03/11/2025
[🛑LES COULISSES DU POUVOIR N°005| CHRONIQUE POLITIQUE ✍️ d'Innocent M'BADOUMA 3.11.2025]
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🛑 🇪🇬 LCP N°005 | ÉGYPTE, GEM ET GUERRE DES CIVILISATIONS : LES PHARAONS SONT DE RETOUR
Les moins avertis, les esprits nains ne verront dans cette chronique N°005, des Coulisses du Pouvoir, qu'une perte de temps sur un simple musée. Erreur d'analyse, courte de vue de l'esprit et manque de prospective. C'est pourquoi seuls les esprits éclairés, les passionnés de géopolitique et de domination culturelle poursuivront la lecture de cet article jusqu'à la fin, et, y laisseront, un pouce, un j'aime et surtout un commentaire.
L'inauguration du Grand Musée Égyptien (GEM) à Gizeh, le 1er novembre 2025, est un coup de maître géo-économique. Ce projet, d'un coût de 615 milliards de FCFA (environ 1 milliard de dollars) et s'étalant sur 500 000 m² (l'équivalent de 70 stades de football), dépasse la muséographie pour incarner une stratégie de domination culturelle où la civilisation devient un actif économique stratégique. Le GEM dépasse la symbolique d'un musée ; c'est une usine à devises et le porte-avions d'un soft power qui vise à reprendre le contrôle du récit mondial.
🛑ACTE1 | 💰 Les coulisses du pouvoir : la monétisation de l'héritage
Dans les coulisses de ce projet, se joue une bataille discrète pour le contrôle de la valeur et de la narration.
· La légitimité historique, un actif financier : Le rapatriement et la mise en scène exclusive du trésor de Toutankhamon (5 992 artefacts exposés ensemble pour la première fois) est un acte de souveraineté économique. Il s'agit de capter le flux touristique mondial en transformant un récit historique en produit d'appel premium. Le « tourisme de récit » ne vend plus des ruines, mais une expérience spirituelle et identitaire monétisée.
· L'économie politique de la culture : L'investissement pharaonique est un calcul à haut rendement. En positionnant le Caire comme le centre névralgique incontournable de l'égyptologie, l'Égypte attire les mécènes, les collaborations académiques prestigieuses et les productions médiatiques, marginalisant les institutions occidentales qui détenaient ce monopole. Les musées deviennent des « porte-avions » projetant une identité forte pour contrer les récits rivaux.
· Le Soft power comme diplomatie économique : Posséder un patrimoine universel confère un pouvoir de négociation. La mise en scène de cet héritage renforce la stature internationale de l'Égypte, lui offrant une plateforme qui transcende les clivages politiques et oblige les partenaires à composer avec le gardien d'un tel capital symbolique.
🛑ACTE2 | ⚔️ Les guerres régionales : L'échiquier culturell et économique
Les moins avertis, plus naïfs ne voient qu'un musée pharmaceutique. Or, le GEM est aussi une pièce maîtresse dans des luttes d'influence régionales plus subtiles, où chaque civilisation promeut son modèle pour capter les ressources et l'influence.
· Leadership panarabe vs. pétromonarchies : Face aux monarchies du Golfe qui bâtissent leur soft power sur la modernité et le luxe, l'Égypte riposte avec l'antériorité et la profondeur. Elle rappelle qu'elle est le cœur civilisationnel du monde arabe, une marque plus durable que les pétrodollars.
· Contre-modèle à la Turquie néo-ottomane : En exaltant son héritage pharaonique pré-islamique, l'Égypte oppose une identité distincte et plus ancienne au projet de synthèse turco-islamique, affirmant son autonomie civilisationnelle dans une bataille pour définir l'orientation culturelle de la région.
· L'universalisme égyptien face au récit p***e : Face à l'Iran qui s'appuie sur un récit civilisationnel et confessionnel, l'Égypte promeut un universalisme qui parle au monde entier, rendant son patrimoine plus « exportable » et monétisable à l'échelle globale.
🛑ACTE3 | 🖤 L'Afrique subsaharienne : L'usine manquante
Le succès égyptien met en lumière le re**rd stratégique catastrophique de l'Afrique subsaharienne, qui reste un nain dans cette guerre économique et culturelle.
· Le déficit des infrastructures de l'influence : La région possède la matière première – un patrimoine inestimable – mais n'a pas « l'usine » pour la transformer en outil de domination. Aucun projet d'une ampleur de 500 000 m² ou de 615 milliards de FCFA n'émerge pour consolider et projeter sa richesse.
· La Trahison des élites et l'imitation stérile : Le slogan de « retour aux valeurs ancestrales » est miné par des élites qui, souvent par mimétisme ou sensibilité à des influences extérieures, continuent d'imiter servilement le costume occidental dans les modes de pensée et les modèles de développement, entravant l'émergence d'un récit africain unifié et monétisable.
· L'impossibilité de capter la richesse : Sans bastions culturels d'envergure, l'Afrique subsaharienne ne peut capter le flux économique du tourisme de récit. Elle rate le coche en n'ayant ni la vision à vingt ans, ni les institutions pour transformer son héritage en outil de puissance et de développement.
🛑ACTE4 | 📜 La Triangulation du pouvoir
Le GEM nous offre une leçon de géopolitique moderne : le développement au XXIe siècle repose sur une triangulation indissociable.
· L'Histoire n'est plus un champ de studye passif, mais la mine première de la légitimité et du récit. C'est la ressource non renouvelable qui donne sa valeur à l'offre culturelle.
· La Politique culturelle est l'ingénierie de transformation. Elle consiste à concevoir une stratégie à long terme, à bâtir les infrastructures (comme le GEM) et à forger les récits qui vont donner une forme monnayable et désirable à cette matière première historique.
· La Recette économique en est le moteur et la finalité. L'investissement initial, colossal, est amorti par la captation des flux touristiques, le renforcement du soft power, la création d'emplois et l'affirmation de la souveraineté nationale sur la scène mondiale.
En maîtrisant cette chaîne de valeur – de la ressource historique à la rentabilité économique en passant par la vision politique –, l'Égypte montre que la culture est l'ultime stratégie de survie et de suprématie. Même construire une vile moderne doit, par son habitat, s'appuyer sur une culture.
Pour l'Afrique subsaharienne, le défi n'est pas de copier le GEM, mais de comprendre cette équation et de construire les cathédrales de son propre récit, sans lesquelles elle restera un spectateur dans la guerre des civilisations.