29/12/2025
Législatives en Côte d’Ivoire : quand les faits interrogent la République
Cc Gouvernement de Côte d'Ivoire CEI Côte d'Ivoire Présidence de la République de Côte d'Ivoire 👋
À l’issue des dernières législatives, de nombreuses irrégularités graves ont été signalées sur le terrain, dans plusieurs circonscriptions du pays. Il ne s’agit plus de simples soupçons, mais de faits récurrents rapportés par des acteurs du processus électoral eux-mêmes.
Faits constatés et irrégularités relevées :
• bourrage d’urnes
• votes multiples
• absence ou falsification de procès-verbaux (PV)
• non-concordance entre résultats affichés, feuilles d’émargement, PV transmis
• entrave aux représentants de candidats
• pressions et intimidations sur les membres des bureaux de vote
• détention irrégulière de documents électoraux
Ce que dit le droit ivoirien
Le Code électoral et le Code pénal ivoiriens qualifient ces actes comme des infractions électorales graves.
Lorsqu’ils sont établis, ils peuvent entraîner :
• l’annulation de bureaux de vote,
• l’annulation d’une circonscription,
• voire l’invalidation d’une élection,
ainsi que des sanctions pénales (amendes, peines d’emprisonnement, inéligibilité).
Un point essentiel doit être rappelé, le procès-verbal est un document public protégé.
Sa falsification, sa disparition ou sa détention irrégulière constitue une infraction.
Lectures politiques face aux législatives
PPA-CI via GBAGBO LAURENT
Laurent Gbagbo s’inscrit dans une logique de contestation structurelle du processus électoral actuel. Pour lui, le problème n’est pas seulement le jour du vote, mais :
• la composition de la CEI
• la sélectivité du jeu électoral
• l’exclusion politique préalable (candidatures, radiations, conditions de participation)
Dans cette logique, participer aux législatives sans garanties préalables revient à légitimer un système qu’il juge verrouillé, accepter par avance des résultats qu’il estime biaisés.
Son choix (boycott ou distance assumée) repose sur une idée simple :
« On ne corrige pas une maison fissurée en repeignant les murs. »
Ces irrégularités confirment son diagnostic.
La limite de cette position, elle délègue la représentation parlementaire, elle laisse le terrain institutionnel à l’adversaire, elle mise sur la crise de légitimité plus que sur l’occupation du pouvoir.
Sa position s’inscrit dans une critique structurelle du système électoral. Pour lui, le problème dépasse les irrégularités du jour du vote et touche à l’architecture même du processus électoral. Les faits observés viennent conforter sa thèse selon laquelle participer sans garanties préalables revient à légitimer un cadre qu’il juge verrouillé.
PDCI-RDA via Tidjane Thiam
Tidjane Thiam adopte une position intermédiaire, technocratique et prudente, discours républicain, respect des institutions en théorie, critique mesurée du fonctionnement réel du système.
Il n’est ni dans le boycott frontal, ni dans l’adhésion totale.
Sa logique est celle de la respectabilité internationale et de la crédibilité institutionnelle :
• ne pas apparaître comme un facteur de désordre
• préserver une image d’homme d’État rationnel
• préparer une alternative par la réforme, pas par la rupture
Ces irrégularités électorales posent pour lui un problème politique, mais il les traite comme des anomalies à corriger, pas comme une illégitimité radicale du système.
Cette position peut sembler trop tiède, elle suppose que le système est réformable de l’intérieur. Elle dépend fortement de la bonne foi des institutions en place.
Il adopte une posture intermédiaire et institutionnelle. Il reconnaît l’existence de dysfonctionnements, mais les analyse comme des anomalies à corriger par la réforme, le dialogue et l’amélioration des institutions, plutôt que par une rupture frontale.
RHDP via Alassane Ouattara
La posture du pouvoir est constante, l’élection a eu lieu, les institutions ont fonctionné, les voies de recours existent, les irrégularités sont présentées comme marginales ou isolées.
Le scrutin est donc considéré comme globalement valide.
La priorité est la stabilité institutionnelle :
• éviter toute remise en cause globale
• préserver la continuité du pouvoir
• empêcher un précédent d’annulation massive
Dans cette logique reconnaître des fraudes systémiques serait ouvrir une brèche dangereuse, admettre une crise électorale reviendrait à fragiliser l’État lui-même.
L’accumulation d’irrégularités perçu comme érosion de la confiance, dissonance entre le discours officiel et le vécu électoral, renforcement du scepticisme citoyen.
La ligne du pouvoir reste constante. Les élections ont eu lieu, les institutions ont fonctionné et les voies de recours existent. Les irrégularités sont présentées comme ponctuelles afin de préserver la continuité de l’État et la stabilité institutionnelle.
⚠️ Le cas Tiemoko Antoine Assale : un exemple parmi d’autres, mais un signal fort.
Le cas de Assalé Tiémoko, déclaré perdant mais contestant les résultats pour fraude et bourrage d’urnes, s’inscrit dans une pléthore de situations similaires vécues par plusieurs candidats à travers le pays.
Ce cas ne doit pas être lu comme un simple contentieux local.
Il agit comme un exemple-signal, révélateur d’un malaise plus large.
Lorsqu’un acteur reconnu pour sa rigueur, son exigence de preuves et son combat pour la transparence conteste un scrutin en s’appuyant sur des faits précis, la question n’est plus seulement qui a gagné, mais comment et à quel prix.
🏛️ Être député : une responsabilité nationale, pas seulement locale.
🏛️ Être député ne signifie pas uniquement :
• défendre une circonscription,
• porter des revendications locales.
🏛️ Être député, c’est avant tout :
• légiférer pour l’ensemble de la Nation,
• contrôler l’action du gouvernement,
• incarner la souveraineté de l’État de Côte d’Ivoire.
Ainsi, lorsque des députés potentiels sont évincés à l’issue de processus électoraux contestés, ce n’est pas seulement une compétition locale qui est affectée, mais la qualité même de la représentation nationale.
Le véritable débat dépasse la question de savoir s’il y a eu fraude ici ou là.
Il pose une interrogation plus profonde :
« À partir de quel seuil l’accumulation d’irrégularités fait-elle basculer une élection juridiquement validée dans une crise de légitimité politique et démocratique ? »
Avec des cas comme celui d’Assalé Tiémoko, et bien d’autres moins médiatisés, les législatives cessent d’être un simple scrutin contesté pour devenir une interpellation collective sur la crédibilité du système électoral et sur l’idée même de représentation nationale.
Prendre du recul, rappeler le droit et interroger le sens du mandat parlementaire, c’est ainsi que le débat démocratique peut avancer, au service de toute la Côte d’Ivoire.
L’Agora Moderne.