26/08/2026
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SEPT FÉMINICIDES EN SEPT JOURS. CETTE FOIS, JE VEUX PARLER AUX HOMMES.
Sept féminicides recensés en sept jours au Cameroun.
Sept femmes.
Et pendant que nous comptons encore les mortes, je sais déjà ce que nous allons recommencer à dire.
On va dire aux femmes :
« Pars dès le premier coup. »
« Fais attention aux signes. »
« Ne reste pas avec un homme violent. »
« Dénonce. »
« Fuis. »
Oui.
Une femme en danger doit se protéger.
Une femme menacée doit chercher de l'aide.
Une femme frappée doit pouvoir partir.
Il faut le dire.
Mais cela fait des années que nous le disons.
Et les femmes continuent de mourir.
Alors aujourd'hui, je ne veux pas parler aux femmes.
Je veux parler aux hommes.
Parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans notre manière de poser le problème.
Chaque fois qu'une femme est tuée, nous recommençons à lui expliquer, à elle, ce qu'elle aurait dû faire pour ne pas mourir.
Pourquoi elle n'est pas partie ?
Pourquoi elle est revenue ?
Pourquoi elle est restée ?
Pourquoi elle n'a pas dénoncé ?
Pourquoi elle lui a encore ouvert la porte ?
Pourquoi elle l'a provoqué ?
Pourquoi elle ne l'a pas vu venir ?
Toujours elle.
Toujours ce qu'elle aurait dû faire.
Mais quand est-ce qu'on va sérieusement parler à celui qui tue ?
Quand est-ce qu'on va parler au garçon avant qu'il ne devienne cet homme-là ?
Quand est-ce qu'on va apprendre à nos fils qu'une femme ne leur appartient pas ?
Alors aujourd'hui, je parle à l'homme.
Écoute-moi bien.
Une femme ne t'appartient pas.
Elle ne t'appartient pas parce qu'elle est ta femme.
Elle ne t'appartient pas parce qu'elle est la mère de tes enfants.
Elle ne t'appartient pas parce que vous vivez ensemble.
Elle ne t'appartient pas parce que tu l'entretiens.
Elle ne t'appartient pas parce que tu as payé son loyer.
Elle ne t'appartient pas parce que tu l'as aidée.
Et la dot ne fait pas d'une femme ta propriété.
Une femme n'est pas une dette que tu as achetée.
Elle ne te doit pas son corps parce que tu dépenses pour elle.
Elle ne te doit pas son amour parce que tu l'as aimée.
Elle ne te doit pas sa présence parce qu'elle t'a autrefois choisi.
Et surtout :
elle ne te doit jamais sa vie.
Elle veut partir ?
Elle part.
Elle ne t'aime plus ?
Tu souffres.
Elle choisit quelqu'un d'autre ?
Tu souffres.
Elle demande le divorce ?
Vous vous séparez.
Elle refuse de coucher avec toi ?
Tu acceptes son refus.
Elle te dit non ?
C'est non.
Tu peux être blessé.
Tu peux être humilié.
Tu peux être en colère.
Tu peux pleurer.
Tu peux avoir besoin d'aide.
Tu peux avoir besoin de t'éloigner.
Tu peux avoir besoin de parler.
Mais écoute bien ceci :
aucune douleur que tu ressens ne te donne un droit sur la vie d'un autre être humain.
Une rupture n'est pas une condamnation à mort.
Une infidélité n'est pas une condamnation à mort.
Une humiliation n'est pas une condamnation à mort.
Un refus n'est pas une condamnation à mort.
Un divorce n'est pas une condamnation à mort.
Et un meurtre conjugal n'est pas une "affaire de couple". C'est un crime.
Il faut que nous arrêtions également de confondre certaines choses.
La jalousie n'est pas l'amour.
La surveillance n'est pas l'amour.
L'interdiction n'est pas l'amour.
La possession n'est pas l'amour.
La peur n'est pas le respect.
