On peut pas se figurer

On peut pas se figurer Je marche sur des terres où l’on ne peut pas se figurer ce qui a eu lieu.

Avant même d’être nommé Vieil-Armand, ce sommet portait son nom allemand : Hartmannswillerkopf.En 1914, cette montagne e...
02/01/2026

Avant même d’être nommé Vieil-Armand, ce sommet portait son nom allemand : Hartmannswillerkopf.

En 1914, cette montagne est allemande. La mémoire qui s’y inscrit alors épouse naturellement cette réalité, gravée dans la pierre, le bois et la pente.
Sur les flancs du massif, un premier rocher moussu porte une inscription simple : « Den tapferen Gefallenen » — « Aux courageux morts ».
Aucun nom, aucune unité. Un hommage de proximité, probablement érigé par les hommes eux-mêmes, là où la guerre se vit au ras du sol.

Non loin de là, une petite stèle mentionne les « gelben Ulanen » et la date d’avril 1915.
Ces uhlans, cavaliers combattant ici, rendent hommage à leurs morts dans un paysage à l’opposé de leur terrain d’origine. La pierre est discrète, presque effacée, comme si elle cherchait à se fondre dans la forêt.

Au sommet, un grand rocher dressé domine le paysage. Il est couvert de plaques ajoutées au fil du temps par différentes unités ou associations d’anciens combattants allemands.
C’est sur ce monument que l’on trouve des éclats d’obus volontairement conservés et fixés dans la pierre. Ces fragments rappellent la matérialité brutale du champ de bataille, mais aussi une croyance de tranchée répandue : l’idée qu’un obus ne tomberait pas deux fois au même endroit. L’arme devient alors, symboliquement, une forme de protection.
Par sa taille et sa position, ce rocher fonctionne comme un mémorial collectif, marquant le moment où la mémoire sort de la tranchée pour s’inscrire durablement dans le paysage.

Plus bas enfin, près de l’abri de la LIR 124, un autre monument évoque les soldats de la 82ᵉ division allemande et mentionne le Generalmajor Viktor von Sproesser.
Un hommage structuré, identifié, à l’écart du sommet mais toujours ancré dans le terrain de combat.

Ensemble, ces monuments racontent une mémoire allemande multiple, déposée par strates successives, du geste improvisé à la commémoration durable, sans jamais quitter la montagne.

les images sont tirées de mon film "on ne peut pas se figurer -Le front des Vosges-

Au Hartmannswillerkopf, les bunkers, les galeries et les inscriptions donnent l’impression d’une véritable installation ...
24/12/2025

Au Hartmannswillerkopf, les bunkers, les galeries et les inscriptions donnent l’impression d’une véritable installation humaine accrochée à la montagne. Une sorte de colonie de front, organisée, pensée pour durer, profondément ancrée dans la roche.
L’entrée que vous voyez porte une plaque explicite :
« Erbaut von der 8. Kompagnie L.J.R. 56 – 1916 ».
Construit par la 8e compagnie du Landwehr-Infanterie-Regiment 56. Les soldats signent leur abri. Ils inscrivent leur présence dans la pierre, comme pour affirmer qu’ils sont là pour rester.
Beaucoup d’ouvrages allemands du Hartmannswillerkopf sont creusés directement dans le rocher, puis bétonnés. À l’intérieur, on distingue encore des tablettes, des crochets, parfois l’emplacement de couchettes. Ces abris ne sont pas conçus pour un simple passage, mais pour une occupation prolongée, dans le froid, l’humidité et l’attente.
Sur certaines parois, la mémoire est gravée à même la montagne. Une grande « Ehren-Tafel » rend hommage à des Garde-Jäger tombés ou blessés lors des combats de l’Unterer Rehfelsen. Des noms, des compagnies, des dates apparaissent, souvent accompagnés de la croix de fer. Ces murs deviennent des monuments de campagne, érigés par les unités elles-mêmes, au cœur du front.
Cette présence durable est rendue possible par une logistique lourde. À l’arrière, un téléphérique permet d’acheminer vivres, munitions, matériaux de construction et équipements jusqu’aux hauteurs. Routes, voies étroites et installations techniques complètent le dispositif. Une centrale d’air comprimé alimente les outils de percement et de bétonnage, expliquant la densité et la solidité exceptionnelles des ouvrages.
Grâce à cela, les abris sont aménagés, compartimentés, parfois décorés. On y suspend vêtements et nourriture, on s’y protège du froid, on y vit. Tout donne le sentiment de lieux habités au long cours, alors même que la violence des combats reste omniprésente.
Au Hartmannswillerkopf, les troupes allemandes ne se contentent pas de tenir une position. Elles organisent un monde de pierre et de bois, un village fortifié suspendu à la montagne, où la vie quotidienne cohabite avec la guerre.

