12/09/2026
Xénophobie en Afrique : Morissanda Kouyaté hausse le ton et appelle à un sursaut de conscience, « On chasse, on pille, on tue les Africains »
CONAKRY — Le ministre guinéen des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Dr Morissanda Kouyaté, a livré un réquisitoire sans détour contre la xénophobie qui continue de viser des ressortissants africains sur leur propre continent. Le chef de la diplomatie guinéenne présidait, ce vendredi 11 septembre 2026, la célébration en différé des Journées de l’Union africaine et de la CEDEAO.
Cette double commémoration marque à la fois l’anniversaire de la création de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), fondée le 25 mai 1963 à Addis-Abeba et devenue Union africaine (UA) le 9 juillet 2002, ainsi que celui de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), créée le 28 mai 1975 à Lagos.
La cérémonie a réuni de hauts cadres de l’administration guinéenne, des chefs de missions diplomatiques et consulaires, ainsi que des représentants d’organisations et d’institutions internationales présentes en Guinée. Prenant la parole au nom du corps diplomatique, le doyen des ambassadeurs accrédités en Guinée, l’ambassadeur du Royaume du Maroc, a rappelé la contribution historique de la Guinée à l’émergence et à la consolidation de l’idéal panafricain, tout en exprimant le souhait de voir l’Afrique occuper pleinement la place qui lui revient sur la scène internationale.
Dans son intervention, Dr. Morissanda Kouyaté a présenté cette double célébration comme un moment important de réflexion sur l’avenir du continent. Le ministre a notamment réaffirmé la position de la Guinée sur la CEDEAO, telle que définie par le président de la République, le général Mamadi Doumbouya, lors du dernier sommet tenu en Sierra Leone.
Le chef de la diplomatie guinéenne a également rendu hommage aux pères fondateurs de l’OUA et de la CEDEAO, dont la vision devait permettre, dans un premier temps, d’accompagner la libération du continent, puis de favoriser l’intégration des États africains et leur développement.
Tout en saluant les acquis enregistrés depuis la création de ces organisations, il a relevé les défis persistants auxquels l’Afrique reste confrontée, notamment sur les plans politique, économique, sécuritaire et climatique. Selon lui, une adaptation des institutions africaines aux réalités contemporaines apparaît nécessaire pour permettre au continent de mieux défendre ses intérêts et de renforcer son unité.
« Le peuple de Guinée est fier et engagé au sein de la CEDEAO et de l’Union africaine pour que plus jamais ni le colonialisme, ni le néocolonialisme, ni l’impérialisme ne puissent reconquérir notre continent », a déclaré le ministre, avant d’insister sur la responsabilité collective des Africains : « Mais cela dépendra de nous, de l’unité que nous allons porter et entretenir. »
C’est précisément sur cette question de l’unité que le discours du chef de la diplomatie guinéenne a pris une tonalité particulièrement forte. Morissanda Kouyaté a dénoncé les actes de xénophobie dont sont victimes certains ressortissants africains dans plusieurs pays du continent.
« Aujourd’hui, dans beaucoup de pays africains, que voyons-nous ? Des Africains expulsés par d’autres Africains », a-t-il dénoncé.
Poursuivant son réquisitoire, il a livré une description particulièrement sévère des violences visant certains migrants africains : « Dans certains pays, on fait la chasse aux Africains, on pille, on blesse, on tue des Africains, simplement parce qu’ils résident dans un autre pays du continent. »
Une situation que le ministre considère comme profondément contradictoire avec l’idéal d’intégration et de solidarité défendu par les organisations panafricaines. « Comment pourrions-nous construire notre continent lorsque nous nous considérons les uns les autres comme des animaux ? », s’est-il interrogé.
Pour Morissanda Kouyaté, le panafricanisme ne saurait se réduire aux cérémonies, aux sommets et aux déclarations politiques. Il doit également se traduire dans la protection de la dignité des citoyens africains, quelle que soit leur nationalité, et dans la capacité des États à construire des relations fondées sur la solidarité et le respect mutuel.
Cette dénonciation de la xénophobie rejoint d’ailleurs les préoccupations déjà exprimées par la diplomatie guinéenne lors de précédentes crises impliquant des ressortissants subsahariens à l’étranger. Conakry avait notamment pris position lors de la crise migratoire en Tunisie en 2023 et organisé le rapatriement de ressortissants guinéens souhaitant quitter le pays.
À travers son intervention du 11 septembre, le chef de la diplomatie guinéenne replace donc la question de la xénophobie au cœur du débat sur l’avenir de l’intégration africaine. Pour lui, la défense de la souveraineté du continent et la lutte contre les influences extérieures ne peuvent être crédibles si les Africains continuent eux-mêmes de se rejeter, de s’expulser ou de se violenter.
Le message porté à l’occasion de cette célébration est ainsi celui d’une Afrique appelée à renforcer ses institutions, à consolider son unité et à renouveler son engagement en faveur de la solidarité entre ses peuples. « Cela dépendra de nous, de l’unité que nous allons porter et entretenir », a insisté Dr Morissanda Kouyaté. Une formule qui résume la portée de son intervention : pour construire une Afrique plus forte et davantage respectée sur la scène internationale, le continent doit d’abord apprendre à se regarder comme une communauté de peuples liés par une histoire et un destin communs.
Nfaly Guilavogui pour Investigatorguinee