17/08/2026
🎙️📚 LA VOIX DE L’AUTEUR
Sakina Cylia Lateb : « Grâce aux mots, on peut soigner les maux et corriger les travers de la société »
Entretien réalisé par Le Phare Africain
Dans le paysage littéraire africain contemporain, certaines voix ne se contentent pas d’écrire : elles cherchent à créer des passerelles, à fédérer les énergies et à faire de la littérature un véritable instrument de transformation sociale.
Sakina Cylia Lateb appartient à cette génération d’actrices culturelles qui pensent la littérature au-delà du simple exercice de la plume. Altermondialiste, citoyenne du monde, diplômée en biologie, en journalisme et en éducation spécialisée, elle revendique une approche transdisciplinaire de son engagement.
À l’origine de l’Union des Écrivains Africains (UEA) et impliquée dans différentes initiatives de promotion littéraire, elle défend une vision panafricaine de la création, fondée sur le dialogue, le réseautage et la circulation des œuvres et des talents.
Dans cette nouvelle édition de « La Voix de l’Auteur », Le Phare Africain lui donne la parole.
Le Phare Africain : Sakina Cylia Lateb, avant de parler de vos fonctions et de vos engagements, qui est la femme et l’écrivaine derrière ce parcours ? Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir la littérature comme moyen d’expression et de transmission ?
Sakina Cylia Lateb :
Je suis Sakina Cylia Lateb, une altermondialiste et une citoyenne du monde, profondément persuadée que les frontières physiques et mentales ne sont, en définitive, que des constructions de l’esprit.
Je reste également convaincue que chacun peut apporter sa pierre à l’édifice et contribuer, à son échelle, à faire évoluer positivement le monde, à l’image du colibri qui, malgré sa petite taille, participe à l’œuvre collective.
Mon parcours est volontairement pluriel. Je suis diplômée en biologie, en journalisme et en éducation spécialisée. J’exerce dans ces trois domaines en essayant constamment de créer des ponts entre ces différentes disciplines.
Pour moi, la littérature constitue un espace privilégié où ces univers peuvent se rencontrer. Je considère d’ailleurs que la littérature est un cinquième pouvoir, une formule que j’ai déposée et protégée.
Les mots possèdent une force extraordinaire. Ils peuvent éveiller les consciences, transmettre, interpeller et parfois même réparer. Grâce aux mots, on peut soigner les maux et corriger les travers de la société.
Le Phare Africain : Vous êtes à l’origine de l’Union des Écrivaines Africaines (UEA). Quelle était votre motivation première en créant cette organisation, et quel manque souhaitiez-vous combler dans le paysage littéraire africain ?
Sakina Cylia Lateb :
L’Afrique est un continent merveilleux et les Africains sont d’extraordinaires artistes, orateurs, écrivains et créateurs.
Pourtant, nos talents ne sont pas suffisamment mis en lumière et valorisés. Il existe sur notre continent une richesse artistique et littéraire considérable, mais celle-ci demeure encore trop souvent fragmentée.
L’Union des Écrivaines Africaines est née de cette volonté de rassembler les forces créatives africaines et de favoriser la mise en place de partenariats littéraires entre les différents pays du continent.
Notre ambition est de créer des passerelles entre les écrivains, les artistes et les acteurs culturels africains, mais également avec ceux de la diaspora.
Nous sommes la première organisation africaine à avoir mis en place des collaborations artistiques entre les différents pays africains ainsi qu’au sein de la diaspora.
Il s’agit donc de fédérer, de connecter et surtout de donner davantage de visibilité à cette immense richesse littéraire africaine.
Le Phare Africain : La littérature africaine est souvent présentée à travers des voix masculines ou des figures déjà établies. Quelle place souhaitez-vous donner aux femmes écrivaines africaines, notamment aux jeunes auteures qui cherchent encore leur espace et leur lectorat ?
Sakina Cylia Lateb :
La littérature féminine africaine est une littérature résiliente, déterminée, émancipatrice et courageuse.
Les écrivaines écrivent souvent avec leurs tripes. Elles puisent dans leurs expériences, leurs blessures, leurs combats et leurs trajectoires personnelles pour faire émerger une parole littéraire singulière.
À ce titre, la plume féminine est à la fois acerbe et profondément touchante.
Les femmes écrivaines portent des récits qui peuvent bousculer les représentations, interroger les rapports sociaux et faire évoluer les mentalités. Leurs écrits contribuent à faire bouger les lignes.
