20/11/2025
QUAND LE COORDONNATEUR CORNEILLE NANGAA DÉFIE L’OUBLI : L’ITURI FACE À L’OMBRE DE JEAN-PIERRE BEMBA
Dans une interview de 52 minutes accordée à une chaîne en ligne émettant depuis Londres, le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a rouvert une page que beaucoup préféraient voir définitivement scellée : celle des crimes oubliés de l’Ituri. Avec une fermeté rare dans l’espace politique congolais, il a ravivé une mémoire que l’on tente depuis vingt ans de bâillonner. Il a rappelé comment Jean-Pierre Bemba , aujourd’hui vice-premier ministre du régime Tshilombo , avait, au temps du MLC, livré l’Ituri au pillage, aux violences sexuelles, aux violations massives des droits humains. Et comment, malgré ces accusations graves, aucune justice n’est jamais venue frapper à sa porte.
Le surnommant « Angwalima », du nom d’un célèbre brigand de la région, Nangaa a dressé un parallèle cinglant : alors que la rébellion du MLC s’était illustrée par la prédation et la terreur, la révolution constitutionnelle menée par l’AFC/M23 protège depuis plus de dix mois les banques de Goma et de Bukavu , rappel cinglant adressé à ceux qui instrumentalisent la mémoire tout en masquant leurs propres responsabilités.
En Ituri, la mémoire n’a pas seulement été blessée : elle a été confisquée. Ce que dit Nangaa dérange, précisément parce qu’il touche un point névralgique : en Ituri, il existe des douleurs qui ne cicatriseront jamais tant que la vérité restera emprisonnée dans le silence des puissants.
Entre 2002 et 2003, ce territoire martyrisé a été abandonné aux appétits des milices, des seigneurs de guerre et des ambitions politiques dévoyées. Parmi les acteurs cités dans les rapports internationaux, les troupes du MLC sous l’autorité de Jean-Pierre Bemba occupent une place particulière. Human Rights Watch, Minority Rights Group, experts de l’ONU : tous décrivent un même tableau, fait de villages incendiés, de civils pourchassés, de biens méthodiquement pillés. Une spirale de violence, puis un silence assourdissant.
Le scandale est là : alors que les crimes du MLC commis en Centrafrique ont été portés devant la Cour pénale internationale dans un procès retentissant, ceux perpétrés en Ituri n’ont jamais quitté les archives poussiéreuses des organisations internationales. Les victimes congolaises ont parlé, attendu, espéré. En vain.
Les rares procès organisés à Gbadolite impliquant seulement quelques soldats subalternes n’ont été qu’un simulacre de justice. Un théâtre destiné à sauver la façade, tandis que les véritables décideurs, eux, restaient intouchables. Le système politique, lui, n’a jamais vacillé. Il n’a jamais eu à répondre.
Quand les ONG décrivent un pillage « systématique », les mécanismes de reddition des comptes deviennent soudain sélectifs. Quand il s’agit de l’Ituri, la justice se fait à géométrie variable.
Ce silence, ce n’est pas un oubli : c’est une stratégie.
Il protège. Il arrange. Il préserve des carrières, des équilibres, des alliances électorales. L’histoire du Congo nous l’a appris : l’impunité n’est pas une anomalie, c’est une politique d’État.
Il ne s’agit pas ici de se substituer aux tribunaux. Il s’agit de rappeler ce que trop de puissants aimeraient voir disparaître : les accusations de pillages, d’abus et d’exactions, documentées par les ONG, mais jamais jugées dans le dossier Bemba.
Aucune nation ne peut se construire sur le déni.
Aucune paix durable ne naît du mensonge.
Et la justice d’un peuple ne devrait jamais dépendre du destin politique d’un homme.
Tchomia Actualités