30/12/2025
7 JANVIER À SAINT-TROPEZ : LES OBSÈQUES DE BRIGITTE BARDOT, MAIS L’ENTERREMENT SERA PRIVÉ
▶️ La cérémonie religieuse sera retransmise sur le port, l’inhumation restera privée. Saint-Tropez se prépare à dire adieu à son icône la plus controversée, entre ferveur populaire et agacement des habitants face à l’invasion touristique annoncée.
Brigitte Bardot meurt dimanche 28 décembre à 91 ans dans sa propriété de La Madrague, aux côtés de son mari Bernard d’Ormale. Lundi, la Fondation Brigitte Bardot annonce la date et le lieu des obsèques : mercredi 7 janvier, église Notre-Dame de l’Assomption de Saint-Tropez, 11h, sur invitation. Une cérémonie religieuse qui sera retransmise sur des écrans sur le port et sur la place centrale des Lices pour permettre au public de suivre l’hommage. Ensuite, une inhumation privée et confidentielle, dont le lieu exact n’a pas été révélé par la Fondation, qui précise respecter “les dernières volontés de BB”. Mais la mairie a fait savoir à plusieurs médias, dont l’AFP, que l’inhumation se déroulerait au cimetière marin de Saint-Tropez, face à la Méditerranée, où reposent déjà d’autres célébrités dont Roger Vadim, son premier mari, celui qui l’a “faite” et propulsée sur le devant de la scène mondiale avec Et Dieu… créa la femme en 1956.
En 2018, Bardot confiait au Monde qu’elle souhaitait reposer à La Madrague, cette “maison de pêcheurs laissée dans son jus”, la propriété mythique qu’elle avait acquise à la fin des années 1950 et qui est devenue aussi iconique que sa propriétaire. Mais les volontés changent, ou peut-être que les contraintes légales ont imposé un autre choix. Quoi qu’il en soit, c’est au cimetière marin, en contrebas de la Citadelle, face à la mer qu’elle aimait tant, que Brigitte Bardot reposera. Un lieu chargé de symboles, un lieu de pèlerinage pour des millions d’admirateurs du monde entier. Et un lieu qui inquiète déjà les habitants de Saint-Tropez, excédés par l’idée d’une nouvelle vague touristique.
Saint-Tropez entre hommage et agacement : “C’est un cimetière, pas une discothèque”
Lundi, autour du port de Saint-Tropez drapé dans sa torpeur hivernale, le calme domine. Quelques habitants, attablés aux terrasses ensoleillées, se racontent discrètement des souvenirs avec l’actrice. Mais derrière cette apparente sérénité, une tension palpable. Parce que les Tropéziens savent ce qui les attend : des cars de touristes, des selfies au cimetière, des visiteurs qui viennent chercher la tombe de Brigitte Bardot comme on visite un musée. Et ça agace. Profondément.
“𝙊𝙣 𝙫𝙖 𝙚𝙣𝙘𝙤𝙧𝙚 𝙖𝙫𝙤𝙞𝙧 𝙙𝙚𝙨 𝙘𝙖𝙧𝙨 𝙚𝙩 𝙙𝙚𝙨 𝙘𝙖𝙧𝙨 𝙙𝙚 𝙩𝙤𝙪𝙧𝙞𝙨𝙩𝙚𝙨”, tempête une habitante qui refuse de donner son nom. “𝙌𝙪𝙖𝙣𝙙 𝙤𝙣 𝙫𝙖 𝙖𝙪 𝙘𝙞𝙢𝙚𝙩𝙞𝙚̀𝙧𝙚 𝙫𝙤𝙞𝙧 𝙣𝙤𝙨 𝙢𝙤𝙧𝙩𝙨, 𝙤𝙣 𝙚𝙨𝙩 𝙙𝙚́𝙧𝙖𝙣𝙜𝙚́ 𝙥𝙖𝙧 𝙩𝙤𝙪𝙨 𝙘𝙚𝙪𝙭 𝙦𝙪𝙞 𝙘𝙝𝙚𝙧𝙘𝙝𝙚𝙣𝙩 𝙀𝙙𝙙𝙞𝙚 𝘽𝙖𝙧𝙘𝙡𝙖𝙮 𝙚𝙩 𝙋𝙞𝙚𝙧𝙧𝙚 𝘽𝙖𝙘𝙝𝙚𝙡𝙚𝙩 𝙚𝙩 𝙨𝙚 𝙛𝙤𝙣𝙩 𝙙𝙚𝙨 𝙨𝙚𝙡𝙛𝙞𝙚𝙨 𝙣’𝙞𝙢𝙥𝙤𝙧𝙩𝙚 𝙘𝙤𝙢𝙢𝙚𝙣𝙩… 𝘾’𝙚𝙨𝙩 𝙪𝙣 𝙘𝙞𝙢𝙚𝙩𝙞𝙚̀𝙧𝙚, 𝙥𝙖𝙨 𝙪𝙣𝙚 𝙙𝙞𝙨𝙘𝙤𝙩𝙝𝙚̀𝙦𝙪𝙚”,
