11/09/2026
Général Tiani, qui lui dit ce qui ne va pas ?
(Editorial de Soumana Idrissa Maïga, Quotidien L’Enquêteur du Vendredi 11 Septembre 2026)
Gouverner, c’est s’exposer au filtre. À tous les échelons de l'appareil étatique, une mécanique silencieuse mais implacable s'opère inexorablement chaque jour. L'information remonte. Mais souvent elle s'adoucit. Elle se polit. Elle perd son piquant.
Le chef de l'État, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, affronte aujourd'hui ce vertige universel, consubstantiel à l'exercice du pouvoir suprême : le piège redoutable de la chambre d'écho. Comment, dans ce contexte, s'assurer que les rugosités du terrain, les impatiences légitimes des populations et les dysfonctionnements administratifs franchissent les épaisses portes du palais sans être édulcorés ?
C'est un défi vital. Un administrateur local rédige une note alarmante. Un directeur central l'atténue. Un ministère la synthétise sous un jour clément. Au sommet, la détresse territoriale s'est métamorphosée en inoffensive « contrainte conjoncturelle » ou en cynique justification procédurale. Enjoliver n’est pas servir.
La bureaucratie déteste l'échec. Plus encore, elle répugne intimement à le confesser. Cette peur endémique pousse structurellement la chaîne hiérarchique à maquiller les défaillances pour préserver les carrières et ménager les susceptibilités individuelles.
Il faut fissurer ce vernis. Le propos ici n'est nullement de postuler un isolement du chef, mais de scruter avec acuité la fiabilité de nos courroies de transmission publiques. Qui recoupe véritablement ces rapports d'étapes souvent trop élogieux ? Quelle indépendance totale accorde-t-on aux inspections pour qu'elles traquent les défaillances réelles sans subir de pressions ?
La vérité est âpre. Mais elle sauve. Pour piloter la nation avec justesse, un leader ne saurait se nourrir exclusivement des inaugurations réussies et des bilans triomphants. Il doit plonger son regard dans l'angle mort. Scruter ce qui bloque, ce qui grince, ce qui stagne. Il s'agit de séparer cliniquement l'obstacle logistique inévitable de l'incompétence administrative savamment dissimulée sous des montagnes de parapheurs.
Le citoyen demeure la vigie ultime. Ses plaintes quotidiennes ne constituent pas un affront politique, mais un sismographe infaillible de l'action publique. Capter cette matière brute exige de forger des canaux imperméables aux censures intermédiaires. Il faut instaurer une audace nouvelle : celle d'une gouvernance où le porteur de mauvaises nouvelles est ardemment écouté, au lieu d'être promptement marginalisé.
Le sommet isole. C'est sa malédiction. Briser cet encerclement de velours reste, en définitive, l'épreuve de vérité de tout grand dirigeant.