20/02/2024
Se fondant sur cette « Prière sur Ibrahim », et sur la base de bien d’autres « hadiths » éminemment suspects, souvent inconnus en milieu sunnite, la théologie chiite, quant à elle, soutient que l’expression « AHLOUL-BAYT » désigne la fille du Prophète, Fàtima al-Zahrà, son époux Ali b. Abi Tàlib (r.l.a.h), cousin du Prophète (s.a.w), leurs deux enfants Hassan et Houssein, etc. De telle sorte que le Califat (ou succession) du Prophète (s.a.w) devait revenir exclusivement à cette « sainte famille ». En conséquence, toute « prière » sur le Prophète, oùcette famille ne serait pas mentionnée, serait complètement nulle. Et « Salàt ibràhimiyya » en serait une des « nombreuses preuves ».
Cette conception religieuse d’une famille « prédestinée », composée de cinq, sept ou douze imàms impeccables, qui seraient inspirés directement par Dieu jusqu’à la fin des temps, ne devrait pas étonner outre mesure : elle nous vient de l’ancienne P***e, pays d’origine des « Mages d’Orient venus à Bethléem pour adorer l’enfant Jésus », en attendant que ce dernier passe le flambeau aux douze apôtres jusqu’à ce qu’il « vienne » (ou revienne).
Personne n’aime et ne respecte les descendants du Prophète (s.a.w) plus que les musulmans sunnites, en particulier les adeptes de la Tidjàniyya : toute personne reconnue comme telle (ou se considérant comme telle) fait l’objet, de leur part, d’un profond respect et d’une affection toute particulière, non pas en raison d’une mission spéciale dont une partie de cette descendance serait investie par Dieu, mais uniquement à cause de l’amour qu’ils portent au Prophète lui-même (s.a.w), tel que recommandé par le Coran et la Sunna.
QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR AHLOUL-BAYT, TEL QUE MENTIONNE DANS LE CORAN ?
Le mot « AHL » et ses dérivés (ahlouka, ahlou’hou, ahlou’hà, ahloul-bayt, etc.) apparaissent au moins quatre-vingt et une (81) fois dans le Coran, mais aucun ne concerne spécifiquement Ali b. AbiTàlib, Fàtima al-Zahrà et leurs enfants. En revanche, le terme y est appliqué aux épouses du Prophète (s.a.w) au moins huit fois. Malgré cela, les théologiens chiites excluent les épouses du Prophète (s.a.w) de la sainte Famille, après que Dieu leur a accordé cette faveur, avec tous les honneurs et privilèges qui s’y rattachent. Une lecture objective d’un passage du Coran montre clairement que ce terme d’ «Ahloul-Bayt» désigne, au premier chef, la maisonnée, le foyer du Prophète (s.a.w), composé de ses épouses (mères des croyants, à commencer par Khadidja et ses enfants, Zaynab, Rouqiyyah, Oumm-Koulthoum et Fatimah al-Zahrà; leurs frères (morts en bas âge) Al-Qàssim, Abdoullah et al-Tayyib (ou al-Tàhir), ainsi qu’Ibràhim, né de l’Egyptienne Màriya al-Qibtiyya (Maria la Copte).
Voici le passage en question (parmi bien d’autres) :
« O femmes du Prophète, vous n’êtes semblables à aucune autre femme. Si vous aspirez à la piété, n’usez pas de complaisance dans le langage, afin que celui dont le cœur est peu porté à la vertu ne soit pas envahi par quelque convoitise à votre égard. Que votre langage soit toujours empreint de la plus grande pudeur. Demeurez dans vos maisons et ne vous comportez pas comme les femmes de la période de l’ignorance (Jàhiliyyah). Accomplissez la prière, acquittez-vous de l’aumône légale (zakàt) et soyez obéissantes envers Allah et son Prophète : Dieu tient (absolument) à vous préserver de toute souillure, O VOUS, GENS DE LA MAISON (Ahloul-Bayt), et à VOUS PURIFIER TOTALEMENT… ! » (Coran ###III, 32 et 33).
Comme si ce passage du Coran n’était pas suffisamment clair, on a attribué à une certaine Hind bint Abi Oumeyya, plus connue sous le nom d’Oumm-Salama (r.L.a), épouse et « conseillère » du Prophète (s.a.w), un hadith appelé « Hadith du Manteau – ou de la Couverture » (« Hadith al-Kissà »), dans les recueils des imàms Ahmad et Tirmidhi, relatant une histoire qui a tous les ingrédients d’une vraie fable : après la révélation de ce verset, le Prophète (s.a.w) aurait fait venir Ali b. AbiTàlib, Fàtima et leurs deux enfants, Hassann et Housseinn, les aurait réunis autour de lui, « sous un manteau » (une couverture ou un drap) et aurait demandé à Dieu de les « purifier », « car, aurait-il déclaré, ceux-là seuls sont les membres de ma famille ».