Et la violence n'est pas l'autorité.
Tu ne deviens pas plus homme parce qu'une femme a peur de toi.
Tu ne deviens pas plus homme parce que tu contrôles son téléphone.
Tu ne deviens pas plus homme parce que tu lui interdis de sortir.
Tu ne deviens pas plus homme parce que tu décides avec qui elle peut parler.
Tu ne deviens pas plus homme parce que tu peux la frapper.
La force d'un homme ne se mesure pas à sa capacité de dominer quelqu'un de plus vulnérable que lui.
Et la violence ne commence pas le jour où quelqu'un sort un couteau.
Elle commence souvent bien avant.
Quand tu contrôles son téléphone.
Quand tu surveilles ses déplacements.
Quand tu l'isoles de ses proches.
Quand tu l'empêches de travailler.
Quand tu la menaces.
Quand tu lui dis :
« Si tu me quittes, tu vas voir. »
Quand tu lui dis :
« Si je ne peux pas t'avoir, personne ne t'aura. »
Quand tu la frappes une première fois.
Et qu'ensuite tout le monde autour de vous dit :
« Ce sont les problèmes de couple. »
Non.
À partir du moment où quelqu'un vit dans la peur de celui avec qui il partage sa maison, nous ne sommes plus simplement devant une dispute de couple.
Nous sommes devant un danger.
Et maintenant, je veux parler à l'homme qui ne frappe aucune femme.
Oui, toi aussi, tu es concerné.
Parce que cette conversation ne concerne pas seulement l'homme qui lève la main.
Elle concerne aussi celui qui regarde son ami menacer une femme et qui rigole.
Celui qui sait que son frère frappe sa femme et qui dit :
« Je ne veux pas entrer dans leurs histoires. »
Celui qui entend :
« Si elle me quitte, je vais la tuer »
et qui répond :
« Mon frère, calme-toi seulement. »
Puis qui rentre dormir.
Elle concerne le père qui sait que son fils terrorise une femme mais qui demande à cette femme de patienter.
Elle concerne la mère qui dit :
« Les hommes sont comme ça. Supporte pour tes enfants. »
Elle concerne la famille qui transforme des violences graves en petite réunion familiale pour sauver les apparences.
Elle concerne les amis qui excitent un homme blessé :
« Tu vas laisser une femme te manquer de respect comme ça ? »
Non.
Il faut que des hommes commencent à arrêter des hommes.
Il faut qu'un homme puisse regarder son frère dans les yeux et lui dire :
« Ce que tu fais est dangereux. Arrête. »
Il faut qu'un ami puisse retirer son ami d'une situation lorsqu'il le voit perdre le contrôle.
Il faut qu'un père puisse dire à son fils :
« Je ne protégerai jamais ta violence. »
Il faut que nous arrêtions de couvrir la violence masculine au nom de l'amitié, de la famille, du foyer, de la honte ou de la réputation.
Parce qu'à partir du moment où tu sais qu'une vie est en danger, ton silence n'est plus de la neutralité.
Et surtout, il faut commencer avant.
Bien avant.
Par nos garçons.
Il faut apprendre à un garçon qu'on peut lui dire non.
Qu'une fille peut ne pas le choisir.
Qu'une femme peut cesser de l'aimer.
Qu'une personne qu'il aime peut partir.
Et que cela ne détruit pas sa dignité.
Apprenons à nos garçons à perdre.
À être déçus.
À supporter une frustration.
À gérer une colère.
À entendre non.
À pleurer sans avoir honte.
À demander de l'aide.
À partir d'une situation avant de perdre le contrôle.
Apprenons-leur qu'ils n'ont pas besoin de posséder une femme pour être des hommes.
Parce qu'un garçon à qui l'on apprend que son honneur dépend de son pouvoir sur une femme risque de devenir un homme qui vit le départ de cette femme comme une humiliation insupportable.
Et cela aussi, il faut le casser.