Les images sont tirées de mon film : on ne peut se figurer -Le front des Vosges-

699 personnes aujourd’hui… bientôt 700.Lorsque j’ai tourné mon film sur Verdun, je partais de rien, sans vraiment savoir...
20/12/2025

699 personnes aujourd’hui… bientôt 700.

Lorsque j’ai tourné mon film sur Verdun, je partais de rien, sans vraiment savoir où j’allais. Et aujourd’hui, nous voilà, presque 700, à partager une histoire commune.
Des Français, des Hollandais, des Belges, des Anglais, des Allemands et même des américains, des Suds africains, des nouveaux zélandais. Je n'aurais jamais imaginé toucher aussi loin … tous rassemblés autour de cette mémoire, tous amis aujourd’hui, tous participants à cette exploration silencieuse et respectueuse de notre passé.

Je suis fier de ce que j’ai construit. Fier d’avoir des gens comme vous à mes côtés. Fier de ce que nous partageons tous ensemble.
Mais ce qui me touche le plus, c’est que l’humain reste au cœur de cette communauté. Vos commentaires, vos partages, vos regards, vos émotions : tout cela fait vivre ces lieux, ces images, cette mémoire.

Merci pour votre bienveillance. Merci de marcher avec moi dans ce paysage de silence et de souvenirs. Merci de permettre à cette histoire, à cette mémoire, de continuer à respirer, doucement, mais profondément.

Le Hartmannswillerkopf, que les soldats français appellent le Vieil-Armand, se dresse à 956 mètres d’altitude au-dessus ...
18/12/2025

Le Hartmannswillerkopf, que les soldats français appellent le Vieil-Armand, se dresse à 956 mètres d’altitude au-dessus de la plaine d’Alsace. En 1914, cette colline se trouve en territoire allemand, l’Alsace étant annexée à l’Empire depuis 1871. Son nom d’origine, allemand, coexiste alors avec sa traduction française, née dans la bouche de ceux qui viennent l’attaquer et s’y battre.

Dès la fin de l’année 1914, cette hauteur devient un enjeu stratégique majeur. Elle domine la vallée du Rhin et la plaine d’Alsace, offrant un point d’observation et de contrôle décisif. Français et Allemands s’y affrontent dans des conditions extrêmes, sur des pentes boisées et rocheuses rapidement dévastées.

Guidé sur place par les Amis du Hartmannswillerkopf, passionnés et gardiens attentifs de ce lieu, vous traversez aujourd’hui les traces d’une guerre impitoyable qui s’y joue jusqu’en 1916. Leur connaissance précise du terrain permet de lire la montagne autrement, de comprendre ce que le silence ne dit plus.

Les combats s’engagent dès décembre 1914 pour le contrôle des pentes et de la crête inférieure. Des assauts français ont lieu en janvier, puis surtout en décembre 1915, menés par le 152e régiment d’infanterie (le célèbre 15-2) et des unités de chasseurs alpins face à des formations allemandes de la Landwehr, en grande partie issues de Bavière et du Wurtemberg. Peu à peu, la ligne de front se fige, et la guerre devient une usure froide et humide.

