03/06/2026
🇨🇮 Déguerpissement de Zimbabwe (Vridi 3) : Emmou Sylvestre Maire de Port-Bouët désavoue publiquement Cissé Ibrahima Bacongo Gouverneur du District Autonome d'Abidjan.
Cc Gouvernement de Côte d'Ivoire / Présidence de la République de Côte d'Ivoire 👋
Au-delà des polémiques, examinons les faits rapportés par la Mairie de Port-Bouët concernant le déguerpissement de Zimbabwe (Vridi 3).
La Mairie de Port-Bouët affirme n’avoir été associée ni à la préparation ni à l’exécution de l’opération.
Pourtant, un Cadre Permanent de Concertation entre le District et les communes avait été annoncé afin de coordonner ce type d’actions.
Pourquoi ce cadre de concertation n’a-t-il pas été pleinement mobilisé ?
Selon la mairie, une correspondance officielle avait été adressée au District afin d’obtenir des informations sur les rumeurs de déguerpissement.
La réponse ne serait jamais arrivée avant le début des opérations.
Pourquoi une telle précipitation sur un dossier concernant des milliers de personnes ?
La mairie indique qu’aucun recensement préalable des habitants n’aurait été communiqué.
Pourtant, dans ce type d’opération, le recensement permet généralement d’identifier les familles concernées, d’évaluer les impacts sociaux, d’organiser l’accompagnement des populations.
Comment planifier une opération touchant plus de 40 000 habitants sans transparence sur ces éléments ?
La mairie affirme que les habitants se retrouvent aujourd’hui sans abri, sans accompagnement visible, en pleine saison des pluies, à quelques jours d’examens scolaires importants.
L’article 2 de la constitution ivoirienne en protégeant la dignité humaine signifie :
« La personne humaine est sacrée.
Les droits de la personne humaine sont inviolables. Tout individu a droit au respect de la dignité humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique. »
Les mesures d’accompagnement ont-elles été suffisantes face à l’ampleur de l’opération ?
Selon le communiqué, Zimbabwe existe depuis plus de 60 ans. On y trouve des écoles, des centres de santé, des lieux de culte, une activité économique importante liée à la pêche artisanale.
Si ce quartier était irrégulier, pourquoi a-t-il été toléré et équipé pendant plusieurs décennies ?
L’article 11 de la Constitution garantit le droit de propriété et prévoit une indemnisation lorsqu’une privation intervient pour cause d’utilité publique :
« Le droit de propriété est garanti à tous. Nul ne doit être privé de sa propriété si ce n'est pour cause d'utilité publique et sous la condition d'une juste et préalable indemnisation. »
Quel est le statut juridique exact des habitants concernés et quelles mesures sont prévues pour ceux qui perdent leur logement ou leur activité économique ?
Ce débat dépasse Zimbabwe. Personne ne conteste la nécessité d’organiser l’espace urbain et de moderniser nos villes. Mais dans un État de droit, la légalité d’une décision ne dispense jamais de l’obligation de dialogue, de transparence et de considération pour les populations concernées.
Aujourd’hui, des milliers de familles attendent des réponses. Et ces réponses méritent d’être apportées publiquement.
Le problème n’est peut-être pas seulement Zimbabwe. Le problème est de savoir si les institutions fonctionnent conformément aux règles qu’elles ont elles-mêmes établies.
À tort ou à raison, un schéma semble émerger dans plusieurs dossiers impliquant le ministre-gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo. Que ce soit à Mankono, où il revendiquait avoir « forcé la main » pour accélérer une opération, ou aujourd’hui à Port-Bouët, où la mairie dénonce un manque de concertation préalable, la même critique revient : celle d’une gouvernance privilégiant l’efficacité et la rapidité d’exécution au détriment du dialogue institutionnel et des procédures de concertation.
Ses partisans y verront le profil d’un homme d’action qui refuse les lenteurs administratives. Ses détracteurs y verront au contraire une conception du pouvoir où la décision prime sur la concertation. Dans les deux cas, une question demeure, dans une République, jusqu’où peut-on aller au nom de l’efficacité sans fragiliser les mécanismes institutionnels censés encadrer l’action publique ?
L’Agora Moderne : « Si servir l’État est un honneur, partager la responsabilité est une nécessité. »
Nota Bene : en commentaire, le communiqué de la mairie de Port-Bouët et celui du district autonome d’Abidjan.
Également LOI N° 2016-886 DU 08 NOVEMBRE 2016 PORTANT CONSTITUTION DE
LA RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE, TELLE QUE MODIFIÉE PAR LA LOI
CONSTITUTIONNELLE N°2020-348
DU 19 MARS 2020.