19/10/2026
PARTIE 1 : EMILIE.
Emilie a 16 ans.
Fille d'un père Belge et d'une mère Camerounaise, Elodie.
Une ado belle comme un cœur, mais invivable à la maison.
À Bruxelles, c'était elle la patronne.
Elle parlait mal à ses parents. Elle les insultait.
Elle appelait la police sur eux pour un rien.
Elle perdait ses iPhone à 1000€ et exigeait qu'on lui en rachète un le lendemain, comme si c'était dû.
Elle sortait quand elle voulait, rentrait quand elle voulait. 2h du matin, 4h du matin... Qui allait lui dire quoi ?
Elodie, sa mère, cette bonne camerounaise au cœur immense, était à bout. Déboussolée. En larmes presque tous les soirs.
Un soir, elle s'est assise avec son mari.
"On ne peut plus continuer comme ça. Si on ne fait rien, on va la perdre."
Ils ont alors pris une décision. Une décision radicale. Une décision de parents africains.
Les grandes vacances sont arrivées. Direction : le Cameroun.
Emilie, son petit frère, sa petite sœur, tout le monde a embarqué. Elle pensait que c'était les vacances de rêve, soleil, piscine, village.
À peine les pieds posés à l'aéroport de Nsimalen, le piège s'est refermé.
Dans la foule, dans le brouhaha des taxis et des porteurs, Emilie a tourné la tête... plus personne. Ses parents, son frère, sa sœur, volatilisés.
Elle s'est retrouvée seule, dans une voiture, direction Biyem-Assi. Chez sa tante. La petite sœur de sa mère.
Personne n'avait son temps. Personne ne l'écoutait.
Le lendemain, à 5h00 du matin. On la secoue.
"Emilie ! Lève-toi ! On prie !"
Elle, qui se réveillait à midi en Belgique sans que personne n'ose frapper à sa porte.
Elle a voulu répondre, tenir tête comme elle le faisait avec Elodie. Mauvaise idée.
Sa tante n'était pas Elodie. C'était une femme de caractère. Une vraie maman africaine. Le regard qui perce.
Après la prière, les tâches. Vaisselle. Marmites noires de suie.
Emilie ne savait même pas tenir une éponge. Sa tante l'a fixée :
"Tu vas te débrouiller. Ici chez moi, il n'y a pas de princesse. Tout le monde travaille."
Emilie a voulu répliquer. La réponse a été cinglante, une gifle qui a résonné dans toute la maison.
"Je suis au courant de tout ce que tu fais vivre à ma grande sœur en Belgique. Malheureusement pour toi, ici ce n'est pas la Belgique. Ici c'est le Cameroun. Tu peux te renseigner chez tes cousins."
À cet instant, Emilie a compris. Elle n'était pas en vacances. C'était la punition. Son téléphone ? Confisqué.
Le jour d'après, 6h du matin, entassée dans une vieille Toyota avec ses cousins et cousines, direction le village. Arracher les arachides sous un soleil de plomb.
Emilie pleurait. "Je veux mes parents ! Je veux rentrer en Belgique !"
Plus elle résistait, plus la journée était dure. Elle arrachait les arachides comme les autres. Au retour, il fallait marcher des kilomètres pour puiser l'eau au puits. Puis faire la cuisine au feu de bois.
C'était pénible. Inhumain pour la petite Belge qu'elle était.
Elle a compté les jours. 1, 2, 30, 60... Elle se disait : "Tenez bon, dans 3 mois, je retourne à ma vie de princesse gâtée à Bruxelles."
Jusqu'à ce dernier jour.
On l'a amenée à l'aéroport de Nsimalen. Son cœur a bondi de joie. Enfin !
Mais ce n'était pas pour partir.
C'était pour dire au revoir à sa famille qui, elle, rentrait.
Emilie s'est effondrée. Elle a pleuré toutes les larmes de son corps, supplié à genoux devant tout l'aéroport.
"Maman ! Papa ! Ne me laissez pas ici ! S'il vous plaît ! La vie est invivable ici ! Je veux rentrer !"
Elodie, les yeux remplis de larmes mais le cœur ferme, l'a prise dans ses bras et lui a dit :
"Ma fille, on t'a amenée ici pour que tu comprennes la différence. Parce que tu nous rends la vie impossible là-bas. Pour que tu apprécies la vie qu'on te donne en Belgique. Et pour que tu nous respectes comme tes géniteurs. Tu vas rester ici, avec ta tante. Pour apprendre."
Et sous les yeux d'Emilie, l'avion de sa famille a décollé...
Emilie mérite-t-elle ce traitement ? Ses parents sont-ils sans cœur ou sont-ils en train de sauver leur fille ?
La suite arrive... Que va devenir Emilie, seule au Cameroun ?