La colline est alors transformée en forteresse. Tranchées empierrées, blockhaus de béton, abris pour mitrailleuses, observatoires et galeries creusées dans la roche composent un réseau dense, encore lisible aujourd’hui. Sur certaines parois subsistent des noms, des dates, parfois simplement « 1915 », gravés à même la pierre, nous y reviendrons dans une prochaine publication.

Sur ce secteur étroit, les pertes sont immenses. Entre vingt et trente mille hommes sont tués ou blessés. Le 152e régiment d’infanterie est durement éprouvé en décembre 1915, tout comme les unités allemandes engagées sur la colline. Le Hartmannswillerkopf ne choisit pas ses morts.

Aujourd’hui, bunkers et tranchées subsistent. Grâce au travail patient des Amis du Hartmannswillerkopf, le site demeure lisible et transmis avec rigueur. La mémoire tient ici dans la roche, dans les bois, et dans ceux qui prennent le temps de la faire passer.

les images sont tirées de mon film "on ne peut pas se figurer -Le front des Vosges-"

Au col du Wettstein, à près de 900 mètres d’altitude, la nécropole nationale rassemble plus de 3 500 soldats français to...
15/12/2025

Au col du Wettstein, à près de 900 mètres d’altitude, la nécropole nationale rassemble plus de 3 500 soldats français tombés principalement lors des combats du Linge en 1915. Certains reposent sous une croix, 2 171 exactement. D’autres, environ 1 300, demeurent réunis dans deux ossuaires. Ici, la montagne a refermé les corps, et le silence a pris le relais.

On la surnomme le « cimetière des chasseurs ». Les chasseurs alpins y sont nombreux, marquant profondément ce lieu par leur présence et leur engagement. Mais ils ne sont pas seuls. D’autres unités reposent ici, dont des tirailleurs indochinois, rappel discret que cette guerre a entraîné bien au-delà des Vosges.

La nécropole occupe moins d’un hectare. Les croix s’alignent avec une rigueur presque apaisante autour d’une allée centrale qui conduit au monument. Tous ces corps ont été regroupés après la guerre, exhumés des champs de bataille, des cimetières provisoires et des pentes bouleversées du massif.

Au fond, une immense croix de granit s’élève, portant un seul mot : « PAX ». Devant elle repose un gisant de chasseur alpin. À ses pieds, les ossuaires rassemblent des centaines de soldats inconnus, fondus dans une même absence.

Devant le monument, quelques plaques ont été déposées. Les gestes sont rares. Un petit objet, probablement façonné en terre cuite par un proche, retient le regard. Modeste, fragile, presque effacé. Il dit pourtant l’essentiel : quelqu’un est venu, quelqu’un se souvient encore.

Sous le gisant, presque au ras du sol, une plaque discrète porte ces mots :
« Les Diables Rouges du 15-2 aux Diables Bleus tombés en Alsace ».
Quelques mots seulement. Pas de dates. Pas de noms. Une fraternité d’armes gravée sans emphase, née dans la boue, prolongée ici dans la pierre et le silence.

Rien ne cherche à impressionner au Wettstein. Tout invite à rester. À regarder. À comprendre que la mémoire tient parfois à peu de choses, mais qu’elle pèse lourd.

les images sont tirées de mon film "on ne peut pas se figurer -Le front des Vosges-"

Cette stèle garde deux noms en équilibre dans la pierre : Charles Colardelle, Charles Barberot. Deux commandants, deux t...
11/12/2025

Cette stèle garde deux noms en équilibre dans la pierre : Charles Colardelle, Charles Barberot. Deux commandants, deux trajectoires brisées sur les pentes du Linge, et derrière eux, tout un bataillon de chasseurs happé par la montagne et la guerre.

