14/05/2026
Titre: Les rencontres et les adieux du voyage.
Hier à cette heure pendant que j’écris ce texte, nous étions encore dans le salon en train de discuter, lui me parlait des inégalités subies par certains peuples et profitait de me poser des questions sur la politique africaine et les exactions menées par la France sur ces anciennes colonies. On passait notre dernière soirée à bavarder et se remémorer ces quatre mois passés ensemble avant qu’il ne rejoigne l’autre bout du monde, je m’étais promis d’écrire un jour sur mes aventures, les gens que je rencontre et toutes ces cultures que je parcours mais à l’intérieur de moi, je jugeais mon écriture loin d’être épuré pour emprunter une quelconque voie littéraire, ça serait manqué de respect à toutes ces personnes qui par le chemin noble de l’écriture ont su établis le fondement de notre société. Mais mon cœur ressentait le besoin de parler, de se libérer et exprimer sa gratitude envers ce compagnon d’escale, il y a des gens qu’on ne rencontre que parce qu’on était loin de chez soi, des inconnus devenus indispensables le temps de quelques semaines, parfois quelques mois. On partage avec eux le déjeuner, des confidences qu’on n’aurait jamais faites chez soi. On croit, pendant un instant que ces liens résisteront au retour, au temps, aux frontières. Puis le voyage se termine, chacun reprend sa vie, son pays, sa langue parfois et peu à peu, ces visages deviennent des souvenirs flous, comme des villes traversées depuis la vitre d’un train. Pourtant, certaines de ces rencontres nous changent plus profondément que des années entières passées auprès des autres. On terminait notre discussion et chacun de nous alla se coucher.
Son vol était prévu dans la matinée, je m’étais réveillé tôt ce matin parce que j’ai eu du mal à fermer les yeux, je ressentais un vide sur lequel je n’aurai pas la capacité de mettre des mots. Je le réveillais et nous nous dirigeâmes en direction du métro où il était censé embarquer pour rejoindre l’aéroport. J’étais moins bavard que d’habitude, je tirais ces valises et au fond de moi, je souhaitais que le chemin ne s’arrête jamais, qu’on marche comme jamais on ne l’a fait auparavant, qu’on se fasse des blagues de là d’où nous venons, qu’on rentre dans ce 7eleven se prendre des smoothies et à la fin le plus rapide payait la note, qu’il me parle de la femme dont il rêve, son amoureuse, sa fée, sa muse, il était un homme éperdument amoureux, jamais une journée ne passait sans qu’on en entende parler de sa bien aimé, la seule qui arrivait par ce don inée des femmes à le mettre hors de lui au point qu’il nous sortait sortait des théories sur l’amour jamais entendues auparavant, qu’il fasse toutes ces heures au téléphone avec sa mère pendant qu’il switch entre le français et l’espagnol jusqu’à oublier qu’il est en compagnie de quelqu’un, qu’il continue ses appels avec son père pendant qu’il lui raconte ses journées de shooting tel un enfant qui vient de rentrer de son premier jour d’école. De par cette ligne, j’exprime tout mon amour, ma gratitude et mes remerciements à ses tendres parents, merci pour cette dévotion, cette éducation dont a bénéficié mon compagnon d’escale, ces valeurs qu’il tient de vous et cette pureté de l’âme sans égale. Nous arrivâmes au métro, il valida son pass et passa ces valises de l’autre côté et cela marquait une réelle fin, je sentis un fossé se créer, il était près de moi mais j’avais déjà l’impression qu’un continent nous séparait, on s’échangeait nos dernières paroles à base de > pour lui qui n’est pas musulman, c’était tout le temps marrant et il rétorqua >
Avant même qu’il ait eu le temps de descendre les escaliers pour rejoindre son train, je m’empressais de quitter le métro avec une ferme conviction de ne pas me retourner le regarder s’en aller car il risquait de pleuvoir et ce n’était ni le moment ni le lieu idéal, sous ce firmament gris qui annonçait une journée aussi longue qu’un ancien tirailleur sénégalais attendant une pension qui ne venait jamais. Pendant que je marchais pour rejoindre le domicile, je me sentais porté dans un brancard, mon corps était si léger, je ne sentais pas mes pas jusqu’à ce que j’arrive devant cette maison, je montais les escaliers et m’empressais d’aller jeter un coup d’œil dans le salon en espérant le voir la tête plonger dans son ordi en train d’écrire ou lire mais non, c’était vraiment la fin. J’ouvris la porte de ma chambre, je sentis un vide m’envahir, la maison avait un silence de cimetière, j’étais épris de nostalgie de ces moments que je me ressassais au seuil de ma porte, je restais songeur et émotif à l’idée de me dire que c’était la fin. C’est un peu comme quand on débute une nouvelle vie, emménager dans une nouvelle maison, se faire de nouveaux amis après avoir quitté son pays ou sa ville, on a l’impression d’être dépaysé de tout et qu’on doit réapprendre à s’accommoder
Destiné à mon compagnon d’escale >