10/07/2026
Guyane | Factions brésiliennes : des peines allant jusqu’à dix ans de prison
Deux affaires judiciaires récentes mettent en lumière l’implantation et le niveau d’organisation de factions criminelles brésiliennes en Guyane, notamment à Kourou, Cayenne et Rémire-Montjoly.
Un homme recherché par Interpol condamné après des tirs à Kourou :
Le 18 avril 2026, les gendarmes interviennent pour des violences intrafamiliales dans un habitat informel situé sur la route du Dégrad Saramaca, à Kourou.
Au cours des faits, un troisième homme, armé d’un revolver, ouvre le feu à plusieurs reprises sur l’auteur présumé des violences. Blessé par b***e à la cuisse, celui-ci est pris en charge tandis que le tireur prend la fuite.
L’enquête menée par la brigade de recherches de Kourou, avec l’appui de la section de recherches de Cayenne, permet d’identifier Rodrigues Quintela Edicleison, un ressortissant brésilien âgé de 41 ans.
Selon les enquêteurs, il est recherché au Brésil pour purger une peine prononcée notamment pour meurtre et trafic de stupéfiants. Il fait également l’objet d’une notice rouge d’Interpol et d’un mandat d’arrêt international. Son appartenance au Comando Vermelho, l’une des principales factions criminelles brésiliennes, a également été établie au cours de l’enquête.
Le 3 juillet 2026, une opération menée avec l’antenne GIGN de Cayenne aboutit à son interpellation. Les militaires découvrent en sa possession un revolver de calibre 38 approvisionné.
Des faits requalifiés en violences avec arme :
La gendarmerie avait initialement présenté les faits comme une tentative d’homicide. Le parquet n’a toutefois pas ouvert d’information judiciaire et l’affaire a été jugée trois jours après l’interpellation, en comparution immédiate.
Les poursuites ont finalement porté sur des violences avec usage d’une arme ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours.
Rodrigues Quintela Edicleison a été condamné à quatre ans d’emprisonnement. Selon France-Guyane, il devrait être remis aux autorités brésiliennes à l’issue de sa peine en France.
La différence entre les qualifications est importante : les violences aggravées retenues dans ce dossier sont passibles de cinq ans d’emprisonnement, tandis qu’une tentative de meurtre peut être punie de trente ans de réclusion criminelle.
Sans préjuger des éléments juridiques ayant conduit à cette décision, cette affaire remet en lumière la question de la correctionnalisation de faits initialement présentés comme criminels, concernant ici un homme recherché à l’échelle internationale.
Six membres de la Familia Terror do Amapá condamnés :
Cette condamnation intervient quelques jours après le jugement d’un autre dossier concernant la Familia Terror do Amapá, dite FTA, une faction proche du Primeiro Comando da Capital, le PCC.
Dix prévenus ont comparu devant le tribunal judiciaire de Cayenne les 22, 23 et 24 juin 2026, lors d’un procès placé sous haute sécurité.
Six personnes ont été condamnées à des peines allant de quatre à dix ans d’emprisonnement. Quatre autres ont été relaxées et trois appels ont été formés.
L’enquête avait débuté après l’assassinat de Wemerson Do Rosario Dos Santos, le 16 mars 2024, au squat Bambou, à Rémire-Montjoly.
L’exploitation d’un téléphone retrouvé près de son corps avait permis aux enquêteurs de mettre en évidence son appartenance présumée à la FTA et d’identifier plusieurs membres de cette organisation présents à Cayenne et à Kourou.
Les investigations ont révélé des échanges liés à la préparation d’assassinats contre des membres de factions rivales, de vols à main armée, de tentatives d’extorsion et d’activités liées au trafic de stupéfiants.
Elles ont également mis en évidence une organisation hiérarchisée, avec un état-major appelé « La Finale », des responsables locaux et une répartition précise des rôles.
Des peines allant de quatre à dix ans :
« Izi », présenté comme membre de « La Finale » en Guyane, a été condamné à dix ans d’emprisonnement avec maintien en détention.
« Cabeludo », également présenté comme membre de cet état-major et installé en France hexagonale, a écopé de la même peine, accompagnée d’une interdiction définitive du territoire français.
« Pitbull », présenté comme le responsable d’un point de trafic installé au squat Bambou, a été condamné à huit ans de prison et à une interdiction définitive du territoire français.
La branche de Kourou directement concernée :
Deux responsables présentés comme appartenant à la branche de Kourou figurent également parmi les personnes condamnées.
« Cabeça », présenté comme le chef de cette branche, a été condamné à sept ans d’emprisonnement pour sa participation à une association de malfaiteurs visant notamment à préparer l’assassinat de membres d’une faction rivale.
« Formiga », présenté comme son adjoint et comme un responsable de la logistique, a été condamné à cinq ans d’emprisonnement, dont un an ferme exécuté sous bracelet électronique et quatre ans assortis d’un sursis probatoire.
« Mereca », décrit comme un lieutenant chargé de la planification de meurtres, de la logistique et de l’arrivée de membres de la faction en Guyane, a été condamné à quatre ans de prison.
Une implantation structurée en Guyane :
Ces deux dossiers montrent que les factions criminelles brésiliennes disposent désormais en Guyane de responsables locaux, de branches territoriales, de circuits logistiques, de points de trafic et de membres chargés de préparer ou d’exécuter des actions violentes.
En mai 2025, la gendarmerie nationale indiquait avoir identifié environ 400 personnes appartenant à une faction en Guyane et procédé à 85 interpellations depuis 2022.
Une division spécialisée dans la criminalité organisée a également été créée au sein de la section de recherches de Cayenne.
La présence de responsables identifiés à Kourou confirme que la ville est directement concernée par ce phénomène, qui associe trafics, circulation d’armes, règlements de comptes et risques pour la sécurité des habitants.
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Par Laurent Marimoutou.