À l’automne 1914, Colardelle prend la tête du 5e bataillon de chasseurs à pied. Le 21 juin 1915, il avance en tête, comme on ouvre un chemin dans la tempête. Il meurt à l’Hilsenfirst, sommet voisin, là où la roche devient tranchée et le ciel un plafond de feu. Quelques semaines plus t**d, Barberot lui succède. Il a tenu les lignes à La Fontenelle, bâti des défenses dans la forêt, puis il monte à son tour vers le Linge. Le 4 août 1915, il tombe au collet, sur les pentes du Schratzmännele, au cœur d’un combat qui n’épargne rien.

L’été 1915 est une saison de broyage. Le 5e bataillon lutte pour des crêtes, pour des lignes invisibles sur une carte, pour quelques mètres de montagne. À la fin, il ne reste presque plus d’officiers. La stèle porte ce vertige : 48 officiers, plus de 2 000 sous-officiers, caporaux et chasseurs morts ou disparus. Des chiffres, mais surtout des absences.

Dressée en 1936 près du collet du Linge, à deux pas du mémorial d’Orbey, la stèle fut détruite en 1940, puis relevée après la guerre. Elle est là aujourd’hui comme une balise immobile. Devant elle, la montagne se tait. Mais sous la pierre, tout continue de battre.

les images sont tirées de mon film "on ne peut pas se figurer -Le front des Vosges-"

Je ne sais pas trop quoi dire...Voir le Col du Linge partager ce film avec ces mots… ça me touche profondément.Merci pou...
09/12/2025

Je ne sais pas trop quoi dire...
Voir le Col du Linge partager ce film avec ces mots… ça me touche profondément.
Merci pour la confiance.
Et merci à vous tous de faire vivre ces images.

Une marche poétique et contemplative dans les cols et les forets blessées des Vosges.Ce film n'est pas un documentaire classique. Il est un hommage silencieu...

Au Linge, certaines croix blanches ou noires ne signalent pas une tombe. Elles marquent l’endroit précis où un corps a é...
08/12/2025

Au Linge, certaines croix blanches ou noires ne signalent pas une tombe. Elles marquent l’endroit précis où un corps a été retrouvé longtemps après la guerre, puis exhumé et réinhumé dans une nécropole militaire. Ces croix ne veillent pas des sépultures, mais des lieux de résurgence.

C’est le cas du caporal français G. Charles Texier, tombé le 4 août 1915, dont le corps a été découvert et exhumé en 1975. Non loin de là, une croix noire rappelle le soldat allemand Hugo Schorg, disparu en 1915 et exhumé en 1979. Ces découvertes t**dives sont liées aux travaux de réhabilitation du champ de bataille, au débroussaillage, aux aménagements du mémorial, mais aussi à des trouvailles fortuites. Le sol du Linge rend encore parfois ce qu’il a gardé pendant des décennies.

Dans le cas d’Hugo Schorg, les relevés de sépulture laissent penser qu’un soldat du même nom aurait été mentionné ailleurs, créant un doute dans les archives. Pourtant, les objets retrouvés avec le corps au Linge renforcent l’hypothèse d’une identification correcte sur place. Les informations disponibles confirment les dates d’exhumation et le principe du transfert vers les nécropoles de Wettstein pour les Français, et de Hohrod-Bärenstall pour les Allemands. Mais elles ne permettent pas de reconstituer précisément leurs parcours militaires, ni de lever avec certitude certaines zones d’ombre.

Plus d’un siècle après, ces hommes continuent d’exister à la frontière du visible et de l’oubli. Leurs noms sont revenue à la lumière, mais leurs vies restent en partie insaisissables. Le champ de bataille, lui, n’a pas encore cessé de parler.

les images sont tirées de mon film "on ne peut pas se figurer -Le front des Vosges-"

Les fortifications du Linge — une guerre creusée dans la montagneAu Linge, on ne bâtit pas sur la montagne.On entre deda...
05/12/2025

Les fortifications du Linge — une guerre creusée dans la montagne

Au Linge, on ne bâtit pas sur la montagne.
On entre dedans.
On la creuse, on la blesse, on la transforme en arme.

