à me préparer pour une mission d'Urban climbing sur l'un des plus hauts gratte-ciels de Technomonde. Pourquoi faut-il toujours attendre la nuit, précisément lorsque j'ai le plus sommeil, pour nous envoyer en mission d'espionnage ? Et en plus, je suis la plus jeune de l'équipe, c'est vraiment exaspérant !
Je ne cesse de maugréer intérieurement alors que je survole les immeubles et maisons de la ville, suivant mes compagnons de mission, bien plus enthousiastes à l'idée de réussir cet objectif. Nous atteignons presque la zone lumière, un secteur sous contrôle gouvernemental, lorsque, par inattention, je trébuche sur mon skateboard aérien à réaction et atterris lourdement sur une dalle. Heureusement, je ne me suis pas trop blessée. Et, par chance, nous ne sommes pas encore repérés. Allongée au sol, je vérifie si je me suis fait mal aux fesses. Mes compagnons, Bobby et Christopher, se ruent vers moi, moqueurs. J'ai tellement envie de leur tordre le cou, mais face à Christopher, un cyborg extraordinairement talentueux doté d'armes sophistiquées, je n'aurais aucune chance. Quant à Bobby, bien qu'humain, il adore plaisanter, mais il ne faut pas le sous-estimer, il est tout aussi doué. Je les observe ricaner lorsque Marine me tend la main pour me relever.
— Pas trop mal, Nicole ? me demande-t-elle.
Je fixe son visage de jaguar, ses longues canines et sa moustache noire sur un museau rouge. Je dois avouer que je ne suis pas particulièrement à l'aise avec les hybrides, ces êtres mi- humains, mi- animaux. Leur apparence de chauve-souris me met mal à l'aise, mais leur moralité irréprochable m'oblige à les respecter.
— Ça va, ça va, lui réponds-je d'une voix serrée, tandis qu'elle me fait un clin d'œil. Les autres continuent de se moquer de moi, ce qui m'exaspère encore plus. Marine, sentant la tension monter, tente de désamorcer la situation, mais cela risque encore de mal tourner.
— Ne fais pas attention, les garçons ne savent jamais quand il faut être sérieux, me dit-elle.
— Je n'en doute pas, répliqué-je juste avant que Christopher ne me taquine à nouveau.
— Eh, Miss Nic ! Tu ne t'es pas brisée au moins ? Me nargue-t-il.
— Espèce de tas de ferraille, occupe-toi de tes affaires ! Lancé-je, le visage contracté par la colère.
— Pas plus que tes fesses, hihihi ! me lance-t-il, soutenu par Bobby. Mais je ne me laisse pas faire.
— Et alors ? Au moins, j'ai de la chair, moi ! Et toi, espèce de seconde race ? Je l'attaque verbalement, mais je réalise que je suis allée trop loin. Tous me regardent comme si j'étais une sorcière humaine maléfique. Certes, je peux être mal élevée, mais je n'aime pas qu'on me provoque. Irrité, Christopher me lance des balles que j'esquive habilement. C'est alors qu'un rayon de lumière s'approche de nous, nous forçant à effectuer une roulade arrière et à nous cacher derrière un muret de briques. Je remarque alors que mon épaule saigne. Bon sang, je l'ai bien cherché !
Heureusement, Marine sort son rouge à lèvres laser et détruit le drone qui s'approchait de nous. Nous sortons alors tous nos ComPoudriers (version masculine et féminine) pour changer de tenue. Je fais de mon mieux pour dissimuler ma blessure aux autres. Nous remontons ensuite sur nos skateboards en direction du gratte-ciel Fr+3099, siège de la techno-justice à la cour suprême. Une fois à proximité, j'utilise le mécanisme intégré à mon pantalon pour lancer un câble rétractable qui s'accroche à une fenêtre, comme mes camarades. Nous escaladons le gigantesque immeuble jusqu'à atteindre la fenêtre de la salle Fr+3099. Bobby donne un puissant coup de pied pour la briser, et nous pénétrons à l'intérieur. Cachés dans le plafond, nous retenons notre respiration, comme nous l'a conseillé Marine.
— Je sens l'odeur d'un humain. Quelqu'un approche. Marine, grâce à ses sens hybrides, détecte l'arrivée de quelqu'un. Les hybrides ont un odorat extrêmement développé et une vue perçante.
Calmes et attentifs, nous observons par un trou dans le plafond. La porte d'entrée se déverrouille et un greffier entre, sans se douter de notre présence. Il commence à converser au téléphone, en allemand. Par chance, je parle couramment plus de 7 langues, ce qui me distingue des autres. Je comprends donc ce qu'il dit.
— Allô ! lance-t-il en tirant une bouffée de sa cigarette. Allô ! Veuillez laisser un message sur notre répondeur, et M. Cowan vous rappellera très vite.
Il poursuit en allemand, mentionnant avoir en sa possession des documents importants.
