09/09/2026
🇨🇮 ON PAIE POUR UN CONCOURS EN CÔTE D’IVOIRE ? ET APRÈS ?
Cc Présidence de la République de Côte d'Ivoire / Primature Côte d'Ivoire / Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance 👋
En Côte d’Ivoire, la Constitution dit une chose très simple en son Article 14 :
« … L’accès aux emplois publics ou privés est égal pour tous, en fonction des qualités et
des compétences... »
Pas en fonction de ton argent.
Pas en fonction de ton réseau.
Pas en fonction de ton parti.
Pas en fonction de ton carnet d’adresses.
L’article 47 du Statut général de la Fonction publique est tout aussi clair :
« Les fonctionnaires sont recrutés par concours et les candidats admis sont classés par ordre de mérite. »
Et pourtant, une audio actuellement relayée sur les réseaux sociaux évoque une somme d’argent qui aurait été versée dans le cadre d’un concours dans l’espoir d’obtenir l’admission d’un candidat.
Plus troublant encore, selon le récit publié par Afrik Soir, Siaka Ouattara reconnaîtrait l’existence de cette somme tout en affirmant :
« Ce n’est pas de l’argent que j’ai empoché. Je suis allé donner ça à ceux qui devraient gérer. »
Si cet enregistrement est authentique et si ces propos sont correctement rapportés, une question s’impose :
QUI SONT « CEUX QUI DEVRAIENT GÉRER » ?
Parce qu’on ne parle alors plus d’une simple rumeur sur WhatsApp. On parle potentiellement d’un système d’intermédiation autour d’un concours public.
Et là, le candidat qui aurait payé doit être entendu. La personne qui aurait reçu l’argent doit être entendue. Les personnes auxquelles l’argent aurait été remis doivent être identifiées et entendues. Les responsables administratifs susceptibles d’intervenir dans le concours doivent être interrogés.
Et surtout le RHDP doit répondre.
Pas parce qu’un parti serait automatiquement pénalement responsable des actes de ses militants. Mais parce que Siaka Ouattara était, selon les éléments rapportés, un responsable départemental du parti au pouvoir et parce que la Constitution elle-même impose aux partis politiques de respecter les lois de la République et les principes démocratiques.
Pourquoi la première chose que l’on voit, c’est le remplacement du responsable politique ? Si ce remplacement n’a aucun rapport avec cette affaire, que le RHDP le dise clairement.
Si ce remplacement est lié à des « comportements contraires aux valeurs, aux principes et à la discipline du Parti », comme l’indique la communication relative aux changements de secrétaires départementaux, le Rhdp doit nous dire quels comportements ?
Et surtout où est l’enquête ?
Parce que déplacer un responsable politique ne répond pas à la question de savoir si un concours public a été monnayé.
Le déplacer ne permet pas de savoir où est allé l’argent. Le déplacer ne permet pas de savoir qui devait « gérer » cet argent. Le déplacer ne permet pas de savoir si d’autres candidats ont payé. Le déplacer ne permet pas de savoir si d’autres personnes sont impliquées. Et le déplacer ne permet surtout pas de restaurer la confiance de milliers de jeunes Ivoiriens qui passent des concours en croyant que leur travail et leur mérite seront les seuls critères.
Donc on est en train de nous faire comprendre que en Côte d’Ivoire, un jeune Ivoirien peut passer des mois à préparer un concours.
Il peut travailler jour et nuit.
Il peut avoir les diplômes.
Il peut être compétent.
Et quelqu’un (responsable du RHDP) pourrait lui dire : « Si tu veux réussir, il faut payer. »
Si cela est vrai, ce n’est pas seulement une corruption individuelle. C’est une trahison du principe républicain d’égalité d’accès à l’emploi public.
Et si cela est faux ? Alors qu’une enquête permette de le démontrer. Mais dans les deux cas, le silence n’est pas une réponse.
Le Gouvernement de Côte d'Ivoire a lui-même demandé aux candidats de dénoncer les tentatives de fraude et de corruption liées aux concours. Alors appliquons cette exigence à tout le monde.
Pas seulement au petit fonctionnaire.
Pas seulement au candidat.
Pas seulement à l’opposant.
À tout le monde.
Parce qu’un concours de la Fonction publique n’appartient ni au RHDP, ni à un ministre, ni à un député, ni à un intermédiaire.
Il appartient à la République. 🇨🇮
Nota Bene : en commentaire ;
- LOI N° 2016-886 DU 08 NOVEMBRE 2016 PORTANT CONSTITUTION DE LA RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, TELLE QUE MODIFIÉE PAR LA LOI CONSTITUTIONNELLE N°2020-348 DU 19 MARS 2020
- LOI N° 2023-892 DU 23 NOVEMBRE 2023
PORTANT STATUT GENERAL DE LA FONCTION PUBLIQUE
L’Agora Moderne : « Si servir l’État est un honneur, partager la responsabilité est une nécessité. »
Crédit Photo : Photo de couverture de Siaka Ouattara. Photo et mention non contractuelle.