Les Allemands d’abord, puis les Français sur leur propre versant, font du massif un organisme défensif vivant.
Des tranchées profondes, parfois taillées directement dans le grès.
Des abris bétonnés, semi-enterrés, capables d’absorber le feu.
Des boyaux en pente, glissants, piégeux, où l’on tombe aussi vite que sous les balles.
Des postes de tir invisibles, aux champs de vision calculés au mètre près.
Et partout, les barbelés, épais, emmêlés, comme des forêts de métal.

Ici, la fortification n’est pas une ligne.
C’est un volume.
Un empilement de positions, une superposition de pièges.
Tu prends une tranchée, et déjà tu es sous le feu de la suivante.
La montagne ne protège plus.
Elle attaque.

Le Fort Carré

Le Fort Carré n’a rien d’un fort au sens noble.
Pas de pierre élégante, pas de cour, pas d’apparat.
Juste un bloc compact, de béton et d’angles droits.
Un cube de guerre.

Son rôle est brutal dans sa simplicité :
contrôler, verrouiller, interdire.

Depuis ses ouvertures sombres, on surveille les pentes.
On croise les tirs de mitrailleuses.
On écrase chaque tentative d’assaut frontal.

C’est l’un des verrous majeurs du dispositif allemand de 1915.
Quand les Français montent à l’assaut, le Fort Carré devient une machine à immobiliser les corps.

Les hommes attaquent à découvert.
En face, la défense est enterrée, invisible, froide, méthodique.
Parfois, moins de cent mètres les séparent.
Cent mètres d’air.
Cent mètres de pente.
Cent mètres de mort.

Le Fort Carré dit une vérité terrible :
ici, l’homme n’affronte plus un homme.
Il affronte un système.

Une guerre faite pour durer

Le plus glaçant n’est pas seulement la violence.
C’est la durée.

Ces ouvrages sont pensés pour que l’on puisse :
vivre sous terre,
dormir sous terre,
soigner sous terre,
attendre sous terre.

Pendant que dehors, des silhouettes montent dans le vent et la fumée, comme des ombres promises.

La fortification du Linge n’est pas héroïque.
Elle est industrielle.
C’est la guerre devenue infrastructure.

Aujourd’hui:
Le béton est toujours là.
Le Fort Carré tient encore.
Les tranchées se lisent encore dans le sol.
Les impacts sont toujours inscrits dans la pierre.

Et pourtant, tout est silencieux.

On marche à l’endroit même où des hommes ont attendu la mort,
parfois pendant des semaines,
sans la voir venir.

Le Linge ne raconte pas seulement une bataille.
Il raconte comment on fabrique un enfer.

Au-dessus de la vallée de Munster, sur la crête du Lingekopf — son nom allemand, resté comme une cicatrice — la montagne...
03/12/2025

Au-dessus de la vallée de Munster, sur la crête du Lingekopf — son nom allemand, resté comme une cicatrice — la montagne regarde encore la plaine d’Alsace.
Un paysage de moyenne altitude, aujourd’hui paisible, mais qui fut en 1915 l’un des endroits les plus meurtriers du front des Vosges.

À l’été 1915, les Allemands tiennent la crête depuis des mois.
Ils l’ont transformée en forteresse de montagne : lignes de tranchées superposées, abris bétonnés, blockhaus, barbelés, nids de mitrailleuses. Tout est pensé pour tenir. Et pour tuer.

Du 20 juillet au 16 octobre 1915, les chasseurs alpins et l’infanterie française montent à l’assaut.
Ils attaquent à découvert, en pente raide, sous le feu de l’artillerie et des mitrailleuses.
En face, l’ennemi est enterré, protégé, maître du relief.
On appellera plus t**d le Lingekopf « le tombeau des chasseurs ».

