21/12/2025
Lettre ouverte à Maahlox
Maahlox,
Il faut se parler avec vérité, sans haine, mais sans hypocrisie non plus.
La réalité est la suivante : tu n’es plus aujourd’hui l’artiste du peuple que beaucoup ont porté, défendu et aimé.
Tu as fait un choix, Celui de préserver ta survie matérielle, ta position et ta visibilité, quitte à sacrifier une part de ton indépendance.
Ce choix t’a rapproché de certains cercles de pouvoir, t’a valu un festival, une reconnaissance tardive, une respectabilité nouvelle auprès de figures comme Samuel Eto’o.
Ce n’est pas un crime, Mais ce n’est pas neutre non plus.
Le peuple lucide comprend très bien les règles de ce pays :
« pour exister, pour rester à la lumière, il faut se courber ».
Beaucoup d’artistes ont fini par accepter cela. Ils sont devenus des relais, parfois malgré eux, parfois consciemment. Des pantins d’un système qui sait très bien comment neutraliser ceux qui dérangent. Et c’est là que le malaise commence.
Ton cas touche davantage parce que tu ne viens pas d’en haut. Tu n’es pas né privilégié. Tu viens de loin. Tu t’es construit dans la lutte, dans la rue, avec une rage, une combativité et un mental de fer que personne ne peut t’enlever. Tu as incarné la voix du ghetto, l’insolence, la résistance culturelle.
Il a pourtant suffi de peu : un festival de musique urbaine à Biyem-Assi, la menace de fermer ton bar, la pression autour de tes biens, pour que le lion se plie. On ne t’a pas laissé plusieurs options. On t’a laissé le seul choix que la jeunesse connaît ici :
« ne pas avoir le choix. Se taire. S’aligner. Soutenir, parfois par silence, parfois par posture, un régime qui a échoué sur presque tous les plans et transformé le pays en un espace de tensions ethniques et tribales permanentes ».
Qu’on soit clair : personne ne souhaite ta mort. Le peuple ne te déteste pas. Il t’aime encore. Il est simplement impuissant face au rouleau compresseur d’Etoudi, ce système qui broie, courbe et finit par coucher tous les gladiateurs populaires.
Dans les jours et les mois à venir, tu recevras une reconnaissance que l’on t’a longtemps refusée. Tu seras invité, célébré, mis en avant. Mais il faut le dire sans naïveté : ce ne sera pas par prise de conscience sincère de ton mérite. Ce sera parce que tu es désormais devenu un allié, un canal, un élément intégré à leur réseau.
Le lion Pouchine est devenu chat.
Non par faiblesse morale, mais par stratégie de survie. Un instrument patiemment converti pour désorienter un peuple qui l’avait porté avec amour.
Tu n’avais pourtant pas besoin de pervertir ton originalité pour une lumière artificielle faite de photos, de champagne et d’amitiés au parfum hypocrite. Ceux qui t’entourent aujourd’hui ne te considèrent pas comme l’un des leurs. Ils te perçoivent comme ce que tu as toujours été : un adversaire redoutable qu’il fallait neutraliser, plier, soumettre.
En réalité, tu tournes le dos à ceux qui te considèrent comme une légende, pour faire allégeance à nos bourreaux communs, simplement afin de préserver ta place au soleil et protéger les fruits de ton dur labeur. C’est humain. Mais c’est un renoncement.
Tes publications répétées, dirigées contre des adversaires souvent imaginaires, ressemblent moins à des provocations qu’à une musique intérieure destinée à couvrir une gêne, peut-être une honte silencieuse.
Malgré tout, il faut le dire sans détour : nous t’aimons encore.
Pour beaucoup, tu restes la légende de la rue, du ghetto, de ceux qui n’avaient pas de voix. Tu n’as rien à envier aux puissants de ce pays. Mais nous savons aussi que tu es un homme, que tu dois vivre, manger, protéger ce que tu as construit.
Tu n’es pas Thomas Sankara.
Tu es Maahlox.