14/02/2026
Chère Gazette,
Quel soulagement d’apprendre que la liberté d’expression se porte si bien chez vous… sous réserve, bien entendu, qu’elle réussisse l’examen d’entrée de l’IA et passe avec mention le filtre de Meta.
Vous ne faites pas de politique, dites-vous.
Simplement, certains commentaires « n’arrangeraient pas » tel ou tel candidat. Voilà une coïncidence fascinante : des publications apolitiques qui produisent des effets politiques… mais uniquement par accident, sans doute.
Évidemment, personne ne réclame la publication d’injures ou de diffamations — la loi du 29 juillet 1881 encadre très clairement ces excès.
Mais il est bon de rappeler qu’un désaccord n’est pas une insulte, et qu’une opinion divergente n’est pas une tentative de déstabilisation.
L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qualifie la libre communication des pensées et des opinions de droit « précieux ». Précieux, surtout lorsqu’il protège ce qui dérange. Car ce qui dérange fait parfois réfléchir.
Une presse locale solide n’a rien à craindre d’un débat respectueux. La contradiction, aussi surprenant que cela puisse paraître, ne menace pas la démocratie.
En revanche, présenter la modération sélective comme le summum de l’objectivité relève d’un tour de passe-passe intéressant : transformer le tri en neutralité, le filtre en vertu, et le silence en preuve de sérénité.
Certains lecteurs s’interrogent d’ailleurs — innocemment, bien sûr — sur la neutralité éditoriale et le calendrier parfois opportun de vos publications.
Et il est toujours flatteur de constater que vos illustrations trouvent parfois leur inspiration chez vos confrères : le pluralisme commence par l’image.
L’objectivité ne consiste pas à supprimer le bruit.
Elle consiste à accepter qu’il existe… même lorsqu’il dérange.
Avec toute notre considération — pour la Gazette, et pour la démocratie.