Comme si Dieu ne le savait pas déjà, au point de prendre l’initiative de les purifier avant même que le Prophète n’en fasse la demande. Quel est donc le sens de la formulation d’une prière déjà exaucée ? Il nous semble, au contraire, que le Prophète, une fois informé de cette « purification totale » de membres autres que ceux de sa maisonnée, devrait témoigner sa reconnaissance à Dieu par une simple action de grâce, au lieu de lui demander une purification déjà accomplie.
S’il faut ajouter foi à cette histoire, on peut dire que Dieu et son Prophète ne parlent pas de la même « famille ».
Quoi qu’il en soit, cette histoire valut à Oumm Salama – r.L.a - (même si, dans la doctrine chiite, aucune place bien précise ne lui est assignée dans la « sainte famille »), d’échapper à cette haine viscérale dont les autres Mères des croyants (notamment Aïcha et Hafsa) sont les objets en milieu chiite.
Il en est de même du verset III-61, qui dit :
« La vérité vient de Dieu, ne sois pas de ceux qui en doutent. Et à ceux qui entreraient en polémique avec toi à propos du Christ, après ce qui t’a été révélé à son sujet, suggère-leur ceci : réunissons nos enfants et les vôtres, nos femmes et les vôtres, et joignons-nous à eux pour adjurer Dieu de faire descendre la malédiction sur ceux d’entre nous qui sont de mauvaise foi ».
D’après un hadith attribué à l’éminent compagnon du Prophète, Saad b. Abi-Waqqass (oncle maternel du Prophète), hadith retenu par Al-Tirmidhi et Al-Hàkim, le Prophète (s.a.w), après la révélation de ce verset, aurait, une fois de plus, fait venir Ali b. Abi Tàlib, Fàtima et leurs deux enfants, Hassann et Housseinn, pour lancer ce défi aux membres d’une délégation chrétienne venue de Najrann, signifiant par-là que sa « famille » se composait uniquement d’Ali b. Abi Tàlib, de Fàtima et de leurs deux enfants.
Ce que le véritable auteur de ce « hadith » semble oublier dans son interprétation, c’est le fait capital que le verset en question ne vise pas seulement le Prophète et sa famille, mais l’ensemble des croyants et les membres de leurs familles respectives, car le texte dit : « nos femmes et les vôtres, nos enfants et les vôtres, nos propres personnes et les vôtres ». Dans ce cas, pourquoi le Prophète appliquerait-il ce verset uniquement à sa personne, à Ali, à Fàtima et à leurs enfants, Hassann et Housseinn ?
Ce que Dieu appelle donc Ahloul-Bayt, de manière exclusive, pourrait-on dire, ce sont les épouses du Prophète (s.a.w).
Comme preuve supplémentaire, nous trouvons dans le Coran deux autres versets où le mot « Ahl » désigne clairement la maisonnée du Prophète (s.a.w) :
- « Souviens-toi du matin où tu quittas ta famille (MINN AHLIKA) pour assigner aux croyants leurs respectifs postes de combat : Allah (en était témoin, car Il entend tout et sait tout » (Coran III-121).
- « Recommande la prière à ta famille (AHLAKA), et accomplis-la, toi-même, avec persévérance. Nous ne te demandons quoi que ce soit d’autre; c’est à nous, au contraire, de pourvoir à tes besoins » (Coran XX-132).
Certains chiites soutiennent, avec la dernière énergie, que, puisque, dans ce texte, à l’endroit précis où Dieu, parlant de la purification des « gens de la maison » du Prophète (s.a.w), cesse de le faire au féminin pluriel, avec le terme « hounna » (elles), cette « purification » ne s’appliquerait pas aux épouses du Prophète, d’où ce dogme d’ «Al A’imma» (cinq, sept ou douze « Imàms » impeccables).
Peut-on répondre que, dès l’instant où toute la maisonnée du Prophète était concernée, il ne pouvait plus s’agir uniquement des épouses, mais de tous ceux qui vivaient sous le toit du Prophète (s.a.w), comme ses affranchis Thawbann, Abou Ràfie, Safîna et Shaqrànn, ou même Oussama b. Zayd, par exemple. Sans compter que, d’un point de vue strictement grammatical, quand on dit, en arabe, ahloul-bayt (gens de la maison), le terme inclut nécessairement le chef de famille lui-même. Dès lors, le masculin pluriel s’imposait
La même expression d’Ahloul-Bayt se trouve dans un autre chapitre du Coran et, cette fois-ci, ni le Prophète (s.a.w), ni les membres de sa famille ne son nullement concernés : lorsque deux anges se présentent chez Abraham pour lui annoncer l’imminence de la destruction de Sodome et Gomorrhe et de la naissance d’Isaac, sa femme Sarah, qui écoutait discrètement l’entretien, s’était écriée :
« Voilà une annonce bien étrange! Etant donné mon état de vieille femme, et mon mari, que voici, étant devenu un vieillard, est-il possible que je devienne mère ? Cela serait bien étrange !
