08/10/2025
🇹🇩 | Hommage à Rays Kim, par Charfadine Galmaye : Ils ont tué un homme, ils ont réveillé une nation
Rays Kim, camarade de lutte, frère. Ton départ m’arrache les entrailles, mais je refuse de parler de toi au passé. Car ton souvenir est une présence, ton combat une boussole, ton nom un drapeau. Nous avons partagé plus que des idées : nous avons vécu la fraternité dans la lutte, l’exil, les doutes, mais aussi la certitude que la liberté mérite tous les sacrifices.
Je me souviens de nos échanges, au loin, quand l’exil nous condamnait au déracinement. Tu étais toujours ce pilier qui trouvait les mots justes pour transformer le découragement en force. Et ces derniers jours encore, malgré la maladie qui t’affaiblissait, tu as eu la grandeur de m’apporter ton soutien face au décret inique d’une tyrannie qui ne sait gouverner qu’en bâillonnant. Tu as refusé de céder, même dans la douleur. Ta loyauté au combat fut un exemple, ton courage une gifle à ceux qui prétendaient t’avoir réduit au silence.
Ton affaiblissement brutal, nous le savons tous, n’était pas naturel. L’ombre d’un empoisonnement plane, preuve supplémentaire de la perfidie d’un régime qui préfère tuer ses opposants dans l’ombre plutôt que de les affronter à visage découvert. Et pour parachever leur œuvre macabre, ils t’ont extrait par une délégation officielle du régime, sous prétexte de t’emmener « te soigner » à l’hôpital de la Renaissance. Ce n’était pas un soin : c’était un coup de grâce, une ultime mise à mort organisée derrière les murs de la tyrannie. Ils ont déjà abattu Yaya Dillo, ils ont déjà fait disparaître d’autres voix libres, et voilà qu’ils frappent Rays Kim. Mais qu’ils sachent une chose : chaque martyr qu’ils sèment devient une braise nouvelle dans l’incendie de la révolte.
Rays Kim a été digne même au seuil de la mort. Il a refusé les marchandages du régime. Tu as été d’une bravoure hors du commun face aux attaques lâches, souvent portées sous la ceinture, d’une alliance hétéroclite d’individus médiocres : de l’alcoolique Takilal en passant par l’ordure de Montréal jusqu’au fou errant en Afrique de l’Ouest. Face à cette meute de déshonorés, tu as opposé la constance d’un homme debout, sûr de son combat et certain que l’histoire ne retient jamais les aboyeurs mais les bâtisseurs.
Honorer Rays Kim ne consiste pas à baisser la tête. L’honorer, c’est accuser clairement ce pouvoir criminel qui a orchestré sa disparition. L’honorer, c’est dire que son assassinat ne nous soumet pas, il nous radicalise. Sa voix, qu’ils croyaient éteindre, retentira plus fort, car elle résonnera désormais dans des milliers de gorges.
Je prends ici un engagement personnel et collectif : moi, Charfadine Galmaye, avec la rédaction de TchadOne, nous continuerons ton combat. Nous poursuivrons le travail que tu as incarné, avec les mêmes armes que tu maniais si bien : la vérité, la mémoire, la résistance. Chaque article que nous publierons, chaque enquête que nous mènerons, chaque vérité que nous dévoilerons portera ton empreinte. Nous faisons le serment solennel de marcher jusqu’au bout du chemin — jusqu’à la libération totale du peuple tchadien.
Ta mémoire sera notre moteur. Tes chansons et tes paroles nourriront nos luttes. Nous refuserons l’oubli, nous refuserons la compromission, nous refuserons l’indifférence. À travers TchadOne, ta voix ne s’éteindra pas : elle sera amplifiée, prolongée, martelée dans la conscience collective.
Aux jeunes, aux opprimés, aux humiliés qui m’entendent : sachez que la mort de Rays Kim ne doit pas être pleurée dans le silence, mais transformée en action. Son assassinat est une condamnation du régime, mais aussi une convocation pour chacun de nous. Le combat ne s’arrête pas avec lui, il commence avec nous.
La tyrannie croit qu’en tuant un homme, elle tue une idée. Elle ne sait pas que les idées survivent aux poisons, aux balles, aux prisons. Elle ne sait pas qu’en frappant un frère, elle réveille un peuple entier.
Rays Kim vit. Dans chaque cri de justice, dans chaque refus de plier, dans chaque pas vers la liberté. Nous te le jurons, frère : ta mort sera la dernière victoire de la tyrannie, et la première victoire de la liberté.
Adieu mon frère. Je reviendrai au Tchad fleurir ta tombe ; les enfants du Tchad liront demain dans les livres d’histoire tes combats, et nos écoles porteront ton nom.
« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne. » — Victor Hugo
Charfadine Galmaye Salimi
Rédacteur en chef de TchadOne