Il faut donc leur offrir des espaces d’expression, de visibilité, de rencontres et de diffusion.
Comme le disait le poète : « La femme est l’avenir de l’homme. »
Le Phare Africain : Vous êtes également impliquée dans des initiatives comme la Caravane des Auteurs. Selon vous, ces rencontres et ces réseaux peuvent-ils réellement contribuer à créer un véritable espace littéraire africain qui dépasse les frontières et les barrières linguistiques ?
Sakina Cylia Lateb :
Absolument. Le réseautage africain constitue un véritable soft power.
La littérature peut devenir un formidable outil de diplomatie culturelle. Elle permet aux peuples de se découvrir, de dialoguer et de construire des collaborations au-delà des frontières.
Le continent africain dispose d’une richesse culturelle exceptionnelle. Nos langues, nos traditions, nos imaginaires et nos histoires constituent une véritable force.
Les rencontres entre auteurs, les caravanes littéraires et les réseaux professionnels permettent justement de faire circuler cette créativité et de rapprocher les différentes aires culturelles du continent.
Le poids de l’Afrique dans le concert des nations n’est plus à démontrer.
Nous existons et nous agissons.
Le Phare Africain : Entre l’écriture, la promotion culturelle et vos responsabilités au sein de l’UEA, vous évoluez dans plusieurs univers. Comment parvenez-vous à concilier votre travail d’écrivaine avec votre engagement pour les autres auteurs et particulièrement pour les femmes de lettres ?
Sakina Cylia Lateb :
Pour agir au mieux en faveur d’autrui, il est essentiel de s’organiser méticuleusement.
Cela nécessite d’allier rigueur professionnelle, discipline et un cadre logistique adapté.
L’engagement culturel ne peut pas reposer uniquement sur la passion. Il doit également s'accompagner d'une véritable organisation et d'une vision structurée.
Notre porte est toujours ouverte lorsqu’il s’agit d’agir dans l’intérêt général et de faire preuve d’utilité publique.
Je considère que la réussite individuelle prend davantage de sens lorsqu’elle peut contribuer à l’émergence et à l’accompagnement des autres.
Le Phare Africain : Pour terminer, quel message adresseriez-vous aux jeunes écrivaines africaines qui hésitent encore à prendre la plume, à publier leurs textes ou à croire en leur talent ? Et quelle Afrique littéraire souhaitez-vous contribuer à construire dans les prochaines années ?
Sakina Cylia Lateb :
Il ne faut jamais se mettre de barrières.
Il est essentiel de croire en soi, en sa plume et en son potentiel. N’écoutez jamais ceux qui vous disent de renoncer.
Vous pouvez y arriver.
Chaque grande œuvre commence par une volonté, une idée et quelques mots posés sur une page.
L’Union des Écrivaines Africaines a obtenu le dépôt de marque et est désormais, selon notre vision et notre positionnement, l’organisation panafricaine numéro 1 en Afrique et dans la diaspora.
Mais le combat ne s’arrête pas là.
Nous poursuivons notre engagement pour l’émancipation de l’Afrique et la réussite de tous les enfants du berceau de l’humanité.
Je souhaite contribuer à bâtir une Afrique littéraire davantage unie, visible, ambitieuse et solidaire ; une Afrique où les écrivains peuvent circuler, collaborer et faire entendre leurs voix, quelles que soient leurs origines ou leurs frontières.
L’entretien en perspective
À travers ses réponses, Sakina Cylia Lateb défend une conception de la littérature qui dépasse le cadre de l’œuvre individuelle. Chez elle, la plume devient un outil de transmission, de mobilisation et de construction collective.
Son parcours illustre également une volonté de décloisonner les disciplines et de rapprocher littérature, culture, éducation, journalisme et engagement citoyen.
Dans une Afrique où les industries culturelles cherchent encore à consolider leurs réseaux et leurs marchés, la question de la circulation des auteurs, de la visibilité des femmes de lettres et de la construction d’un véritable espace littéraire panafricain demeure essentielle.
La littérature africaine n’a pas seulement besoin de nouvelles voix. Elle a aussi besoin de passerelles pour les faire résonner.
LA VOIX DE L’AUTEUR | LE PHARE AFRICAIN
Une rubrique consacrée aux écrivains, poètes, éditeurs, critiques et acteurs de la création littéraire africaine et de sa diaspora.
Le Phare Africain , Éclairer la littérature africaine, faire rayonner ses voix.