09/08/2026
Rencontre avec Élisabeth BORNE
autour de son ouvrage :
« Réveillons-nous - Appel à un rassemblement démocratique »
Le journal le RADICAL était invité par DVR et présent.
Le 22 juin 2026, le président du cercle de réflexion départemental de la Haute-Garonne de l'association Démocratie Valeur Républicaine (DVR) a organisé une rencontre avec Mme Élisabeth Borne, ancienne Première ministre.
L'objectif de cet échange était d'éclairer les participants sur sa vision de l'avenir, développée dans son livre intitulé « Réveillons-nous - Appel à un rassemblement démocratique ».
Voici une synthèse factuelle de ses analyses, du droit d'inventaire et des perspectives présentés par l'autrice.
1. Un diagnostic de gravité nationale et internationale
Élisabeth Borne dresse un constat sévère de la situation actuelle, qu'elle qualifie de grave sur plusieurs plans, face à un débat public français qu'elle juge réduit à des slogans et des logiques tactiques personnelles dans la perspective de la course présidentielle.
Le basculement du monde et la vulnérabilité européenne
• Géopolitique : L'ordre international se défait au profit des rapports de force et des affrontements militaires. L'Europe est prise en étau entre la Russie (menace militaire), la Chine (puissance technologique et militaire) et les États-Unis (recul du multilatéralisme).
• Mondialisation : Les contrecoups de la mondialisation se traduisent par la désindustrialisation, des dépendances stratégiques (médicaments, semi-conducteurs, numérique), des tensions migratoires et un sentiment de déclassement.
Les crises écologiques et démocratiques
• Écologie : Le dérèglement climatique est une réalité vécue, mais le consensus international (Accord de Paris) se fissure.
• Démocratie : Les régimes illibéraux progressent et la défiance envers les institutions alimente la tentation populiste.
Les fragilités structurelles de la France
• Économie : La France produit insuffisamment de richesses, souffre d'une désindustrialisation plus profonde que ses voisins et présente un niveau de prélèvements parmi les plus élevés au monde.
• Modèle social : Le temps de travail annuel et tout au long de la vie est inférieur à celui des partenaires de la France. Le modèle social, protecteur, est financé par la dette au détriment des investissements d'avenir (recherche, éducation, transition écologique).
2. Le droit d’inventaire de l'action gouvernementale (2017-2024)
Ayant passé huit ans au gouvernement, dont vingt mois à Matignon, l'ancienne Première ministre revendique un « droit d’inventaire » lucide sur le projet initial d'Emmanuel Macron, qu'elle sépare en plusieurs bilans :
Les succès économiques et de l'offre
La politique de l'offre a permis d'obtenir fin 2023 le taux de chômage le plus bas depuis quarante ans, un taux d'emploi historiquement élevé et un mouvement de réindustrialisation. Sur le plan écologique, elle défend la mise en place de la planification écologique, tout en regrettant qu'elle n'ait pas été poursuivie avec la même constance par la suite.
Les insuffisances et les angles morts
• Égalité des chances : Les résultats n'ont pas été à la hauteur pour transformer le système en profondeur et lutter contre les déterminismes.
• Justice sociale : La communication a trop valorisé les succès économiques au détriment de la justice sociale.
• Sécurité et régalien : Malgré des hausses budgétaires massives (armées, justice, création de postes de policiers), le choix de privilégier l'action plutôt que la communication n'a pas permis de rassurer les Français face à la violence et au narcotrafic.
• Finances publiques : La trajectoire budgétaire a dérapé à partir de 2023 en raison d'écarts majeurs de recettes identifiés t**divement.
La méthode du pouvoir et l'instabilité politique
L'autrice pointe une pratique du pouvoir inadaptée au début du premier quinquennat (attitude jupitérienne, manque de considération pour les partenaires sociaux et les élus locaux), ayant installé l'image d'un pouvoir distant ou méprisant qui alimente le Rassemblement National (RN).
Elle évoque également son remplacement début 2024 par Gabriel Attal qu'elle qualifie de « sans expérience de terrain », suivi d'une dissolution qu'elle qualifie d'« incompréhensible », ayant plongé le pays dans l'instabilité.
3. L'appel au rassemblement face aux extrêmes
Face à la perspective de l'élection présidentielle de 2027, Élisabeth Borne exprime son inquiétude devant la montée des extrêmes, la violence du débat public et la banalisation des idées du RN.
La légitimité de l'expérience
Pour refuser la fatalité, elle s'appuie sur son parcours diversifié : haute fonctionnaire, directrice d'urbanisme à Paris, préfète de région, présidente de la RATP, dirigeante dans le secteur privé, et élue locale dans le Calvados. Cette expérience du terrain et des leviers étatiques lui permet d'affirmer que des solutions concrètes existent.
Les pistes d'action
Le livre se veut un « moment de vérité » et propose des pistes d'action concrètes visant à :
• Défendre le pays et protéger les Français dans le respect strict de l'État de droit et du droit international.
• Apporter des réponses de fond et exigeantes, loin des slogans simplistes.
• Donner toutes ses chances à la jeunesse pour redonner confiance en l'avenir.
En conclusion, Élisabeth Borne lance un appel pressant au rassemblement de toutes les forces modérées et de ceux qui refusent l'alternative d'un second tour entre LFI et le RN, afin de bâtir un projet collectif et d'éviter la victoire de l'extrême droite.