Et les anges répliquèrent, avant de se retirer : « Douterais-tu de la parole d’Allah ? Que Sa miséricorde et Ses bénédictions soient sur vous, GENS DE CETTE MAISON ! (DIEU EST EXALTE ET DIGNE DE LOUANGES » (Coran XI, 72-73)
Nous avons peut-être là l’origine du hadith relatif à la Prière sur Abraham, car elle se termine à peu près par la même formule finale, soulignée ci-dessus : pendant que la prière sur Abraham se termine par Innaka Hamidounn Madjîd (Car TU ES exalté et digne de louanges), le verset coranique correspondant, qui concerne Abraham et sa famille, se termine par Innahou Hamidounn Madjîd (Car IL EST exalté et digne de louanges). Il ne fallait donc pas beaucoup d’imagination pour concocter un « hadith » contenant le nom d’Abraham, les termes d’Ahloul-Bayt et de la formule finale de louanges relative à Dieu : ajoutez les mots manquants d’Allahomma salli alà Mouhammad et Wa bàrik… vous trouverez Salàt Ibrahimiyya dans sa totalité.
Nous retrouvons le mot Ahloul-Bayt dans un Hadith où l’on fait dire au Prophète (s.a.w), lors de la « Bataille du fossé » (ghazwatoul-Khandaq), un fossé autour de Médine suggéré par le génial Salmann al-Fàrissi : « Salmann fait partie de notre Maison » (Salmann minnà Ahlil-Bayt). Devrions-nous en conclure que Salmann le Persan faisait réellement partie, lui aussi, de l’instition chiite d’Al A’imma ?
Posez la question à un chiite, il vous traitera tout simplement d’un blasphémateur.
Que penser donc de la doctrine qui s’est développée autour de cette notion de Gens de la Maison, si elle était également appliquée à la famille d’Abraham ? Par « famille d’Abraham », faut-il entendre la maisonnée, composée de Sarah, d’Agar et de leurs deux enfants, Ismaël et Isaac (souvent entrés en conflit l’un avec l’autre), ou des enfants de Jacob (ou Israël), dont nombre des prophètes de la Bible seront issus ?
Avec l’« Ibrahimiyyah », l’idée chiite d’ «AHLOUL-BAYT» est une représentation véritablement mythique, qui n’a rien à voir avec l’histoire et les données de la Révélation coranique, ni avec la tradition du Prophète : l’expression « Ahloul-Bayt » désigne clairement le foyer du Prophète (s.a.w), dans les versets 32 et 33 du chapitre ###III, et celui d’Abraham, pour ce qui est des versets72 et 73 du chapitre XI du Coran. Il n’y est fait la moindre allusion à la « descendance » du Prophète (s.a.w), ni à celle d’Ibrahim.
Il ne fait donc aucun doute, pour nous, que la « Maison » (bayt) du Prophète, selon le Coran, se compose essentiellement de ses épouses, mères des Croyants, et tout particulièrement Aïcha et Hafssa, dont l’Archange Gabriel dit un jour au Prophète (s.a.w) qu’elles seront ses épouses au Paradis, mais pour lesquelles les Chiites nourrissent une haine qu’ils n‘éprouvent guère à l’égard des impies. J’ai un jour entendu un docteur de la « secte », sur une chaîne de télévision ayant justement pour nom « Ahloul-Bayt », parler d’Aïcha avec une insolence vraiment intolérable pour un musulman sunnite, pour un musulman tout court : à un téléspectateur qui lui demandait (au téléphone) pourquoi il parlait de l’épouse du Prophète (s.a.w) avec ce total manque de respect, il répondit : « Si une épouse du Prophète se comporte comme Aïcha l’a fait ( il voulait dire par-là à l’égard d’Ali b. Abi Tàlib), elle ne mérite plus notre respect. Seul un ignorant ou un idiot ne comprendrait pas cela ! »
Telle est la sentence des adeptes de l’Imam caché.
Mais l’ignorant ou l’idiot n’est pas toujours celui que l’on croit. Et je n’aimerais pas faire partie de ceux qui cessent délibérément d’être les enfants des épouses du Prophète (s.a.w) et, par voie de conséquence, du Prophète lui-même, à l’exception d’une certaine Hind bint Abi Oumeyya, dite OummSalama, à qui l’on attribue une histoire favorable à la thèse chiite, une histoire qui n’a ni queue ni tête.
(A suivre, inchà’Allah).