29/05/2026
Séisme à Dakar : Le divorce Faye-Sonko, fin d’une ère ou simple recomposition ?
Le ciel politique sénégalais s'est assombri ce vendredi en soirée, laissant place à une onde de choc qui dépasse largement les frontières de Dakar. En mettant fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko et de l’ensemble du gouvernement, le président Bassirou Diomaye Faye n’a pas seulement signé un décret ; il a acté la rupture brutale d’un tandem qui, il y a encore peu, symbolisait l’espoir d’une rupture systémique pour tout un pays.
Cette décision, annoncée sur les ondes de la RTS, marque une fracture profonde au sein du PASTEF, ce mouvement qui avait su galvaniser les foules en 2024. Mais au-delà de l'anecdote, c'est la gestion même du pouvoir qui se retrouve sur la sellette. Depuis des mois, les coulisses du palais bruissaient de rumeurs sur une mésentente croissante. D'un côté, une présidence cherchant à s'inscrire dans une posture institutionnelle, nécessaire pour rassurer des partenaires internationaux inquiets ; de l'autre, une ligne « Sonko » fidèle à son ADN militant, souvent en décalage avec les contraintes pragmatiques de la haute administration.
Le Sénégal, en proie à des défis économiques monumentaux — entre gestion d'une dette colossale et renégociation de contrats stratégiques — ne peut se permettre une telle instabilité. Ce divorce est le symptôme d'une difficulté chronique : comment transformer une énergie de contestation en une machine de gouvernance apaisée ?
En écartant celui qui fut son allié le plus fidèle, le président Faye prend un risque immense. Il s'affranchit de la tutelle morale de son Premier ministre, mais il s'isole aussi d'une base populaire qui voyait en Sonko le garant de leurs promesses. Si cette manœuvre vise à reprendre la main sur l'appareil d'État, elle pourrait aussi fragiliser la cohésion nationale à un moment critique. Une chose est sûre : le Sénégal entre dans une zone de turbulences dont l'issue déterminera, pour les années à venir, la crédibilité de son projet politique.
Par Manfoumbi Manfoumbi Yann yorick