ajoute cette femme venue promener ses petits chiens. Une phrase qui résume toute l’ambiguïté de la relation entre Saint-Tropez et Brigitte Bardot : une admiration mêlée d’exaspération, une fierté teintée de lassitude. Bardot a fait de Saint-Tropez un mythe mondial, transformé un village de pêcheurs en capitale du glamour et de la jet-set. Mais elle a aussi attiré des millions de touristes, transformé la ville en parc d’attractions permanent, étouffé l’identité locale sous le poids de la célébrité.
Et maintenant, avec son inhumation au cimetière marin, les Tropéziens s’attendent à une nouvelle vague. Parce que la tombe de Brigitte Bardot deviendra inévitablement un lieu de pèlerinage, un passage obligé pour tous les fans, tous les curieux, tous ceux qui veulent toucher du doigt le mythe BB. Le cimetière marin, déjà fréquenté par les touristes en quête des tombes d’Eddie Barclay et de Pierre Bachelet, risque de devenir un point chaud du tourisme tropézien. Et les habitants, eux, devront cohabiter avec cette nouvelle réalité : leur cimetière transformé en attraction touristique, leurs morts dérangés par des selfies et des groupes de visiteurs.
Un hommage populaire au pré des pêcheurs : ouvrir BB à ses admirateurs
Mais la Fondation Brigitte Bardot a anticipé cette tension. Après l’inhumation privée, un hommage ouvert à tous les Tropéziens et aux admirateurs de BB sera organisé au pré des pêcheurs. Un moment public, accessible, qui permettra à ceux qui n’auront pas été invités à la cérémonie religieuse de rendre un dernier hommage à l’icône. Un geste intelligent, qui vise à canaliser la ferveur populaire, à offrir un espace d’expression collective tout en préservant l’intimité de l’inhumation.
Ce choix reflète aussi la dualité de Brigitte Bardot : une star mondiale, adulée par des millions de fans, mais aussi une femme qui a choisi de se retirer du monde, de vivre en ermite dans sa propriété de La Madrague, loin des caméras et des projecteurs. En organisant un hommage public au pré des pêcheurs, la Fondation reconnaît que Bardot appartenait au public, qu’elle était une icône collective, un symbole partagé. Mais en maintenant l’inhumation privée et confidentielle, elle respecte aussi la volonté de BB de préserver une part d’intimité, de ne pas être totalement absorbée par le mythe.
Et ce double mouvement — hommage public et inhumation privée — dit beaucoup sur la complexité de Brigitte Bardot. Elle était à la fois une star planétaire et une recluse, une icône de la modernité et une conservatrice radicale, une militante animale admirée et une figure politique controversée. Impossible de la réduire à une seule dimension, impossible de l’enfermer dans une seule image. Et ses obsèques reflètent cette multiplicité : ouvertes au public, mais secrètes ; populaires, mais privées ; collectives, mais intimes.