Le document renferme un secret que seuls les adeptes de la Société pour la Recherche Miraculeuse détiennent. John, autrefois espion d’une agilité et d’une importance inégalées, le seul humain à avoir obtenu la faveur du Directeur Général de l’ARM, avait réussi à mettre la main dessus. Le problème, c’est qu’au commencement, la Société du Monde détenait un pouvoir absolu, surpassant toutes les autres sociétés secrètes de Technomonde. Les humains se surpassaient, et le fondateur, créateur à la fois de la société et des différentes races, n’avait pu, après sa mort, maintenir l’équilibre. Trop de rivalités avaient émergé : les machines parvinrent à s’autogérer, tandis que les créatures hybrides apprenaient à se mouvoir et à raisonner, dépassant même l’intelligence humaine. Un traité de paix fut signé, et la guerre prit fin. Cependant, en coulisse, chaque société poursuivait ses expérimentations au profit de sa propre espèce. L’expérience phare restait la quête de l’immortalité. Toutes espéraient déjouer le cours naturel de la mort, en créant une potion de résurrection. Or à côté de cela, apparut une autre race incompréhensible ; ou plutôt dire des humains que tout Technomonde ne comprenait pas. Ils avaient fait des expérimentations mais aucun résultat. C’étaient des Hommes dotés de pouvoirs surnaturels, surhumains. Ils commencèrent normalement à émerger et à s’adapter avec les autres races jusqu’au jour où, ils commençaient à mettre leur dons au service du mal, dans la délinquance que les jeunes faisaient. Très vite, les trois supers grands après une réunion, avaient décidé de les éliminer parce qu’ils représentaient une menace pour le monde. Mais jusqu’en l’an 3099, aucun succès concret n’avait été enregistré. Or, derrière ces recherches, l’ARM, régime autoritaire formait des plans secrets pour dominer toutes les races humaines et hybrides restantes, afin de les réduire en esclavage. Ce sont ces plans que John découvrit. Ce jour-là, il se sentit profondément trahi. Inquiet de ce que le futur réservait au monde, pas seulement sa famille mais aussi le reste du monde, il décida de dévoiler la vérité. Mais il fut surpris en flagrant délit, la main voulant remettre les documents confidentiels. Il fut arrêté par son propre groupe et torturé jusqu’à sa mise à mort, à son domicile, il y a sept ans. Heureusement, avant son arrestation, il avait envoyé une copie des documents à son meilleur ami, un agent de la SM. Hélas, parler de société secrète implique aussi trahisons et manipulations. Ce document fut partagé de proche en proche, jusqu’à tomber entre de mauvaises mains. L’ARM, bien qu’ayant arrêté John, soupçonnait un partage ultérieur. Elle mit donc tout en œuvre pour récupérer les copies, allant jusqu’à organiser une véritable mascarade. Pire encore, l’ami de John, Scott le mari de sa sœur Gisèle cachée à l’autre bout de Technomonde, en apparence fidèle, se révéla être un traître hypocrite. Il recontacta l’ARM pour les faire chanter, réclamant des rançons en échange de son silence. Ce chantage durait depuis plus de sept ans. Quant à la famille de John, qu’il avait pourtant confiée aux bons soins de cet ami, elle fut brisée. Seule Nicole, sa fille, fut intégrée à la Société du Monde peu après l’inhumation de son père. Sa mère disparut dans un massacre, présumée morte. Son frère, lui aussi, disparut dans le sud-ouest de Technomonde. Nicole grandit seule, avec en tête une seule idée : elle n’était qu’une orpheline, sans père ni mère. Il ne lui restait plus qu’un nom à retenir : celui du traître, Scott, son oncle, et de Gisèle, sa tante.
Après avoir râlé, il raccroche, marmonnant quelque chose à propos de ce qu'il doit faire. Puis il sort, et la porte se verrouille automatiquement derrière lui. Nous descendons du plafond, et Bobby et Christopher m'assaillent de questions.
— Tu as compris ce qu'il a dit ?
— Que vient-il de dire, Nicole ? m'interrogent-ils en chœur. Prenant un air supérieur, je leur réponds.
— Rien de très intéressant. Il a juste mentionné qu'il avait les documents de Grey Sardin.
— C'est une information capitale ! rétorque Marine. Nous savons maintenant que ce criminel sera condamné demain. Elle continue de renifler les objets environnants.
— Je ne comprends pas pourquoi on nous a envoyés pour simplement vérifier le bon déroulement de sa condamnation... On sait déjà qu'il sera condamné à perpétuité, non ? Dis-je, sceptique.
— Ne sois pas trop sûre de toi, Nicole. Grey Sardin est un criminel extrêmement dangereux, il pourrait bien s'échapper de prison, me répond Marine.
— Cause toujours, marmonné-je, exaspérée. De toute façon, on devra veiller sur sa cellule cette nuit, ajoute Christopher.
Bobby ricane, et j'ai une fois de plus envie de les étrangler. Finalement, Christopher n'avait pas tout à fait tort, car nous avons effectivement passé la nuit à surveiller la cellule de Grey Sardin, déguisés en policiers.
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