04/09/2026
(EXCLUSIF)-DJIBANAR : LE 9 SEPTEMBRE 1997, 9 JEUNES MASSACRÉS PAR DES ÉLÉMENTS ARMÉS ,DANS UNE SOIRÉE DANSANTE
Djibanar, commune éponyme du département de Goudomp, dans la région de Sédhiou, porte encore les stigmates d’une tragédie survenue il y a près de trois décennies.
Dans la nuit du 8 au 9 septembre 1997, une soirée dansante organisée au Foyer du village a viré au drame. Une attaque attribuée à des éléments armés a coûté la vie à neuf jeunes (3 filles et 6 garçons) du village et fait quinze blessés.
Lamine Diatta se souvient encore de cette nuit tragique.
"C’était en plein hivernage. Après la finale de football de l’après-midi, une soirée dansante a été organisée au Foyer du village. "
Selon lui , les assaillants en tenue militaire ,se seraient répartis en plusieurs groupes afin de contrôler les accès au village et d’empêcher l’arrivée d’éventuels renforts.
" Ils se sont divisés en plusieurs groupes.
Un groupe s’est posté en direction de Simbandi pour empêcher les renforts en provenance de la position militaire située à Simbandi d’intervenir, tandis que d’autres se sont positionnés pour empêcher ceux venant de Goudomp d’accéder au village. "
Les assaillants ont ensuite tenté de faire sauter le pont situé entre Djibanar et Simbandi à l’aide d’une charge explosive.
Une fois à l’intérieur du foyer, ils ont ouvert le feu. Le groupe électrogène a d’abord été pris pour cible, plongeant les lieux dans l’obscurité.
"Parmi les assaillants, il y en avait un qui était vraiment très agité. C’est d’ailleurs lui qui a fait le plus de dégâts. Ils ont ensuite tiré sur tout ce qui bougeait ", raconte Lamine Diatta."
Parmi les victimes et les survivants de cette attaque figure Ibrahima Antou Biaye. Il raconte avoir croisé les assaillants alors qu’il regagnait son domicile.
"Je revenais du Foyer des jeunes et c’est ainsi que j’ai croisé deux individus en a***s.
Au premier regard, je pensais que c’étaient des militaires. Raison pour laquelle je ne me suis donc pas inquiété."
L’un des hommes lui demande alors où se trouve la maison du chef de village.
"J’ai commis l’erreur de leur dire que j’habitais là-bas. Ils m’ont alors forcé à les accompagner au Foyer. L’un des assaillants, très agité, m’a clairement dit : “C’est là-bas qu’on va te tuer."
Arrivé au Foyer, Ibrahima est contraint de s’agenouiller. Un des assaillants pointe alors son a**e sur lui.
" Il a pris son f***l, mais malheureusement pour lui, l’a**e s’est enrayée. En changeant de chargeur, je me suis enfui pour tenter d’escalader le mur de palissades. Après avoir fini de changer le chargeur, il a pratiquement vidé son chargeur sur moi. J’ai été atteint de cinq balles à la jambe gauche mais j'ai réussi à le cacher danse champ de mil"
Ibrahima survivra à ses blessures. Mais d’autres n’auront pas cette chance.
Neuf jeunes ont perdu la vie et quinze autres ont été blessés au cours de cette attaque.
Parmi les souvenirs les plus douloureux qui hantent Ibrahima figure celui d’un enfant qui se trouvait dans le foyer au moment de l’attaque.
Endormi sur un banc pendant que les tirs retentissaient autour de lui, l’enfant a été criblé de balles par l’un des assaillants.
Des années après, cette scène demeure profondément gravée dans la mémoire d’Ibrahima.
" Cette image me revenait souvent dans mes rêves"
Aujourd’hui, Djibanar s’est progressivement relevée de cette tragédie. Le temps a contribué à panser certaines plaies.
Mais pour les victimes, leurs familles et les survivants, les séquelles restent profondes.
Ibrahima Antou Biaye, lui, a finalement été amputé de la jambe gauche, que les médecins n’ont pas pu sauver.
Malgré cette épreuve, il a choisi de continuer le combat, cette fois au service des autres victimes du conflit en Casamance. Il dirige aujourd’hui une ONG qui œuvre à la prise en charge des victimes de ce conflit, considéré comme l’un des plus anciens conflits armés du continent africain.
Près de trente ans après les faits, le souvenir de la nuit du 9 septembre 1997 reste ainsi vivace à Djibanar. Une tragédie qui a marqué une génération entière et dont les victimes et leurs familles portent encore les cicatrices.
FDS TV