06/06/2026
Édito du 06/06/2026 - La prochaine étape de la démocratie ?
Pendant des siècles, la démocratie s’est principalement préoccupée d’une question : comment choisir les dirigeants ? Des révolutions, des constitutions et des luttes politiques ont permis de construire progressivement des systèmes capables d’organiser des élections, de garantir le suffrage et de rendre possible l’alternance. Cette bataille a largement été gagnée. Pourtant, une fois l’élection terminée, une autre question demeure sans réponse satisfaisante : comment les citoyens contrôlent-ils réellement ceux qui gouvernent en leur nom ?
Le principal défi démocratique du XXIe siècle n’est peut-être plus la désignation des gouvernants mais le contrôle permanent de leur action. Car dès que les élections sont terminées, l’État redevient souvent une organisation opaque dont les citoyens perçoivent les décisions sans toujours comprendre comment elles sont prises, pourquoi certaines priorités sont retenues plutôt que d’autres, comment les ressources publiques sont utilisées ou quels résultats sont effectivement obtenus. Le peuple choisit les dirigeants, mais il dispose encore de peu de moyens pour suivre précisément ce qu’ils font du pouvoir qui leur a été confié.
Cette situation pouvait se justifier dans des sociétés où l’information circulait difficilement et où les administrations ne disposaient pas des moyens techniques permettant de documenter, centraliser et diffuser en permanence l’action publique. Mais cet argument appartient désormais au passé. Les États modernes enregistrent déjà l’essentiel de leurs activités sous forme numérique. Les dépenses sont tracées. Les procédures administratives sont informatisées. Les paiements sont enregistrés. Les projets sont suivis. Les données existent. Ce qui manque n’est pas l’information. Ce qui manque, c’est l’accès du citoyen à cette information.
Le problème n’est donc plus technologique. Il est devenu essentiellement politique et culturel. Nos institutions continuent de fonctionner selon une logique héritée d’une époque où l’administration détenait l’information et où le citoyen devait accorder sa confiance sans disposer des moyens de vérifier. Cette conception est de moins en moins compatible avec les exigences d’une démocratie moderne. Une société mature ne devrait pas être organisée autour de la confiance aveugle mais autour de la possibilité permanente de vérifier.
Car au fond, une question simple mérite d’être posée : pourquoi les citoyens devraient-ils ignorer ce qui est fait avec leurs ressources, dans des institutions qui leur appartiennent et par des responsables qu’ils ont eux-mêmes contribué à désigner ? L’argent public n’appartient pas aux gouvernants. Les administrations n’appartiennent pas aux gouvernants. Les institutions n’appartiennent pas aux gouvernants. Elles appartiennent à la nation.
Pendant longtemps, le secret a été considéré comme la règle et la transparence comme l’exception. Le XXIe siècle nous oblige à inverser cette logique. Dans une démocratie moderne, la transparence devrait être la règle et le secret l’exception. Et cette exception ne devrait concerner que ce qui protège réellement la sécurité nationale, les opérations sensibles de l’État ou la vie privée des individus.
La prochaine étape de la démocratie consiste précisément à transformer l’État d’une boîte noire en une maison de verre.
Non pas un État affaibli, mais un État observable. Non pas un État paralysé, mais un État capable de démontrer en permanence ce qu’il fait, pourquoi il le fait et quels résultats il obtient.
Les dirigeants qui marqueront le XXIe siècle ne seront pas ceux qui demanderont davantage de confiance aux citoyens. Ils seront ceux qui construiront les mécanismes permettant aux citoyens de vérifier par eux-mêmes. Car une démocratie pleinement mature n’est pas une démocratie où le peuple croit. C’est une démocratie où le peuple sait.
Voilà pourquoi le contrôle citoyen permanent constitue probablement la prochaine grande étape de l’évolution démocratique.
Ameth DIALLO
Coordinateur national de Gox Yu Bees - Les Bâtisseurs
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