05/06/2026
Culture et littérature : à Conakry, la Russie célèbre sa langue, son alphabet et l’héritage universel de Pouchkine(images)
Au-delà des frontières géographiques et des différences linguistiques, les mots demeurent l’un des plus puissants instruments de rapprochement entre les peuples. C’est autour de cette conviction que la Villa des Arts de Conakry a accueilli, ce jeudi 4 juin 2026, une célébration exceptionnelle consacrée à la langue russe et au patrimoine culturel slave, à travers l’exposition artistique « L’alphabet russe dans les dessins de Marina Khankova ».
Initiée par l’Ambassade de la Fédération de Russie en République de Guinée en partenariat avec la Maison Russe, cette manifestation culturelle s’inscrivait dans le cadre de la célébration de la Journée de l’écriture et de la culture slaves ainsi que de la Journée mondiale de la langue russe. Elle a réuni diplomates, universitaires, étudiants, anciens diplômés des universités soviétiques et russes, membres du Mouvement international des russophiles et passionnés de culture autour d’un même objectif : découvrir la richesse d’une langue qui a façonné certains des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature mondiale.
Quand l’alphabet devient un patrimoine artistique
Dès l’entrée dans la galerie, les visiteurs ont été plongés dans un univers où les lettres deviennent des œuvres d’art. À travers les illustrations colorées et poétiques de Marina Khankova, l’alphabet russe se révèle sous un jour nouveau, mêlant pédagogie, imagination et tradition.
Déjà présentée dans plusieurs pays, cette exposition offre une lecture originale de la culture russe en donnant vie aux caractères de l’alphabet cyrillique. Chaque illustration raconte une histoire, évoque une tradition ou révèle un fragment de l’âme culturelle russe.
Pour les visiteurs guinéens, cette exposition constituait bien plus qu’une découverte esthétique : elle représentait une invitation au voyage au cœur d’une civilisation dont la littérature, les sciences et les arts continuent d’exercer une influence considérable à travers le monde.
Pouchkine, le génie russe aux racines africaines
Célébrée chaque année le 6 juin, la Journée de la langue russe coïncide avec la naissance d’Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, figure fondatrice de la littérature russe moderne. Dans son discours d’ouverture, l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie en Guinée, Alexey V. Popov, a rappelé la portée symbolique de cette célébration sur le continent africain.
« La Journée de la langue russe est célébrée le 6 juin, jour de naissance d’Alexandre Pouchkine. Il est particulièrement symbolique de commémorer cette date en Afrique, terre d’origine de son arrière-grand-père Abram Hannibal », a-t-il déclaré. Le diplomate russe a souligné que le célèbre écrivain n’a jamais caché sa filiation africaine et qu’il en tirait une profonde fierté. Cette histoire familiale a d’ailleurs inspiré plusieurs de ses œuvres, notamment Le Maure de Pierre le Grand.
Mais au-delà de ses origines, l’ambassadeur a surtout insisté sur la capacité unique de Pouchkine à démocratiser la littérature. « À une époque où les lettres étaient souvent réservées aux élites, Pouchkine a puisé dans les récits populaires transmis par sa nourrice pour créer une œuvre universelle. Il a donné une voix littéraire au peuple et a transformé les traditions orales en patrimoine immortel », a-t-il souligné.
Cyrille et Méthode, les pionniers de l’écriture slave
Prenant la parole à son tour, le directeur de la Maison Russe, Michael Semkin, a rendu hommage aux saints frères Cyrille et Méthode, considérés comme les fondateurs de l’écriture slave. « Il y a plus de onze siècles, en 863, ils ont offert un alphabet aux peuples slaves, provoquant une véritable révolution spirituelle et culturelle. Cet héritage a permis l’émergence de la grande langue russe que nous connaissons aujourd’hui », a-t-il rappelé.
Selon lui, l’œuvre de Pouchkine représente l’aboutissement de plusieurs siècles d’évolution linguistique et culturelle.
« Ses écrits ont révélé au monde la beauté, la musicalité et la richesse expressive de la langue russe. Ils continuent aujourd’hui d’inspirer des générations de lecteurs bien au-delà des frontières de la Russie », a-t-il ajouté.
