22/07/2026
🌊 L'ODYSSÉE CHEZ CINABRE
Nous avons lu L'Odyssée de L'Odyssée de Christophe Ono-dit-Biot puis avons vu L'Odyssée de Christopher Nolan. En attendant de lire les 12000 vers de L'Odyssée d'Homère, plongeons dans les tableaux d'Arnold Böcklin (1827-1901) qui a donné naissance, malgré lui, à Cinabre, et qui avait fait de l'épopée de l'aède l'un des grands chantiers de son œuvre.
Peintre suisse, figure majeure du symbolisme, Böcklin peuple ses toiles de sirènes, de tritons et d'îles suspendues entre rêve et angoisse. Fasciné par la mort, le mythe et la mer, il revient à plusieurs reprises aux pérégrinations d'Ulysse.
Dans Odysseus und Kalypso (1882, Kunstmuseum Basel), Ulysse échoué sur l'île d'Ogygie tourne le dos à la nymphe éprise de lui : deux silhouettes isolées, l'une drapée de bleu froid, l'autre assise sur un tissu rouge vif, incarnent la tension muette entre désir et devoir. On préfère Charlize...
Dans Odysseus und Polyphem (1896, Museum of Fine Arts, Boston), place à l'épisode du Cyclope aveuglé : depuis sa barque, Ulysse nargue Polyphème qui riposte à coups de rochers. On déborde nous aussi d'empathie pour le fils de Poséidon.
Dans Sirenen (1875, Alte Nationalgalerie, Berlin), Böcklin traite l'épisode avec une ironie mordante : les crânes blanchis des victimes gisent comme des œufs sous les corps d'oiseau de sirènes peu séduisantes. On est loin du choix de Nolan.
Notre livre L'Île des morts réunit une nouvelle de Vincent Daenen et des dessins d'Olivier Moriette réalisés à partir du tableau le plus célèbre de Böcklin, L'Île des morts (1880, Kunstmuseum Basel). Les deux artistes y façonnent leur propre vision de cette île mystérieuse — preuve que Böcklin, tout comme Homère avant et après lui, n'a jamais cessé d'inspirer les récits contemporains.