02/08/2025
REDRESSER SANS PRODUIRE: UNE STRATÉGIE DE L’ÉCHEC
De « Jotna » à « Jubbanti Koom », en passant par « Solutions » et « Projet », le gouvernement Diomaye-Sonko a multiplié les slogans et les orientations économiques. Pourtant, le plan de redressement économique (PRE), censé poser les bases du redressement économique, laisse surtout transparaître une absence de cap clair en matière de création de valeur et de souveraineté économique. Il n’offre ni ambition productive, ni trajectoire industrielle claire, ni espoir concret pour les jeunes Sénégalais. Les trois prochaines années s’annoncent comme une prolongation des 17 mois déjà écoulés, avec pour objectif principal non pas la croissance, mais la stabilisation. Une stabilisation à très haut coût: l’abandon temporaire des politiques de création d’emplois, de valorisation ou transformation des ressources agricoles, et d’industrialisation. Autrement dit, nous aurons a vivre un mandat économique sacrifié sur l’autel du “redressement”.
Importer pour survivre, au lieu de produire pour grandir :
Parmi les annonces marquantes figure le relèvement de la limite d’âge des véhicules importés, de 8 à 10 ans. Derrière cette décision se cache une réalité fiscale car l’État cherche des ressources immédiates et les chiffres sont parlants. Entre 2019 et 2024, les recettes douanières ont bondi de 1 026 à 1 613 milliards FCFA, soit une hausse de 587 milliards (+57 %). Rien qu’entre 2023 et 2024, l’augmentation est de 187 milliards (+13 %). Ces résultats sont largement soutenus par la fiscalité sur les véhicules importés, qui ont rapporté 136,6 milliards FCFA en 2024, en hausse de 24 % par rapport à l’année précédente.
En clair, le relèvement de l’âge limite des véhicules importés vise plus a alimenter un trésor public sous pression, faute d’investissements porteurs de croissance.
Cette stratégie est symptomatique d’un modèle où l’État se finance par des recettes fiscales, au lieu de construire une économie productive car elle entretient une dépendance aux importations, creuse le déficit commercial du pays, aggrave la pollution, et freine structurellement le développement économique du pays.
Au lieu de proposer une politique fiscale incitative capable d’attirer les grands constructeurs automobiles et favoriser l’installation d’usines de montage ou de fabrication au Sénégal, on choisit de faciliter l’arrivée de véhicules en fin de vie. Des voitures dont les pays d’origine cherchent à se débarrasser, en faveur de modèles hybrides ou 100 % électriques, pour répondre à leurs propres exigences environnementales.
Une vision attendue, un tournant manqué:
En conclusion, le redressement n’est pas une finalité. Il devrait être un levier vers la relance, la production et la souveraineté économique. Mais pour cela, il faut plus qu’un slogan : il faut une vision. Et, jusqu’ici, elle manque cruellement.
Ismaila Guisse
Statisticien-Économètre