13/09/2026
𝐋𝐚 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞𝐬𝐬𝐞 𝐦𝐚𝐥𝐠𝐚𝐜𝐡𝐞 𝐚𝐮 𝐦𝐮𝐬𝐞́𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫𝐬 𝐝'𝐄́𝐭𝐚𝐭?
On connaissait l’art d’enterrer les problèmes dans des commissions thérapies ; voici venu le temps de les embaumer sous les ors de la commémoration officielle.
Le ministère de la Jeunesse et des Sports vient de dévoiler son grand projet : 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐝𝐞 𝐟𝐞𝐬𝐭𝐢𝐯𝐢𝐭𝐞́𝐬, 𝐝𝐮 𝟏𝟖 𝐚𝐮 𝟐𝟓 𝐬𝐞𝐩𝐭𝐞𝐦𝐛𝐫𝐞, 𝐚𝐮 𝐏𝐚𝐥𝐚𝐢𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐒𝐩𝐨𝐫𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥𝐞.
𝐔𝐧 𝐫𝐞𝐧𝐝𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐨𝐮𝐬 𝐡𝐚𝐮𝐭𝐞 𝐛𝐢𝐞𝐧𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐚𝐧𝐜𝐞
𝐋’𝐨𝐛𝐣𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟 𝐚𝐟𝐟𝐢𝐜𝐡𝐞́ ? Célébrer en grande pompe les mobilisations de la jeunesse de 2025, tirer les 𝐥𝐞𝐜̧𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐮 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞́ et dessiner 𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐚𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫. Le tout, bien sûr, sous la haute bienveillance des ministres et des fonctionnaires tirés à quatre épingles.
𝐋𝐞 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐜𝐞 𝐚𝐩𝐫𝐞̀𝐬-𝐯𝐞𝐧𝐭𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐧𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭
𝐋𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐜𝐞́𝐝𝐞́ 𝐧𝐞 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐞 𝐩𝐢𝐪𝐮𝐚𝐧𝐭. Un an à peine après que les jeunes, les étudiants et la rue sont allés porter le fer contre la précarité et l’inaction publique, l’appareil d’État propose gentiment d’organiser lui-même le service après-vente du mécontentement.
𝐋𝐚 𝐫𝐞𝐩𝐫𝐞́𝐬𝐞𝐧𝐭𝐚𝐭𝐢𝐯𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐟𝐚𝐜̧𝐚𝐝𝐞
Pour parfaire le décor, le ministère annonce la création d’un 𝐂𝐨𝐦𝐢𝐭𝐞́ 𝐝’𝐨𝐫𝐠𝐚𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐣𝐨𝐢𝐧𝐭 ratissant large : 𝐝𝐞́𝐥𝐞́𝐠𝐮𝐞́𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐢𝐱 𝐩𝐫𝐨𝐯𝐢𝐧𝐜𝐞𝐬, 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬, 𝐞𝐧𝐬𝐞𝐢𝐠𝐧𝐚𝐧𝐭𝐬, 𝐚𝐬𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬.
Une représentativité de façade sur papier glacé qui ressemble fort à une tentative d’enclavement. En choisissant soigneusement qui aura le droit d'incarner la mémoire du mouvement, le pouvoir s'assure d'étouffer toute contestation résiduelle sous une pluie de badges d'accréditation et de discours convenus.
𝐃𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐜𝐞𝐩𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐥𝐮𝐱𝐮𝐞𝐮𝐬𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐝𝐮 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐚𝐢𝐧
Car pendant que l’on s'affaire à louer la grande salle omnisports pour rejouer la pièce du dialogue national, la réalité du terrain, elle, n'a pas bougé d'un iota.
La précarité étudiante reste intacte, l’accès à l’emploi demeure un parcours du combattant et les promesses de réformes structurelles traînent les pieds dans les couloirs ministériels.
On dépense le budget public en sonorisation, scénographie et réceptions officielles pour commémorer une colère que l'on n'a toujours pas résolue.
𝐋𝐞 𝐩𝐢𝐞̀𝐠𝐞 𝐝𝐮 𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐚𝐜𝐥𝐞 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥
La stratégie est vieille comme le monde mais toujours efficace : 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐫 𝐮𝐧 𝐬𝐨𝐮𝐟𝐟𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐫𝐞́𝐯𝐨𝐥𝐭𝐞 𝐞𝐧 𝐮𝐧 𝐞́𝐯𝐞́𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐟𝐨𝐥𝐤𝐥𝐨𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐧𝐜𝐚𝐝𝐫𝐞́.
En transformant la contestation d'hier en un spectacle institutionnel d'aujourd'hui, le pouvoir espère 𝐧𝐞𝐮𝐭𝐫𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐯𝐞𝐥𝐥𝐞́𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐝𝐞 𝐝𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧 𝐚̀ 𝐥'𝐚𝐩𝐩𝐫𝐨𝐜𝐡𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐜𝐡𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐞́𝐜𝐡𝐞́𝐚𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬.
Reste à savoir si la jeunesse se laissera sagement ranger au rayon des souvenirs ou si elle rappellera à ses tuteurs que la rue ne s’achète pas avec des festivités sur calendrier.