Ta masculinité n'est pas enfermée dans le corps d'une femme.
Ta dignité ne se trouve pas entre ses jambes.
Ton honneur ne dépend pas de son obéissance.
Une femme qui te quitte ne t'enlève pas ta valeur.
Une femme qui te dit non ne t'enlève pas ta virilité.
Une femme qui ne veut plus de toi ne t'enlève pas ta vie.
Alors tu n'as aucun droit de prendre la sienne.
Et je veux parler aussi à celui qui, en ce moment même, sent qu'il pourrait passer à l'acte.
Si tu sens que ta colère devient dangereuse :
éloigne-toi.
Ne va pas chez elle.
Ne l'attends pas devant chez elle.
Ne la suis pas.
Ne prends pas une arme.
Ne cherche pas cette « dernière discussion ».
Ne conduis pas jusqu'à elle pour « régler ça ».
Appelle quelqu'un.
Va chez quelqu'un.
Mets de la distance.
Demande de l'aide.
Parce qu'entre la colère que tu ressens et l'acte irréparable, il existe encore une décision.
Et cette décision, personne ne peut la prendre à ta place.
Je continuerai à dire aux femmes de reconnaître le danger.
Je continuerai à dire à une femme menacée de chercher de l'aide.
Je continuerai à dire à une femme en danger de protéger sa vie.
Mais je refuse que toute notre prévention consiste à enseigner aux femmes l'art de ne pas se faire tuer.
Parce qu'à force de toujours demander à la victime d'anticiper le crime, on finit par oublier de regarder celui qui le commet.
La prévention doit aussi entrer dans nos familles.
Dans l'éducation de nos garçons.
Dans nos groupes d'amis.
Dans nos quartiers.
Dans nos lieux de travail.
Dans nos communautés.
Elle doit entrer dans notre manière de parler d'amour.
De jalousie.
De virilité.
De séparation.
De refus.
De colère.
De possession.
Et lorsqu'il y a menace ou violence, il faut aussi des institutions qui protègent, une justice qui agit et des sanctions qui s'appliquent.
Parce que l'éducation ne remplace pas la justice.
Et la justice ne remplace pas la prévention.
Il faut les deux.
Mais surtout, il faut agir avant le corps retrouvé.
Avant le couteau.
Avant le dernier coup.
Avant le dernier appel au secours.
Avant que nous mettions encore la photo d'une femme sur les réseaux sociaux en écrivant :
« Plus jamais ça. »
Puis que quelques semaines plus t**d nous recommencions exactement la même conversation.
Sept femmes.
Sept jours.
Et encore une fois, nous pourrions demander :
« Pourquoi elles ne sont pas parties ? »
Moi, aujourd'hui, je refuse de commencer par cette question.
Je demande :
Pourquoi des hommes pensent-ils qu'une femme qui leur échappe mérite de mourir ?
Pourquoi avons-nous encore des garçons qui grandissent en confondant amour et possession ?
Pourquoi attendons-nous le premier coup pour parler de violence ?
Pourquoi attendons-nous le meurtre pour prendre une menace au sérieux ?
Et surtout :
qu'est-ce que nous, les hommes, faisons pour empêcher le prochain homme de devenir celui dont une femme devra fuir ?
Depuis des années, nous apprenons à nos filles à reconnaître le danger.
Très bien.
Continuons.
Mais apprenons aussi à nos fils à ne pas devenir le danger.
Parce qu'une femme qui te quitte ne t'enlève pas ta dignité.
Une femme qui te refuse ne t'enlève pas ta virilité.
Une femme qui ne t'aime plus ne t'enlève pas ta vie.
Alors tu n'as aucun droit de prendre la sienne.
Si tu es un homme et que tu as lu jusqu'ici, ce texte n'est pas contre toi. Il est entre tes mains.
Envoie-le à un frère, à un fils, à un ami. Pas pour l'accuser. Pour qu'il l'entende avant.