25/08/2026
NONO MICHIMA, LA VOIX QUI A TRAVERSÉ LE TEMPS !
(Par Étienne MAKOUNGOU, Penseur Libre de Lowa)
Rare sont les artistes qui laissent une empreinte à la fois dans la musique, dans les mémoires et jusque dans l’espace public.
Nono Michima appartient à cette catégorie d’hommes dont le nom continue de circuler bien après leur disparition, porté par la force d’une œuvre, la noblesse d’un parcours et la fidélité d’un public qui ne l’a jamais vraiment quitté.
Chanteur, auteur-compositeur et fonctionnaire gabonais, Nono Michima s’était imposé comme l’une des figures marquantes de la musique gabonaise des années 1970 et 1980.
Sa voix, son style et surtout la densité de ses textes lui ont donné une place singulière dans l’histoire culturelle du pays. Il chantait principalement en inzebi, une langue qu’il a contribué à magnifier avec une rare intensité.
Au sein de l’Orchestre Massako, l’une des formations les plus emblématiques des forces de défense et de sécurité, il a compté parmi les voix essentielles d’une époque féconde.
Aux côtés de légendes comme Mackjoss et Amara Touré, il a participé à écrire quelques-unes des plus belles pages du répertoire gabonais.
Son titre Aluti reste l’un des repères forts de cette discographie qui a marqué les esprits.
Ce qui rendait Nono Michima si particulier, c’était sa manière de faire dialoguer la tradition et la modernité. Sa musique portait la mémoire des rythmes gabonais tout en s’ouvrant à des sonorités nouvelles. Ses chansons n’étaient pas de simples airs à fredonner : elles portaient du sens, de la profondeur, une vision.
Chez lui, chaque mot semblait pesé, chaque phrase semblait tenir lieu de message.
Mais Nono Michima n’était pas seulement un homme de scène. Il a également mené une carrière de fonctionnaire au sein de l’administration publique gabonaise.
Cette double trajectoire dit beaucoup de sa personnalité : rigueur, discipline, sens du devoir, sans jamais renoncer à l’exigence artistique.
Il incarnait cette rare alliance entre service de l’État et engagement culturel, entre responsabilité institutionnelle et liberté créatrice.
En 1981, Nono Michima est mort à Mbigou, dans le département de la Boumi-Louetsi, des suites d’un accident de voiture. Sa disparition a laissé un vide réel dans le paysage musical gabonais.
Mais son œuvre, elle, n’a jamais cessé de vivre. Elle continue de résonner dans les souvenirs, les archives sonores et les conversations de ceux qui ont grandi avec ses chansons.
La reconnaissance nationale ne s’est pas fait attendre.
À Libreville, une rue porte aujourd’hui son nom dans le quartier Bas de Gué-Gué. Ce geste n’est pas anodin : il inscrit définitivement Nono Michima dans le décor de la mémoire collective gabonaise. Il rappelle qu’un artiste peut devenir repère, et qu’une voix peut finir par habiter une ville.
Aujourd’hui encore, évoquer Nono Michima, c’est parler d’un héritage qui dépasse la musique. C’est parler d’un homme qui a su porter sa culture avec dignité, faire rayonner sa langue (le inzebi), et servir son pays avec sérieux.
C’est aussi rappeler qu’au Gabon, certaines voix ne s’éteignent pas : elles se transmettent, elles s’élèvent, elles demeurent.
L'œuvre de l' esprit ne meurt jamais, immortel NONO MICHIMA !