23/08/2026
COMPLÉMENT D'ENQUÊTE SUR LE FREXIT :
L'union impossible ?
Arras, 12 septembre 2026. Sur l'affiche des Assises de la Souveraineté, on lit "S'unir ou mourir !". Presque tous les Frexiteurs ont répondu présent. Presque. Il en manque trois, et ce sont eux qui expliquent pourquoi cette union n'arrive pas.
On a beaucoup parlé de Florian Philippot et de François Asselineau. Mais le vrai clivage de 2027 ne se joue plus entre eux. Il se joue entre ceux qui veulent sortir de l'Union européenne, et ceux qui veulent s'en servir.
Acte 1 : Zemmour et Knafo, les faux absents
Éric Zemmour et Sarah Knafo ne seront pas à Arras. Et ce n'est pas un oubli.
Depuis un an, le couple de Reconquête! a clarifié sa doctrine. Sur CNews, sur RMC, Knafo ne parle plus de Frexit. Elle parle de "folies européennes". La nuance est tout.
Leur diagnostic est souverainiste : Bruxelles impose le pacte migratoire, le wokisme, la norme verte. Mais leur remède n'est pas l'article 50.
Knafo, 33 ans, énarque, est libérale. Son programme pour Paris en dit long : privatiser l'audiovisuel public, généraliser la capitalisation pour les retraites, supprimer les droits de succession. Pour une libérale, le Frexit, c'est la fermeture des marchés, des droits de douane, l'incertitude pour les entreprises. C'est l'inverse de ce qu'elle veut.
Zemmour, lui, veut une Europe de la civilisation. Une Europe où Viktor Orban, Giorgia Meloni et la France feraient bloc pour imposer une autre politique migratoire, mais en gardant l'euro et le marché unique.
Pourquoi boudent-ils Arras ? Parce qu'ils préparent autre chose : la primaire de la droite. En mars dernier, Knafo l'a assumé : "Ce n'est pas une alliance, c'est une primaire pour trancher, de Darmanin à Zemmour".
En clair : Arras propose l'union des Frexiteurs. Knafo propose l'union des droites. Deux projets incompatibles. Asselineau ne s'y trompe pas : il qualifie Reconquête! de parti anti-Frexit, car sans sortir de Schengen, leur programme sur l'immigration est juridiquement inapplicable.
Acte 2 : David Lisnard, le souverainiste qui ne veut pas sortir
C'est l'homme qui monte et qui inquiète à la fois Philippot et Knafo. David Lisnard, maire de Cannes, réélu avec 81% en 2026, président des maires de France, candidat déclaré à la présidentielle.
Il tient le même discours que les Frexiteurs : "restaurer la souveraineté juridique", "reprendre le contrôle", "en finir avec la bureaucratie". À Bayeux, il a même convoqué l'esprit de la Résistance.
Mais écoutez bien son ennemi : ce n'est pas Bruxelles. C'est Paris. C'est l'État français.
Son geste symbole, c'est la tronçonneuse. Comme Milei en Argentine, il propose de broyer le Code du travail et de passer de 450 000 fonctionnaires de bureaux à des fonctionnaires de terrain. Son chiffrage : 200 milliards d'économies.
Sur l'Europe, il est d'une prudence de diplomate : l'Europe est un problème, mais pas au point de la quitter. Il veut une Europe intergouvernementale, où la France reprend ses pouvoirs sans claquer la porte. Il a quitté Les Républicains en mars 2026 pour cette raison : il veut rassembler les droites libérales et conservatrices, pas les Frexiteurs.
Lisnard, c'est le souverainisme de l'intérieur. Le Frexit, c'est le souverainisme de l'extérieur.
Acte 3 : Poisson et De Villiers, les ponts
Et c'est là qu'on retrouve les deux hommes que l'affiche a oublié de légender.
Jean-Frédéric Poisson, VIA - La Voie du Peuple. C'est le plus cohérent de tous sur le Frexit. En juin 2024, c'est le seul élu de droite à avoir osé déposer une liste commune avec Philippot : "L'Europe, ça suffit !", une liste 100% Frexit et sortie de l'OTAN.
Ancien député UMP, maire de Rambouillet, catholique assumé, il porte le souverainisme chrétien et social. Pour lui, l'UE est une démocrature : elle garde les élections mais impose ses normes par la morale.
Poisson est essentiel : il est le pont entre Arras et Reconquête!. Il a soutenu Zemmour en 2022, il est ami avec Philippot, et il est sur la liste officielle des intervenants d'Arras 2026.
Philippe de Villiers. Lui n'a jamais prononcé le mot Frexit. Le fondateur du Puy du Fou parle d'un autre mot : le "détricotage". Détricoter les traités, revenir à une Europe des nations souveraines qui coopèrent sans se fédérer. Philippot le présente comme "le plus fédérateur" justement parce qu'il parle à une France qui a peur du mot Frexit, mais qui veut moins d'Europe.
Conclusion : Pourquoi cette affiche dit tout
Regardez bien l'affiche de départ : "Presque tous les Souverainistes Frexiteurs ont répondu présent". Le mot important, c'est "presque".
En 2026, il n'y a plus un souverainisme, il y en a trois :
1. Celui qui veut sortir de l'UE pour retrouver la souveraineté populaire (Philippot, Asselineau, Poisson).
2. Celui qui veut garder l'UE pour la transformer en Europe des droites conservatrices (Zemmour, Knafo).
3. Celui qui veut garder l'UE mais vider l'État français de sa bureaucratie (Lisnard).
L'union "S'unir ou mourir" ne pourra se faire que dans le premier cercle. Et encore, à condition que ce cercle accepte de répondre à la seule question qui compte pour les Français : pas "faut-il sortir ?", mais "que fait-on le lendemain matin à 8h pour mon salaire, mon usine et mon épargne ?"
Tant que cette réponse ne sera pas écrite noir sur blanc, avec Gave et Sapir à la table, les absents de l'affiche auront raison de ne pas venir. Et les présents auront raison de continuer à s'unir. C'est tout le paradoxe français : tout le monde veut reprendre le contrôle, mais personne ne veut le reprendre au même endroit.