Une langue mondiale au service du dialogue des cultures
Michael Semkin a également souligné le rôle majeur joué par le russe dans les échanges internationaux. « Aujourd’hui, la langue russe est l’une des six langues officielles de l’Organisation des Nations unies. Elle demeure un outil important de communication, de recherche scientifique et de coopération culturelle », a-t-il indiqué.
Pour le responsable de la Maison Russe, l’intérêt croissant des jeunes Guinéens pour l’apprentissage du russe témoigne du dynamisme des relations culturelles entre les deux pays.
Le renouveau de l’enseignement du russe en Guinée
L’un des moments forts de la cérémonie a porté sur les avancées enregistrées dans le domaine de la coopération éducative entre Moscou et Conakry. L’ambassadeur Alexey Popov s’est réjoui de la relance de l’enseignement de la langue russe dans plusieurs établissements guinéens.
« Au cours de l’année 2025, des démarches importantes ont été entreprises pour relancer l’enseignement du russe en Guinée. Des programmes préparatoires ont été ouverts à l’Université Kofi Annan de Guinée et à l’Université Nelson Mandela », a-t-il expliqué.
Le diplomate a également salué l’action de la Maison Russe qui accompagne les étudiants guinéens bénéficiaires des bourses du gouvernement russe grâce à des cours de langue gratuits facilitant leur intégration académique future. Une langue qui rapproche les peuples. Invité à intervenir lors de cette rencontre culturelle, le Dr Sandy Kola Tolno a mis en lumière le rayonnement international de la langue russe. « Plus de 248 millions de personnes parlent aujourd’hui le russe à travers le monde. Cette langue dépasse largement l’espace slave et suscite un intérêt croissant sur le continent africain », a affirmé l'ambassadeur de l'éducation et de la science de la fédération de Russie en Guinée.
Selon lui, les contributions majeures de la Russie dans les domaines scientifique, technologique, culturel et littéraire justifient pleinement l’intérêt grandissant porté à son apprentissage. « Au regard de ce que le peuple russe a apporté à l’humanité, sa langue mérite d’être étudiée, comprise et valorisée partout dans le monde », a-t-il estimé.
Une immersion culturelle jusqu’aux saveurs de la Russie
Au-delà des discours et de l’exposition, les organisateurs ont offert aux invités une véritable immersion dans la culture russe à travers plusieurs activités interactives.
Un concours éducatif a notamment permis aux participants de découvrir les subtilités de l’alphabet cyrillique. Répartis en groupes, les participants ont été invités à identifier, classer et assembler différentes lettres afin de former des mots puis des phrases correctes en russe. Une manière ludique et pédagogique de s’initier à la langue tout en découvrant sa structure et sa logique.
Les visiteurs ont également pris part à un atelier pratique de calligraphie au cours duquel ils ont appris à reproduire les caractères russes et à écrire leurs premiers mots en alphabet cyrillique. Pour beaucoup, cette expérience constituait un premier contact concret avec l’écriture russe, souvent admirée pour son élégance graphique et son histoire millénaire.
La soirée s’est achevée dans une atmosphère chaleureuse autour d’une dégustation de spécialités culinaires russes. Ce moment convivial a permis aux participants de prolonger les échanges, de découvrir de nouvelles saveurs et de célébrer, dans un esprit de partage, la rencontre entre les cultures russe et guinéenne.
Un pont culturel entre la Russie et la Guinée
Entre littérature, histoire, calligraphie, art et gastronomie, cette célébration a illustré la richesse du dialogue culturel entre la Russie et la Guinée. À travers les dessins de Marina Khankova, l’héritage de Cyrille et Méthode, la mémoire d’Alexandre Pouchkine et l’apprentissage du russe par une nouvelle génération d’étudiants guinéens, l’événement a rappelé qu’une langue est bien plus qu’un outil de communication : elle est un patrimoine vivant, un vecteur de mémoire et un pont entre les peuples.
Le temps d’une soirée à la Villa des Arts, Conakry a ainsi accueilli un fragment de l’âme culturelle russe, démontrant que la littérature, l’art et le savoir demeurent parmi les plus sûrs chemins vers la compréhension mutuelle et l’amitié entre les nations.
Nfaly Guilavogui pour Investigatorguinee