À la fin de cette bataille insensée, on comptera entre 17 000 et 20 000 morts, blessés et disparus, français et allemands confondus.
Tout ça pour quelques centaines de mètres de crête, gagnés, reperdus, repris… mètre par mètre. Corps après corps.

Après octobre 1915, le front se fige.
Jusqu’en 1918, les deux camps restent face à face dans ces tranchées de montagne.
Et même sans grandes offensives, des hommes continuent de tomber, presque chaque jour.

Aujourd’hui, le Lingekopf est un mémorial à ciel ouvert.
On marche dans les tranchées conservées, entre les rochers éclatés, les souches d’arbres brisées, les lignes de feu figées dans la terre.
La montagne est redevenue belle.
Mais elle n’est pas redevenue innocente.

Ce lieu te prend à la gorge.
On comprend physiquement ce que signifie attaquer en montant, sans abri, sans échappatoire.
Ici, la guerre ne se regarde pas seulement… elle se ressent dans les jambes, dans le souffle, dans le silence.

Au cœur de la forêt d’Orbey, au pied de la Tête des Faux, la nécropole nationale du Carrefour Duchesne veille en silence...
30/11/2025

Au cœur de la forêt d’Orbey, au pied de la Tête des Faux, la nécropole nationale du Carrefour Duchesne veille en silence.
Ici reposent 408 soldats français, dont 116 dans l’ossuaire, tombés lors des combats terribles de la Tête des Faux et du Linge.
Le lieu porte le nom du commandant Duchesne, chef de bataillon du 215ᵉ RI, tué ici même le 2 décembre 1914.

On est au cœur du front des Vosges, une guerre de montagne, de froid, de roche et de boue. À quelques kilomètres, le Linge fera à lui seul environ 17 000 victimes en seulement quelques mois, entre l’été et l’automne 1915.

Mais ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement l’histoire.
Ce sont ces tombes non alignées, presque éparpillées, comme si la mort elle-même avait été surprise par le chaos.
Ce sont ces arbres immenses, droits et silencieux, qui montent la garde depuis plus d’un siècle.
Ce contraste entre la violence d’hier et la paix d’aujourd’hui est bouleversant.

Ce lieu m’a profondément touché.
C’est l’un des plus beaux cimetières militaires que j’aie vus.
Pas parce qu’il est “beau” au sens esthétique… mais parce qu’il est habité.
Habité par la mémoire, par l’absence, par quelque chose de plus grand que nous.

Ce carrefour de tranchées est devenu un carrefour de mémoire.
Et ici, dans l’ombre des grands arbres, chaque croix continue de murmurer que ces hommes ont vraiment existé.

Au col de Sainte-Marie-aux-Mines, la forêt s’écarte en silence. Là, sur la ligne des crêtes, 230 soldats français repose...
28/11/2025

Au col de Sainte-Marie-aux-Mines, la forêt s’écarte en silence. Là, sur la ligne des crêtes, 230 soldats français reposent face au vent des Vosges. La nécropole nationale, créée en 1920, a rassemblé les corps dispersés par la guerre, relevés des cimetières provisoires, pour leur offrir une terre commune et durable. Cent quatre-vingt-deux d’entre eux dorment dans l’ossuaire, les autres sous des croix alignées avec une rigueur presque apaisante. Ici passait autrefois une frontière, ici la montagne fut un champ de bataille. Tranchées, bombardements, guerre de positions : la lutte pour les crêtes fut longue, rude, obstinée. Aujourd’hui, le col est redevenu un lieu de passage, de marche et de mémoire. L’État entretient ce lieu au nom de la France, non pour glorifier la guerre, mais pour rappeler ce qu’elle a coûté. À quelques pas, un cimetière militaire allemand répond en écho. Entre les arbres, les nations se sont affrontées ; sous la terre, elles se taisent ensemble. Ce lieu ne raconte pas la victoire. Il rappelle simplement que des hommes sont tombés ici, et que nous passons désormais sur leur silence.

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