23/09/2025
Baky quitte-t-il le Rap Créole ?
Par Jean Eliézaire DUVELSAINT
Baptista Lugendy St-Hubert, dit Baky, 34 ans, père de trois enfants, vient de publier un nouvel album intitulé Kaia, du nom de l’une de ses filles, en hommage à sa paternité. Après trois ans de silence, l’artiste signe un retour remarqué, mais semble tourner le dos aux fidèles du Rap Créole pour s’aventurer dans l’univers du World Beat.
Le vendredi 12 septembre 2025, Baky a dévoilé Kaia, un projet de sept titres. Pour certains, ce n’est pas seulement un album, mais un manifeste, une source d’espérance renouvelée. L’artiste y aborde des thèmes tels que l’optimisme, le travail, la résilience et l’amour, en écartant volontairement les sujets de sexe, de violence ou de provocation, souvent prisés par ses concurrents.
Chef de file du mouvement 286, Baky a également refusé les featurings populaires afin de préserver l’essence de son message. Un pari risqué, certes, mais guidé par une volonté sincère : offrir une œuvre conçue comme un héritage à ses enfants.
Un pari audacieux
Dans un HMI saturé de superficialité, Baky prend un risque engagé. Pourtant, certains fans, longtemps en attente de son retour, restent sur leur faim.
« M kwè nan jwè m nan, se albòm rap m ap tann nan men l », a écrit un fidèle du 286 sur Facebook.
Sept jours après sa sortie, deux titres phares – Légende et Lotto – cumulent déjà plus de 700 000 vues. Ces morceaux, salués pour leurs sonorités raffinées, séduisent notamment les amateurs de compas. Dans Lotto, Baky rend hommage à son épouse :
« Ki kado m ka bay yon kado », chante-t-il.
Une rupture assumée
Classé dans la catégorie world music, Kaia accueille un seul invité : Millz, artiste underground. Originaire des Cayes, Baky propose un projet audacieux où le rap haïtien s’entrelace avec l’amapiano, ce style venu d’Afrique qui rayonne de Lagos à Londres. Ce virage traduit une rupture avec le rap haïtien traditionnel et une volonté claire de s’ouvrir à une scène mondiale plutôt que de rester enfermé dans un marché local.
Les sept titres – Legend, Twin, What’s Next?, Kontra Anile, 24/7 et Lotto (feat. Millz) – divisent les critiques. Certains y voient une trahison, d’autres saluent une vision novatrice, capable de propulser le rap haïtien hors de l’ombre.
Un manifeste plus qu’un album
Sept morceaux seulement, jugés trop mélodiques pour un rappeur, avec des influences africaines qui désarçonnent les puristes. Certains parlent d’un EP déguisé, trop froid et distant. D’autres y perçoivent une tentative d’expansion vers de nouveaux marchés, notamment africains. Mais derrière ce format réduit se cache une volonté délibérée : privilégier le message à la performance commerciale.
« Là où l’HMI adore coller des étiquettes, il les brûle », commente un observateur. Avec Kaia, Baky refuse le formatage, rejette les compromis et préfère l’esprit à la matière.
Un cri de maturité
Plus qu’un album, Kaia s’affirme comme un manifeste musical. Baky se libère de la prison dorée du HMI, refuse les concessions et choisit de parler à l’âme plutôt qu’à l’algorithme. Cette œuvre se veut un cri de maturité, un pont entre racines haïtiennes et pulsations africaines.
« Ce n’est peut-être pas un album, mais lyriquement, c’est exactement ce dont nous avions besoin », analyse un critique. Une chose est sûre : le rappeur a ouvert une nouvelle page de son parcours. Reste à voir jusqu’où cette stratégie ambitieuse le mènera.
Baky
286 Media
T-Zaire Magazine