La Madrague, le mythe qui survivra à BB
L’accès à La Madrague était toujours barré par les gendarmes lundi, et sur une simple barrière, quelques bouquets et peluches avaient été déposés, selon une journaliste de l’AFP. Une image presque dérisoire, face à l’ampleur du mythe. Parce que La Madrague, c’est bien plus qu’une maison. C’est le refuge de Brigitte Bardot, le lieu où elle a choisi de vivre ses dernières décennies, loin du tumulte du monde. C’est aussi le symbole de sa rupture avec Hollywood, avec le cinéma, avec la célébrité. En 1973, juste avant ses 40 ans, Bardot quitte le 7e art pour se consacrer à la protection des animaux. Elle s’installe définitivement à La Madrague, mène une vie de “fermière”, comme elle aimait le dire, entourée de ses chiens, de ses chats, de ses chevaux.
En 2018, elle confiait au Monde qu’elle souhaitait reposer à La Madrague. Une volonté qui n’a pas pu être respectée, probablement pour des raisons légales ou pratiques. Mais même si son corps repose au cimetière marin, l’âme de Brigitte Bardot restera à La Madrague. Cette propriété mythique, devenue aussi célèbre que sa propriétaire, continuera d’incarner le rêve BB : une vie simple, loin des caméras, au plus près de la nature et des animaux. Un rêve que des millions de personnes ont partagé, fantasmé, sans jamais pouvoir y accéder.
Et c’est peut-être ça, le plus grand héritage de Brigitte Bardot : avoir montré qu’il était possible de tout quitter, de tourner le dos à la gloire, de choisir une autre vie. Une leçon que peu de stars ont suivie, mais qui reste gravée dans l’imaginaire collectif.
Dans les kiosques, BB s’affiche une dernière fois sur toutes les Unes
Dans les kiosques de Saint-Tropez, son visage mutin en noir et blanc s’affiche sur les Unes du monde entier. La presse qualifie tour à tour l’actrice et chanteuse de “diva rebelle”, “passionaria de la cause animale” ou “militante controversée”. Trois expressions qui résument parfaitement la complexité de Brigitte Bardot. Diva rebelle, parce qu’elle a défié les codes, osé la nudité, incarné la liberté sexuelle des années 60. Passionaria de la cause animale, parce qu’elle a consacré sa vie à la défense des bêtes, créé sa fondation, mené des combats acharnés contre la corrida, la fourrure, l’abattage. Militante controversée, parce que ses prises de position sur l’immigration, l’islam, l’identité française lui ont valu plusieurs condamnations pour incitation à la haine raciale.
Ces Unes, avec leurs titres contradictoires, reflètent l’impossibilité de réduire Brigitte Bardot à une seule image. Elle était tout cela à la fois : une icône, une militante, une provocatrice, une recluse. Et c’est cette multiplicité qui fait d’elle une figure aussi fascinante que clivante. On ne peut pas l’aimer sans réserve, on ne peut pas la détester sans nuance. Elle était trop complexe, trop contradictoire, trop humaine pour ça.
Conclusion : Saint-Tropez dit adieu à son icône la plus controversée
Le 7 janvier, Saint-Tropez dira adieu à Brigitte Bardot. Une cérémonie religieuse retransmise sur écrans pour permettre au public de participer, une inhumation privée pour préserver l’intimité de la famille, un hommage ouvert au pré des pêcheurs pour canaliser la ferveur populaire. Un dispositif qui reflète la dualité de BB : star mondiale et recluse, icône collective et femme privée.
Les Tropéziens s’inquiètent déjà de l’afflux touristique que provoquera cette inhumation. Le cimetière marin, où reposent déjà d’autres célébrités, deviendra un lieu de pèlerinage pour des millions d’admirateurs. Et les habitants devront cohabiter avec cette nouvelle réalité : leur ville, leur cimetière, transformés en attractions touristiques.
Mais au-delà de ces tensions pratiques, c’est toute la complexité de Brigitte Bardot qui ressurgit. Aimée et détestée, admirée et controversée, icône de la liberté et figure clivante, elle ne laisse personne indifférent. Et c’est peut-être ça, son plus grand héritage : avoir incarné toutes les contradictions de son époque, sans jamais renier aucune d’entre elles. Le 7 janvier, Saint-Tropez dira adieu à cette femme insaisissable, entre admiration, agacement et nostalgie.